Agriculture
Les cultures sont établies à proximité des habitations, qu'elles affleurent. Le sorgho étant cultivé en grande quantité, les villages, à l'époque de la fructification, sont pour ainsi dire, noyés dans une mer d'épis et 'disparaissent complètement aux regards du voyageur.
Les hommes, aussi bien que les femmes, travaillent à la culture des champs. La distribution du travail entre l'élément masculin et l'élément féminin se fait d'après une règle invariable : le mari défriche et sème, la femme sarcle et s'occupe de concert avec son époux d'assurer la rentrée des récoltes.
Chacun a ses champs et ses greniers.
L'homme travaille à ses cultures avec l'aide de ses femmes, qui lui prêtent leurs bras à tour de rôle. Lorsqu'il a soigné pour lui, il s'occupe des plantations de ses épouses, en commençant par mettre en valeur la parcelle de terre réservée à la principale de ses femmes.
Les Kuku procèdent par assolement. Les haricots sont plantés en premier lieu ; au bout de trois mois, on les récolte et on les remplace par de l'éleusine; celle-ci met quatre mois pour mûrir, et le moment de sa récolte coïncide avec l'arrivée de la saison sèche, A la saison des pluies suivante, on sème du sorgho, que l'on récolte au bout de quatre mois pour mettre des haricots à sa
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place. Les arachides sont plantées à part, et, après leur récolte, on leur substitue du sésame.
L'homme, au moyen de sa houe, qu'il manie de droite à gauche comme s'il fauchait, procède à un grossier défrichement, qui a pour but de débarrasser le champ des herbes et des broussailles. Puis, il sème à la volée : de la main gauche, il tient un petit panier rempli de grains, et, de la main droite, il disperse les semences. Il reprend ensuite sa houe et remue légèrement la terre pour les y enfouir.
Il arrive parfois que les tiges de sorgho, d'éleusine et de sésame de la dernière récolte soient, à dessein, épargnées par la houe au moment du défrichement. Elles sont dans ce cas coupées près du sol, et la racine est laissée en place. Aux premières pluies, disent les indigènes, la plante repousse en compagnie du produit de l'ensemencement qui a été fait tout autour pour remplacer les plants disparus.
La fumure est employée par quelques indigènes, qui se servent dans ce but du fumier provenant du gros bétail. Ce fumier n'est au fond que la fiente isolée, car les Kuku n'accordent pas de litière à leurs bêtes. La bouse est déposée dans un petit panier, que le cultivateur transporte sur son champ; il en renverse le contenu à différentes places et l'enfouit avec les semences.
L'ensemencement à la volée est employé pour le sorgho, l'éleusine, le sésame et les haricots. Les graines d'arachide sont placées deux par deux dans des trous espacés de quelques centimètres, et la terre est ramenée à la main pour combler ces petites excavations creusées avec les doigts.
Le sarclage consiste dans l'arrachage à la main des mauvaises herbes. C'est la femme qui a cette besogne dans ses attributions. Si elle est mère d'un enfant en
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bas âge, elle l'emmène aux champs en se l'accrochant sur le dos.
Je n'ai jamais vu, dans les champs, de fétiches préservatifs des voleurs ou des animaux, mais tout me porte à croire qu'il en existe.
Les Kuku ne défrichent pas les forêts, ils vivent en pleine savane ; du moins en est-il ainsi pour la plupart d'entre eux. Mais s'ils ont à abattre de gros arbres, ils se servent de leurs haches. Ils coupent l'arbre par la base, à quelques centimètres du sol.
Les cultures sont quelquefois établies à une certaine distance du village. Dans ce cas, qui est excessivement rare, un ou deux hommes sont préposés à la garde des plantations. Ils ont pour mission d'en chasser éventuellement les antilopes et les éléphants. Ceux à qui cette charge est dévolue se construisent des abris provisoires qu'ils ont soin de barricader solidement pour se protéger la nuit contre les lions et les léopards.
Les travaux agricoles sont entamés dès l'apparition des premières pluies, c'est-à-dire à la fin du mois de mars ou dans les premiers jours du mois d'avril.
Chaque famille use pour ses cultures du lot particulier que le propriétaire du fonds lui a réservé. Cette parcelle de terre est mise en valeur dans les conditions que j'ai indiquées précédemment. Le mari choisit dans le lot commun la portion qui lui convient et il y établit des plantations avec l'aide de ses femmes, et au besoin, de ses fils, Puis il consacre ses efforts à faire fructifier le champ de chacune de ses épouses. Si l'une d'elles a un grand fils célibataire, ce sera celui-ci qui
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s'occupera de créer des cultures pour sa mère ; le mari n'interviendra, dans ce cas, que si son concours est indispensable.
La distribution du travail s'organise sur le même plan au moment de la récolte. Le produit de celle-ci est emmagasiné, suivant le cas, dans les greniers particuliers au mari ou à chacune de ses femmes. Chaque femme nourrit ses enfants jusqu'à leur mariage avec le produit de ses cultures.
Si la main-d'œuvre familiale, limitée comme nous venons de le voir, au foyer domestique, est insuffisante pour assurer convenablement la mise au point des divers travaux agricoles, les intéressés s'adressent à quelques parents du voisinage pour obtenir le concours que les circonstances ont rendu indispensable. Dès que les cultures ont été mises en état avec l'appoint de ces auxiliaires, la ménagère offre à ces derniers un repas copieusement arrosé de bière.
Vanden Plas.
Agriculteurs intelligents, ils procèdent rationnellement, approprient leur culture au sol et au climat et emploient des méthodes beaucoup moins primitives que celles des peuplades du Congo.
A. Chai.tin, Belgique Colon., VI (1900), 6176.
KUKU
B. — Vie matérielle.
e) Moyens d'existence, Métiers, Occupations.