Contact avec les civilisés
Les résultats du contact avec les civilisés ne sont pas d'une portée bien étendue. L'occupation du pays, à mon arrivée, ne datait que de quelques années seulement. Je sais par ouï- dire que les Kuku opposèrent une très vive résistance à la prise de possession de leur territoire par l'autorité publique. Mais ils finirent par s'incliner devant la force des armes et ils se soumirent, contraints et forcés, aux malheurs des temps.
Tl n'est pas contestable que les populations ont, durant la courte occupation de leur pays, mis un frein à leurs instincts sauvages. Au moment de l'arrivée des représentants de l'autorité publique, Kadjo-Kadji s'apr prêtait à se venger terriblement de Doro-lo-Kadjo. Il n'en fit rien et, lorsque le seul poste de l'Etat, Kadjo- Kadji, fut levé en septembre 1907, il ne bougea pas davantage. Mais un individu, profitant de la circonstance, procéda immédiatement avec quelques complices à l'arrestation arbitraire d'un de mes courriers, qu'il se proposait d'aller échanger dans l'Uganda contre un fusil. Je fis arrêter les coupables et je les envoyai à Loka où ils furent mis à la disposition du parquet.
Ce fut le seul acte de mauvais gré que j'eus à déplorer. Par la suite, les choses se passèrent bien et les populations supportèrent ma présence. Je n'affirmerai pas que tous me voyaient d'un bon œil, car je dirais là une chose inexacte. Mais, certainement, on
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me tolérait et l'on avait très souvent recours à mes bons offices pour obtenir la solution d'une affaire litigieuse. Chaque fois que j'intervins pour empêcher un délit ou un crime, je réussis et je fus obéi.
Mais, après mon départ, il n'en fut plus ainsi, paraît-il. J'avais à peine quitté le pays que des Kuku vinrent raconter au chef de poste de Loka que des Lugwarè avaient fait une incursion armée chez eux et avaient tué beaucoup de monde. Ma seule présence avait empêché autrefois un conflit sanglant entre Kuku et Madi; mon départ fournit l'occasion à une bande de Lugwarè de recommencer les pratiques criminelles d'antan.
Les heures de paix relative sont passées pour les Kuku. J'ai l'intime conviction que les luttes de peuplade à peuplade et les représailles entre Kuku ont repris leur empire. La force physique, représentée par le déploiement de troupes, avait eu raison des mauvais instincts. La crainte salutaire qu'elle inspirait ayant disparu avec elle, le crime a retrouvé ses jours d'ancienne et sanglante splendeur.
Les résultats moraux sont donc nuls, parce qu'ils n'ont pas duré. Il ne pouvait en être autrement, pour la raison que j'ai indiquée au début.
Sous le rapport matériel, le seul point où, visiblement, l'influence du civilisé s'est fait sentir est celui qui a trait à l'habillement. Des indigènes, peu nombreux, il est vrai, ont pris goût à s'habiller et ont apprécié l'utilité du vêtement.
Au point de vue des relations sociales, j'ai remarqué que des Kuku, qui étaient habituellement en contact avec les blancs, étaient plus dégourdis, moins grossiers et moins farouches.
Le poste de Kadjo-Kadji était installé sur un mamelon baigné par le cours du Gupiri et celui du Likidonga.
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Sa disposition topographique était représentée, en ordre principal, par une rue, large de 5 à 6 mètres, se développant du N. au S. et bordée de chaque côté par des huttes réservées aux soldats. Au centre de cette artère, s'élevaient, à droite, un magasin et deux habitations composées, la première, de deux places et, la seconde, d'une place. Vis-à-vis de ces constructions, se dressaient cinq bâtiments. Deux servaient de logement aux Européens, le troisième tenait lieu de salle à manger, les deux derniers étaient employés comme magasin. Derrière la salle à manger, se profilait un magasin affecté aux provisions pharmaceutiques.
Huttes, maisons et magasins étaient d'une architecture uniforme. Ils consistaient en un rectangle reposant sur un terre-plein de quelques centimètres de hauteur; un toit en chaume s'appuyait sur des parois faites en torchis; une véranda courait le long de la façade.
Derrière les habitations réservées aux Européens, s'alignaient plusieurs magasins destinés à la conservation des céréales. Le poste de Kadjo-Kadji avait, dans sa mission, la charge de ravitailler les stations du Nil : Redjaf, Lado et Kero. C'est dans les magasins dont je viens de parler qu'on déposait, jusqu'au moment de leur envoi vers ces localités, les vivres divers, sorgho, éleusine, fournis par les indigènes. Les greniers consistaient en de vastes enclos rectangulaires construits en bambous et recouverts de chaume ; à l'intérieur de ces enceintes, se succédaient d'énormes réservoirs de forme cylindrique; c'est dans ces récipients, construits en torchis, qu'on emmagasinait les céréales.
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Cette première série de constructions était complétée par une poudrière, quelques maisons ae travailleurs et deux écuries à claires-voies. Ces différentes installations étaient établies à l'écart du centre principal du poste.
Des allées spacieuses, coupant des champs de manioc et de patates douces, s'offraient aux flâneries des habitants de la localité. Le coup d'œil rapide du promeneur suffisait pour autoriser ce dernier à proclamer l'inutilité des efforts tentés dans le but d'introduire le manioc avec succès dans le pays. L'aspect chétif des plants attestait le manque de fertilité du sol et l'absence des conditions indispensables à la réussite finale. La patate douce paraissait moins dépaysée; elle était plus vigoureuse, plus tenace, et son rendement était beaucoup plus rémunérateur.
Les soins dès résidents s'étaient aussi étendus à rétablissement d'un potager, et leurs efforts n'étaient pas restés stériles comme dans le premier cas. Un potager, abondamment fourni, procurait chaque jour des légumes variés à la table des Européens. On ne pouvait pas en dire autant des arbres fruitiers. Tout se bornait ici à l'existence de quelques manguiers et d'un petit nombre de papayers, que les rafales décimaient à l'envi chaque année. Le palmier élaïs, inconnu flans la région à l'arrivée des Européens, fit son apparition dès le début de l'occupation. On eut soin de tenter les essais dans un sol humide, qui favorisa l'éclosion des graines et le développement ultérieur de la plante. Les quelques types existants y venaient normalement, mais il ne faudrait pas, je pense, conclure de ce fait isolé à la possibilité de répandre l' élaïs dans le pays.
L'aspect du poste, vu de loin à la saison des pluies, n'était pas dépourvu de charme. On se serait cru en présence d'une agglomération humaine perdue au milieu
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de verdoyants vergers. Ce joli cadre était formé de la verdure des prés qu'ombrageaient les tamariniers et les arbres à beurre. Mais, à mesure qu'on se rapprochait de la résidence, la bonne impression du début faiblissait devant l'insuffisance des installations.
Vanden Plas.
J'ai fondé un poste qui nous rend de grands services aussi chez les Kuku, une population travailleuse qui s'adonne à l'élevage et à l'agriculture.
Le Congo Belge, VII (1902), 17-4-a. Védès, d'après Chat-tin.
... Leur chef principal (aux Kuku) est Kadjo-Kadji, qui a donné son nom à un poste qui est chargé d'assurer le ravitaillement des stations du Nil, Redjaf, Lado, Kero, etc., où tiennent garnison d'importants effectifs indigènes.
Moav. Géogr. XX (i9o3). — io5. Didier. Extr. Dépêche coloniale de Paris.
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(Posa. : Anglo-Egyptienne»),
G. — Caractères anthropologiques.
a) SOMATIQUES.