Extraction des minerais et des roches
J'ai vu extraire du minerai de fer à une heure et demie au Nord-Est de l'ancien poste de Kadjo-Kadji, mais je ne suis pas à même de déterminer l'importance de la mine qui se trouvait à cet endroit. Je sais que les natifs en exploitent encore une autre située dans les montagnes qui limitent au Nord le territoire des Kuku.
L'extraction se faisait dans un vallon par plusieurs familles de forgerons, qui s'y trouvaient installées pour toute la durée des travaux.
Dès que les forgerons, me dirent les natifs, s'aper-' çoivent qu'ils sont sur un sol ferrugineux, ils se mettent en mesure d'exploiter celui-ci. Ils creusent un trou au moyen de leurs houes et de leurs herminettes et ils établissent une galerie souterraine qui le relie à une seconde ouverture. J'ai vu deux galeries inachevées, dont voici la description :
A. Première galerie. (Voir PI. i, A.)
Un premier trou avait : i° en profondeur im5o; 2° comme diamètre imio. La hauteur de la galerie était de 35 centimètres.
Du bord de ce trou au bord du second trou, la distance était de 2m4o. Cette dernière ouverture avait à peu de chose près, les mêmes dimensions que la première. Du second trou de la première galerie au premier trou de la seconde galerie, il y avait 4 mètres de distance.
Kuku. o . : Anglo-Egypt. c, 6a.
B. Deuxième galerie. (Voir PL i, B.)
Elle ne débutait pas par un trou aussi profond que ceux de la première galerie.
A 80 centimètres de profondeur du bord de l'excavation, s'amorçait une pente très raide qui conduisait à la galerie commencée. La distance verticale entre le bord de l'orifice et le point où cette pente s'engageait sous la galerie était de im5i. La galerie se terminait en cul-de-sac. A sa partie centrale, sa hauteur était de 39 centimètres; son diamètre (elle était circulaire) atteignait i,n45. Le diamètre du trou donnant accès à la pente était de im20.
De cette ouverture à la seconde excavation, à laquelle devait aboutir la galerie achevée, il y avait une distance de i,uio. Le diamètre et la profondeur de ce second trou se rapprochaient sensiblement des dimensions du. premier trou de la première galerie.
Le mineur, qui a travaillé sous mes yeux, se trouvait dans la seconde galerie. Il était couché sur le dos, la tête dirigée vers l'ouverture et les jambes écartées et allongées sur la pente de la galerie. Il en perçait la voûte à coups redoublés et faisait tomber le minerai à côté de lui, en se servant d'un gros bâton à un bout duquel était implanté un fer de pique, de i5 centimètres de long, débutant sous une forme rectangulaire et se terminant en pointe. Il tenait son bâton dans les deux mains et le maniait avec vigueur de droite à gauche. Les blocs de minerai détachés de la voûte étaient, au bout d'un certain temps, placés dans un panier qu'un homme transportait à l'endroit où devait s'effectuer la fusion.
Cet endroit se trouvait à quatre cents pas de la mine. C'est en ce lieu que les travailleurs du fer avaient établi leurs forges et leurs passagères demeures.
A son arrivée, le minerai était d'abord traité par des
ig5 —
KUKU
(Poss. : Anglo-Egyptiennes).
B, 62 {suite)
femmes et des enfants. Quatre femmes et deux gamins étaient assis, par terre, en cercle ; chacun avait à sa droite une pierre plate et longue, et à sa gauche, à l'extérieur du cercle, une claie concave, en osier, longue de 60 centimètres et large de 25 centimètres. Sur chaque claie se trouvait une certaine quantité de minerai, dont chacun prenait de petites portions, qu'il plaçait sur la pierre plate et concassait en se servant d'un caillou. Lorsque la matière était suffisamment fragmentée, elle était repoussée de la main au centre du cercle; au bout d'un certain temps, le minerai réduit de proportion par le concassement était déposé dans un panier et transporté à la forge.
Celle-ci consistait en un trou creusé dans des conditions spéciales que je vais décrire. (Voir PI. 1, C.)
L'orifice affectait la forme d'un U , dont les contours étaient légèrement redressés et tassés; sa longueur atteignait imio et sa largeur 60 centimètres. L'excavation proprement dite se présentait sous la configuration d'une pente, qui débutait à la partie ouverte de l'U et se terminait à la courbe. La distance entre le bord de celle-ci et l'extrémité inférieure de la pente était de 75 centimètres.
Pour effectuer la fusion du minerai, les forgerons commencent par remplir la cavité d'un sable léger constitué par les résidus poussiéreux d'une précédente opération. Ils procèdent à ce travail préliminaire de façon telle qu'ils obtiennent, après le comblement du trou, une surface légèrement inclinée dans le sens inverse à la première pente, c'est-à-dire qu'ici l'inclinaison débute
Knku. Poss. : Anglo-Egypt. B, e, 69.
à la courbe de l'U et se termine à son ouverture. Sur cette surface, dans sa partie médiane et suivant sa longueur, on creuse une rigole dans laquelle on dispose une série de minuscules gerbes de paille pliées en V. Dans l'angle du V, on couche un tuyau en argile cuite de 68 centimètres de long et 7 centimètres de diamètre. Ce tube est donc posé sur un plan incliné ; dans son orifice inférieur, c'est-à-dire dans l'ouverture placée à la partie basse de ce plan, s'emboîtent deux tuyaux rattachés chacun au pot, qui remplit l'office du soufflet et dont j'ai décrit plus haut la disposition; entre son ouverture supérieure, c'est-à-dire entre l'orifice placé au point culminant de la pente, et la courbe de l'U, un petit trou est pratiqué et du charbon de bois y est jeté. Un homme introduit un brandon dans ce combustible, tandis que deux autres, assis, mettent les soufflets en action. Paille et braises ne tardent pas à prendre feu. Mors l'individu, qui a allumé le brasier, y jette deux poignées de minerai et renouvelle cette provision de dix en dix minutes.
Les forgerons travaillent ainsi toute une journée (de 6 heures du matin à 9 heures du soir), m'a-t-on dit. La nuit venue, ils se retirent et laissent la matière se refroidir. Le lendemain matin, ils déblayent le trou et en retirent le fer, qu'ils séparent des impuretés qui l'entourent. La provision est déposée dans une case, tandis que le résidu est confié aux femmes, qui le concassent afin d'en détacher toutes les parties encore utilisables. A la fin des travaux, tout le produit est transporté au village pour y être façonné.
Le provision de fer j>roduite par chaque groupe est partagée entre ses membres, et chacun tire à sa guise profit des objets qu'il a façonnés.
Vanden Plas.
KUKU
(Poss. : Anglo-Egyptiennes).
B. — Vie matérielle.
e) Moyens d'existence, Métiers, Occupations.