‹ Les Kuku (possessions anglo-égyptiennes)Chapitre 134 sur 152 · Droit pénal · texte numérisé non relu

Droit pénal

Pour déterminer l'application des peines, il faut établir trois distinctions :

i° Le coupable et la victime appartiennent au même clan ;

2° Ils font partie de clans différents, mais ressortissent à une même chefferie de l'Eau ;

3° Ils sont membres de chefferies de l'Eau différentes.

Voyons comment, dans ces différents cas, on procédera en matière de meurtre, de viol, d'adultère et de vol.

i° Meurtre.

Dans le premier cas (même clan), les parents de la victime vont trouver le chef de l'Eau. Celui-ci, suivi de son conseil, vient au village et oblige le coupable à donner, suivant sa fortune, huit, neuf, dix vaches et même plus aux parents (fils, frère, oncle, selon le cas) de la victime. Si le meurtrier n'a pas de gros bétail, il est forcé de dédommager les parents en donnant des moutons et des chèvres, et, s'il n'a pas de petit bétail, on saisit toutes autres choses en sa possession.

Dans le deuxième cas (clans différents, mais même tribu), les gens du clan de la victime prendront les armes et iront réclamer la remise du coupable. Si le clan opposé refuse de livrer ce dernier, on entamera sur le-champ de sanglantes hostilités. Lorsque le meurtrier est livré, il est tué sur place. Mais il pourrait se

Kuku. Poss. : Anglo-Egypt. F, c, 168.

faire que celui-ci fût en fuite; dans ce cas, on exigera un des siens et on le mettra à mort séance tenante.

Les procédés que je viens de décrire sont également employés dans le troisième cas. Les gens du clan de la victime vont en armes au clan du coupable et s'y livrent aux mêmes excès. Mais la situation, ici, se complique du fait que l'on se trouve entre gens de chefferies de l'Eau différentes. J'ai cependant connu des cas où un parent de la victime s'était chargé du soin de venger le mort; c'était généralement un fils ou un frère qui accomplissait cette abominable besogne. Je pense que ces interventions individuelles n'ont lieu que. lorsque, par suite de quelque circonstance, les efforts de l'entreprise collective ont échoué.

Ce qu'il y a de plus grave dans l'état d'anarchie que je signale ici, c'est que les parents du coupable, n'acceptant pas le fait accompli, cherchent à leur tour à venger la mort de ce dernier. De là, cette suite interminable de représailles homicides commises d'individu à individu.

2° Viol.

Dans le premier cas (même clan), le coupable sera tué sur place, s'il est surpris en flagrant délit, « parce que » , disent les indigènes, « la vue de cet attentat sur notre » mère, notre femme, notre fille nous rend fous de » colère. » Lorsque le coupable n'est pas pris sur le fait, les parents de la femme se rendent chez le chef de l'Eau, qui, avec le même cérémonial, vient au village pour obliger le criminel à donner une tête de gros bétail ou plusieurs têtes de petit bétail au mari, au fils ou au frère, c'est-à-dire au parent survivant de la victime.

Dans le deuxième cas (clans différents, mais même tribu) , le mari et les parents de la victime vont au clan du coupable et réclament le bétail dû, comme indemnité.

KUKU

( Poss. : Anglo-Egyptiennes).

F, 168 (suite).

Si l'on ne parvient pas à s'entendre, on se bouscule et l'on échange des horions.

On procède dans le troisième cas comme dans le deuxième, mais, dans ces deux dernières circonstances, aussi bien que dans la première, le coupable serait tué sur le fait, s'il était pris en flagrant délit. Dans ces deux cas aussi, le chef de l'Eau compétent accompagne ses gens et agit d'autorité si les deux clans font partie de sa chefferie.

3° Adultère.

Dans le premier cas (même clan), le propriétaire foncier, saisi de la plainte du mari, s'efforce de décider le coupable à indemniser l'époux outragé en lui remettant du bétail (un taureau, une vache ou plusieurs moutons ou chèvres). S'il n'y réussit pas, le mari s'adresse au chef de l'Eau, qui agit d'autorité.

Dans le deuxième cas, le mari, après en avoir référé au propriétaire du fonds, s'adresse au chef de l'Eau qui procède dans cette circonstance comme il le fait pour le viol.

Dans le troisième cas, le mari, avec ses parents, se rend au clan du coupable et se comporte comme s'il s'agissait d'un viol.

4° Vol.

Dans le premier cas, le propriétaire du fonds averti tâche d'amener le voleur à restituer la chose volée ou son équivalent. S'il n'y réussit pas, on s'adresse au chef de l'Eau, qui agit d'autorité.

Kuku. Poss. : Anglo-Egypt. F, c, 168.

Dans le deuxième cas, la victime, si le vol est important, une tête de bétail, par exemple, réclame la restitution de l'objet volé. Si le voleur s'obstine, le volé s'adresse au chef de l'Eau, qui fera le nécessaire, c'està-dire fera dédommager le plaignant.

Dans le troisième cas, le chef de l'Eau accompagne, dès le premier instant, le volé, parce que celui-ci s'est, dès le début, adressé à lui.

J'ai rencontré, dans une seule circonstance, un voleur qui fut puni par l'ablation des oreilles et du membre viril. C'est le volé qui, sur le jugement rendu par un chef de l'Eau, s'était chargé d'infliger cet odieux châtiment.

Dès qu'un viol ou un meurtre sont connus, les gens formant le clan sont appelés par les résonnances du tambour. On rend compte au propriétaire du fonds de ce qui s'est passé, puis on agit suivant le cas.

Chez Wane, une vieille femme avait été accusée de « rubè ». Son fils, pour prouver la fausseté de l'accusation, obligea la pauvre vieille à passer toute une nuit à l'extérieur de sa hutte. Comme sa mère ne fut pas dévorée par un fauve, il en conclut qu'elle n'était pas coupable. Mais celle-ci, ne trouvant pas l'épreuve suffisante, alla passer la nuit suivante au bord de la Niawa, Ce qu'elle fit là était réellement périlleux, car, je le sais par expérience, l'endroit où elle coucha était souvent visité par des lions et des léopards.

KUKU

(Poss. : Anglo -Egyptiennes).

F. — Vie sociale.

c) Coutumes juridiques.

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