Mœurs en général
Les Kuku sont très attachés à leurs coutumes et à leurs traditions. Aussi n'ont-ils nullement le désir de modifier leurs habitudes ni leur règle de vie.
Ils ont des habitudes régulières qui sont très anciennes et dont ils ne se départissent pas volontiers. Ennemis de toute innovation, ils vivent aujourd'hui comme ils vivaient sans doute il y a des siècles, et il en sera vraisemblablement ainsi pendant longtemps encore. Au village, chacun a son occupation journalière et l'accomplit régulièrement sans bruit et sans ostentation. La besogne terminée, il s'assied sur la terre nue et, silencieux, il s'immobilise, l'œil vague, dans une rêverie qui semble ne devoir jamais finir. Quand il lui arrive de causer, il articule une ou deux phrases; il se replonge ensuite dans le silence et le songe. Des hommes et des femmes peuvent se grouper pendant des heures sans s'adresser, pour ainsi dire, une parole. S'ils ne rêvent pas, ils regardent indifféremment autour d'eux. Rien, dirait-on, n'est assez digne de retenir leur attention. L'Européen lui-même passe au milieu d'eux sans troubler leur quiétude léthargique. A part le chef du village et quelques uns des siens, qui font quelques pas au-devant du visiteur, personne ne bouge, personne ne parle, personne ne sourit.
Aucun n'a cette curiosité, qui est presque générale dans l'Uelé, de voir le blanc, d'examiner ses faits et
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gestes, de l'écouter et de s'entretenir avec lui. Le silence qui pèse sur le village est glacial. Les éléments naturels eux-mêmes ne le troublent pas. Pendant les heures chaudes de la journée, les habitants quittent les endroits découverts où ils sont assis et vont reprendre leur attitude somnolente dans leurs cases ou sous le toit des greniers, où on les voit debout, arc-boutés contre la cloison ou plies en deux, le derrière sur le tablier du magasin et les jambes ballantes.
Ils s'assemblent aussi à ses heures-là, par petits groupes, sur des lits grossièrement improvisés sous un tamarinier ou un arbre à beurre et choisis un peu à l'écart des habitations et des greniers. On les y voit paresseusement couchés ou assis dans des poses nonchalantes, le torse plié et les jambes suspendues dans le vide. Ces lits sont construits de la façon suivante : quatre piliers fourchus de oin8o à 2 mètres de haut tiennent lieu de pieds; dans la fourche passe, d'un côté à l'autre, une traverse sur laquelle repose une série de troncs juxtaposés.
Les femmes ne figurent pas sur ces perchoirs d'un nouveau genre : elles restent à l'écart, le plus souvent dans leurs huttes ; quelquefois cependant elles se placent avec les hommes sous le toit des greniers. Mais, en règle générale, elles s'abandonnent beaucoup moins à la rêverie et elles ne prennent pas de repos prolongé ; elles vaquent de préférence à leurs occupations de ménagère et restent rarement inactives.
A la saison sèche, qui est pour eux la saison morte, les Kuku se livrent à de copieuses libations. Celles-ci ont lieu en famille ou entre amis; mais, dans ce dernier cas, le cercle des buveurs se limite généralement aux gens d'un même village ou d'une même tribu. Il est rare que l'on aille boire dans une tribu autre que celle à laquelle on appartient. C'est aussi le plus
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souvent à la saison sèche que les hommes consentent à se départir de leurs habitudes sédentaires. Mais, quel que soit le motif qui l'éloigné momentanément de son village, le Kuku n'omet pas de s'armer de sa lance ou de son arc, quand il se déplace; quelquefois même il emporte les deux, et on le voit alors déambuler, la lance dans une main, l'arc dans l'autre et le carquois suspendu sous l'aisselle.
Les habitants d'un même village vivent en très bonne intelligence et s'aident volontiers à l'occasion. Ainsi, une hutte est-elle à construire et celui qui s'y emploie fait-il appel au concours de ses voisins, cousins ou même étrangers, ceux-ci ne refuseront pas l'assistance demandée; ils se mettront au contraire de bon cœur à la besogne. A la fin des travaux, chacun prendra sa part du repas et de la bière que la femme du solliciteur aura préparés pour remercier les travailleurs complaisants.
Je n'ai pas observé qu'ils soient sensibles aux couleurs brillantes en ce qui concerne le vêtement proprement dit et les objets suspendus au corps; mais, pour le coloriage, la couleur employée était toujours le rouge criard.
L'attrait du brillant lie s'est jamais manifesté devant moi.
Contrairement à un grand nombre de peuplades de l'Uelé, notamment des Mangbetu, les femmes Kuku doivent être regardées comme pudibondes.
Vanden Plas.
Kuku. Poss. : Anglo-Egypt. A, 9.
KUKU
(Poss. : Anglo-Egyptiennes).
B. — Vie matérielle.
a) Soins donnés au corps.