Caractère physique et moral
De haute taille, bien découplé, membre et musclé, le Kuku est un beau type de nègre.
Chaltin, Belgique Colon. (1906), 6176.
Les Kuku sont bien bâtis en ce sens que les différentes parties du corps sont convenablement proportionnées; mais leur force est plutôt réduite et leur résistance ordinaire. Ils sont capables d'un effort physique d'une certaine intensité, pourvu que l'épreuve ne soit pas prolongée.
Ils ont le caractère concentré, ils sont sérieux et habituellement silencieux. Ils rient cependant volontiers devant un fait ou une parole prêtant à la gaieté, mais leur rire n'est jamais bruyant ni prolongé. Ils ne pleurent qu'à la mort d'un parent ou d'un ami intime. Ils sont craintifs et lâches, ils s'enfuient dès qu'ils ont fait un mauvais coup. Ils se mettent rarement en colère, et les mouvements d'irritation, auxquels ils sont accidentellement sujets, sont presque toujours superficiels; ils crient et frappent quelquefois, mais le trouble est factice. Ils entretiennent des rapports d'amitié avec certaines personnes, mais celles-ci appartiennent presque toujours à la même tribu.
Je n'ai pas eu l'occasion d'éprouver leur dévouement mais j'ai cru remarquer que l'intérêt personnel est presque invariablement la pierre de touche de l'aide
Kuku. Poss. : Anglo-Egypt. A, 8.
prêtée. Quant à la compassion, elle ne paraît pas sortir des étroites limites du foyer domestique. Les Kuku passent indifférents à côté de la souffrance.
Leur politesse est mille, en général du moins. Rares sont ceux qui s'adressent un mot aimable en se rencontrant; l'élémentaire salut, qui existe presque partout, est négligé par eux. Quelques-uns se serrent la main. Ce sont ceux qui ont été habituellement avec l'Européen, dont ils copient l'usage sur ce point.
Leur conversation est rude et leur langage sec. J'ai rarement rencontré un homme qui savait adoucir le timbre de sa voix. Même les femmes parlent avec une certaine rudesse à leurs enfants. Si l'entretien s'anime, les interlocuteurs crient et gesticulent; ils ponctuent leurs phrases de gestes saccadés et quelquefois ils bourrent de coups de poing celui à qui ils parlent, comme s'ils voulaient lui enfoncer dans le corps leur manière de voir.
Bien qu'ils soient généralement calmes, ils en arrivent quelquefois à échanger des coups. Les femmes même n'hésitent pas à corriger corporellement leur mari, lorsqu'elles sont agacées par lui. J'ai vu dans un cas semblable une femme jeter son mari parterre et, d'un coup de dent, lui trouer de part en part la lèvre inférieure. Et l'époux, tout penaud, accepta l'outrage sans sourciller et se tint coi pour le restant de la journée.
Comme je l'ai dit, le Kuku rit fort peu. Il lui arrive cependant de folâtrer, mais le cas est exceptionnel. C'est ainsi que j'ai vu un jour un homme et sa belle-sœur qui passaient le temps à lutter d'adresse en se jetant réciproquement de la bouse à la tête. Si bien qu'ils en furent finalement couverts tous deux des pieds à la tête; ils en avaient partout, même dans les yeux. Cela les amusait énormément, et ils paraissaient éton-
KUKU
(Poss. : Anglo-Egyptiennes).
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nés que ce spectacle ne m'intéressât pas. Lorsqu'ils furent las, ils se rapprochèrent d'une case près de laquelle le père de la jeune et svelte lutteuse était fort occupé de formuler un oracle. Le devin indigène détourna nonchalamment la tête et contempla sa fille em... miellée. Puis il esquissa négligemment un sourire et me consulta des yeux. Je suivais la scène en observateur attentif mais nullement amusé. Le gars et sa belle-sœur, eux aussi, dirigeaient vers moi des regards et des sourires en quête d'une approbation qui ne venait pas. En fin de compte, ils s'en allèrent se laver au ruisseau, et je constatai avec stupéfaction qu'ils se débarbouillaient à quelques mètres en amont de l'endroit où, chaque jour, je faisais puiser l'eau destinée à mes ablutions et à mes usages culinaires.
Vaxden Plas.
Kuku. Poss. : Anglo-Egypt. A, 8.
(Poss. : Anglo-Egyptiennes).
A. — Renseignements géographiques
et ethnographiques généraux.