Soins donnés à l'enfant
L'enfant, à califourchon, est retenu par une bande de cuir qui enveloppe ses fesses et passe sur les seins de sa mère. Souvent la tête du bambin est engagée dans le van ordinairement employé par les ménagères. Cette précaution est prise pour protéger le cerveau contre les ardeurs du soleil. Il arrive parfois qu'une femme emporte le berceau de peau en se rendant aux champs. Elle se l'accroche alors sur le dos à la façon dont nos fantassins portent le havre-sac. L'enfant, à califourchon sur le dos de sa mère, disparaît presque complètement dans la peau ; on n'aperçoit plus que sa tête et ses pieds, qui ballottent lamentablement à chaque mouvement fait par l'inélégante marcheuse, L'enfant est allaité pendant trois ans. La durée de l'allaitement est motivée par le désir de voir l'enfant se fortifier. Dans rentre-temps, on lui fait absorber de la farine de sorgho ou d'éleusine mélangée avec du lait de vache. Si la mère n'a pas de lait, elle avale y dans l'espoir que ses mamelles gonfleront, une potion fabriquée au moyen de certaines herbes. Les herbes employées sont pilées et ensuite bouillies, et l'infusion obtenue est bue telle quelle. Je ne connais aucun cas d'infanticide, et l'on m'a affirmé que ce crime n'avait jamais existé. Lorsqu'une femme a des jumeaux, le père s'en empare dès leur naissance et va les déposer pour une nuit dans les herbes. Le lendemain matin, il se rend à l'endroit où il les a placés. Si l'un deux ou les deux ont été dévorés par un fauve, il en infère que sa femme
Kuku, Poss. : Anglo-Egypt. C, a, 68.
a été victime d'un sortilège. Si les pauvres petits ont été épargnés, très satisfait, il les reprend et les ramène au logis. Les enfants difformes sont conservés en vie. Le nom est donné à l'enfant par son oncle paternel. S'il n'y a pas d'oncle paternel, le père s'occupe de la question et, si le père est mort, la mère le remplace. Le nom est choisi le quatrième jour au cours d'une cérémonie particulière. Je laisse ici la parole aux indigènes : « Les » parents de la mère cuisent de la farine d'éleusine ou » de sorgho. L'oncle est invité au repas; il prend l'en- » fant dans ses bras et lui donne le nom du grand'père » paternel ou d'un autre parent. » « Nous caressons nos » enfants » , m'a-t-on dit. Mais, en réalité, je n'ai jamais vu personne, ni père ni mère, caresser son enfant. Il ne faudrait pas en conclure cependant que les enfants ne sont pas aimés. Au contraire, la femme soigne bien son marmot, et le petit, garçon ou fillette, vit en compagnie de sa mère jusqu'à l'âge de cinq, six ou sept ans. J'ai vu un jour une femme qui tenait amicalement entre ses genoux sa fillette atteinte de la maladie du sommeil. J'ai remarqué aussi plusieurs fois que des hommes portaient leur enfant sur le bras ou sur la hanche ou encore dans une peau suspendue à l'épaule. Je n'ai jamais constaté qu'un enfant fût maltraité. Mais le gamin ou la gamine qui ne sont pas sages s'exposent à collectionner quelques taloches venant du père ou de la mère ou même du frère aîné. L'enfant appartient au père s'il est venu la tête en avant. S'il a présenté ses pieds au moment de l'accouchement, il va, dès qu'il est sevré, chez son oncle paternel. S'il n'a pas d'oncle paternel, il est recueilli chez son oncle maternel- A défaut de ce dernier, il est placé chez un de ses cousins. Mais, quel que soit le cas, le père procurera plus tard à son fils, si c'est nécessaire, la dot qui lui sera indispensable pour se marier.
Vanden Plas.
KUKU