‹ Les Kuku (possessions anglo-égyptiennes)Chapitre 107 sur 152 · Sacerdoce · texte numérisé non relu

Sacerdoce

Le personnage le plus important est le j\îata-lo-pion ou chef de l'Eau. Il a la puissance de faire pleuvoir et d'arrêter la pluie. La vertu spéciale attachée à sa fonction lui est transmise par hérédité. Il possède une pierre particulière qui est déposée sur la tombe de son père; cette pierre, qui est fixée là à demeure, ne se distingue paraucune particularité de celle qu'emploient les ménagères pour obtenir la farine de sorgho ou d'éleusine; elle est, comme elle, large, plate et légèrement creuse au centre. Lorsque le chef de l'Eau veut faire pleuvoir, il y verse de l'eau et, quand il entend arrêter la pluie, il en retire l'eau qui s'y trouve. Dans les deux cas, il commence par déposer à boire et à manger sur la tombe de son père, puis il s'adresse à l'ombre de ce dernier et la supplie d'exaucer sa prière. L'ombre (kodudo-uletet) se tourne vers Uletet pour lui demander, suivant le cas, qu'il pleuve ou qu'il fasse sec.

Les gens faisant partie d'une ehefferie de l'Eau peuvent demander au chef de celle-ci de faire le nécessaire pour provoquer la pluie ou l'arrêter. Ceux qui prennent cette initiative commencent par remettre du bétail et de la bière au personnage; celui-ci mange et boit d'abord, puis fait ce qu'il faut pour contenter les solliciteurs. S'il ne réussit pas, son insuccès peut tourner mal pour lui et lui occasionner bien des déboires, car ses propres gens se mettent alors quelquefois en

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colère et commettent sur sa personne et ses biens des atteintes déplorables, parce qu'elles manquent totalement de dignité et d'esprit de justice. Aussi le sort du chef de l'Eau, qui a la main malheureuse, est-il peu enviable- J'ai connu un de ces pauvres diables et je me suis fait raconter par lui comment il procédait, quand il voulait faire pleuvoir. Je cède la parole à mon naïf narrateur : « Quand ma force a disparu à cause de la longue durée de la sécheresse, je me rends chez kutjur» (le sorcier) et je lui dis : « Pourquoi ne pleut-il » pas ? Mes gens en arriveront à me tuer à cause de » cela,» Alors kutjur me répond: «Va consulterton père » défunt.» Je tue aussitôt un mouton et une chèvre et vais déposer une partie de la viande sur la tombe de mon père, à qui je pose cette question : « Veux-tu donc que mes gens me tuent ? » « Puis, je verse de l'eau dans la pierre. Après cela, il pleut » — « Et si, malgré tes efforts», objectai-je, «il ne pleut pas? » — Dans ce cas, me répondit-il, « mes gens envahissent en armes mon village, me battent, me chassent dans la brousse, s'emparent de mon bétail et pillent mes greniers. »

La puissance du chef de l'Eau viendrait d'Uletet, qui l'aurait donnée autrefois à un premier homme. Elle passe, en cas de mort, au fils aîné. Si celui-ci est prédécédé, elle est transmise à l'aîné de ses enfants mâles et, à défaut de celui-ci, au garçon qui le suit en âge. Dans le cas où le fils aîné n'aurait pas laissé de descendance mâle, la fonction irait au frère qui le suit immédiatement ou, à défaut de celui-ci, au plus âgé de ses descendants mâles. Dans tous les cas qui peuvent se présenter, la succession se règle toujours par ordre de primogéniture et de représentation, s'il y a lieu. Quand l'héritier est un enfant, il est placé sous la tutelle de l'oncle patsrnel le plus âgé, et celui-ci exerce la fonction de chef de l'Eau jusqu'au moment où son pupille est en état de la remplir lui-même.

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Si le chef de l'Eau meurt sans héritier, un des fils d'une de ses sœurs ou, à défaut d'un de ses neveux, un des fils d'une des sœurs de son père prend une ou plusieurs épouses parmi les veuves, et le premier enfant mâle qui naît d'une de ces unions hérite de la puissance vacante. En attendant l'avènement de cet héritier, le nouvel époux remplit la fonction de chef de l'Eau et exerce tous les droits qui y sont attachés.

A noter que, pour l'exercice de la tutelle, comme pour le dernier cas cité, la consanguinité est toujours requise, c'est-à-dire que frères, sœurs et tantes doivent être parents du défunt en vertu d'un lien consanguin.

Il est interdit à un chef de l'Eau de déplacer ses habitations. Ce personnage est en quelque sorte cloué sur place ; il mourra à l'endroit où il est né et il en sera de même de son héritier. En fait, donc, l'emplacement occupé par le représentant de la chefferie de l'Eau est perpétuellement le même.

Le chef de l'Eau détient le i)ouvoir politique et le pouvoir judiciaire à côté du pouvoir religieux. Cette triple fonction devrait lui donner beaucoup d'autorité et de prestige. Dans la réalité, cependant, il n'en est pas ainsi; mais, à défaut de ces avantages, il retire de l'exercice de ses prérogatives de petits et grands profits. Aussi un chef de l'Eau qui a quelque réputation a-t-il beaucoup de bétail et de nombreux greniers.

Le chef de l'Eau a le droit de requérir, pour travailler à ses plantations, les personnes qui sont placées sous sa juridiction. Il use habituellement de ce droit.

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A la fin des travaux, il procure de la bière, tue une ou deux bêtes et régale tout son monde.

L'autorité placée immédiatement en vedette après le chef de l'Eau est représentée par le sorcier, que les Kuku appellent « kutjur » . Il peut y avoir plusieurs sorciers dans un même village, comme il peut ne pas en exister du tout.

Le secret ou « mané » du sorcier se transmet par hérédité, et cette succession est réglée également par ordre de primogéniture et de représentation. Mais, ici, les femmes ne sont pas exclues de l'héritage, comme cela a lieu pour la chefferie de l'Eau.

Toutefois, elles ne sont appelées que s'il n'y a aucun héritier mâle. Si ce cas se présente, c'est la fille aînée du sorcier ou, à son défaut, le fils aîné de cette dernière, ou, en l'absence du fils, une de ses filles qui hérite. Le sorcier a aussi le droit de désigner son héritier et de choisir dans ce cas une fille. Si l'héritier est un enfant, il est placé sous tutelle dans les mêmes conditions que celles qui sont en usage à la chefferie de l'Eau. Dans le cas où « kutjur »n'a pas désigné son héritier et qu'à sa mort il n'y a personne pour hériter de son « mané », celui-ci disparaît dans les eaux.

Le chef de l'Eau peut aussi désigner son successeur à condition de le choisir dans sa descendance mâle.

On consulte « kutjur »sur quantité de choses : à propos d'un rêve, par exemple, ou quand on veut savoir si un voyage projeté est sans danger, ou pour connaître la cause d'une maladie déterminée. On le désigne aussi pour rechercher celui qui, par sortilège, a causé la mort de quelqu'un et, ici, l'exercice de son pouvoir est redoutable.

J'ai vu un jour un sorcieropérer pour quatre individus qui voulaient savoir à quelle cause il fallait attribuer la maladie de la femme de l'un d'eux. Ces hommes

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(Poss. : Anglo-Egyptiennes),

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avaient planté leur lance dans le sol et s'étaient assis par terre en face du sorcier. Celui-ci, assis aussi par terre à côté de l'entrée de sa hutte, avait, déployée devant lui sur le sol, une petite peau de chèvre, à l'extrémité de laquelle étaient attachés quatre fétus distancés de quelques centimètres entre eux. Sur la peau se trouvaient quatre plaques en cuir de bœuf ayant la forme et les dimensions de nos cartes à jouer. Peau et plaques étaient abondamment enduites de graisse rouge. Tout en écoutant le récit qui lui était fait, notre devin agitait, de la main droite, une petite cucurbitacée évidée qu'il tenait par le goulot (tige) et qui renfermait des graines cliquetantes. A certains moments, il questionnait les visiteurs sans cesser toutefois d'agiter son hochet, et je l'entendis notamment demander à l'un d'eux : « Les chèvres que vous avez données comme dot étaient-elles bien votre propriété? » Au bout d'Un certain temps, il saisissait les plaques et les rejetait aussitôt sur la peau ; ce manège était répété plusieurs fois de suite; il fut recommencé dans un premier cas, six fois, et, dans un autre, dix fois- Il paraissait suivre attentivement les explications qui lui étaient données : le genou droit était dressé, et la jambe gauche, repliée de façon que le cou-de-pied était ramené derrière le talon du pied droit, le menton reposait sur le genou levé et la main gauche était placée sur les lèvres. Après avoir écouté et questionné tour à tour, il finit par déclarer que la maladie était sans gravité.

La cucurbitacée, m'a-t-on dit, est agitée pour aider

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la pensée à découvrir le mystère. Si les plaques retombent en tas sur la peau ou s'arrêtent sur les fétus, le cas n'est pas grave. Mais il n'en est plus ainsi, si elles s'écartent de la peau et vont s'étaler sur la terre nue ; dans ce cas, le mal est déclaré dangereux, et la puissance occulte d'un ensorceleur doit y être pour quelque chose.

Les quatre individus s'étaient à peine retirés, qu'un cinquième client se présenta pour consulter « kutjur » à propos, lui aussi, d'une maladie dont sa femme était atteinte. Le sorcier avait tenu sa première séance au soleil ; cette particularité n'avait pas d'inconvénient grave parce que la consultation avait lieu le matin, Mais, dans l' entre-temps, la situation changea et, comme les rayons solaires devenaient brûlants, le devin s'en alla opérer sous le toit de deux greniers. Il s'assit par terre contre les piliers de soutènement des deux magasins, le rapprochement ' des bords des deux toits lui faisait une sorte de plafond.

Il écouta attentivement l'exposé de l'affaire que lui faisait l'indigène assis à côté de lui. Le hochet dansait et les graines cliquetaient de plus belle, alternant avec les plaques de cuir qui bondissaient à intervalles réguliers sur la peau. J'entendis à un moment donné Kutjur qui demandait, en affectant l'air de quelqu'un s'y connaissant : « Déposez-vous régulièrement des vivres sur la tombe de votre père?» En fin de compte il déclara que la maladie était sans gravité et, comme dans le premier cas, il accepta un peu de tabac et un petit panier d'éleusine, en guise de rémunération.

Le sorcier auquel j'avais affaire ne paraissait pas très fort. Aussi bien n'était-il consulté habituellement qu'au sujet des maladies et de l'issue éventuelle d'un voyage encore à l'état de projet.

C'est au cours de la première de ses consultations

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(Poss. : Anglo-Egyptiennes).

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que se placèrent les incidents sportifs auxquels sa fille avait pris si spirituellement part en compagnie de son beau-frère.

Quand on voulait connaître la cause de la mort d'un proche, on n'allait pas chez le sorcier en question; on s'adressait à un « kutjur » plus renommé, et c'était aussi à celui-ci qu'on réservait le soin de découvrir l'auteur du maléfice.

Les séances de consultation de notre devin avaient lieu sans apparat; tandis qu'il agissait, une de ses femmes confectionnait un panier à côté de lui. Mais toute la scène se déroulait dans une teinte de demimystère, on parlait à voix basse et on échangeait par intermittences de furtifs regards.

Le sorcier est rémunéré d'après l'importance de l'objet de la consultation. Dans un cas pareil à celui dont je viens de m'occuper, on donne un peu de tabac et un petit panier de céréales. Mais, pour une question grave, comme celle de la recherche d'un coupable, on remet une chèvre ou un mouton.

Vanden Plas.

Kukn. Poss. : Anglo-Egypt. D, d, i»2.

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(Poss. : Anglo Egyptiennes).

E. — Vie intellectuelle.

a) Arts.

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