Les kystes hydatiques du foie
Parmi tous les parasites de l’Homme, en est-il un seul qui ait été plus étudié que l’Hydatide? Son étiologie, sa structure, son évolution, son rôle pathogène ont été décrits tant de fois, par tant d’observateurs habiles, ([u'oii pourrait dire sans trop d’invraisemblance que l’histoire naturelle et chirurgicale de ce parasite est délinitivemcnt élucidée.
(h)mbien une telle opinion serait inexacte ! Le Dévé, professeur suppléant à l'École de médecine de Houen, a mis en lumière, pard’ingénieuses expériences, toute une série de faits nouveaux qui, déjà très importants et très inattendus au point de vue zoologique pur, sont riches de conséquences au point de vue chirurgical.
Le scolex, c’est-à dire la tête du jeune Tænia echiriococcus, née par voie agame, par un simple phénomène de bourgeonnement dans la vésicule proligère, née elle-même à rintérieur de rilydatide, — le scolex, dis-je, (juand on le transplante artificiellement dans la cavité péritonéale, dans le parenchyme pulmonaire ou dans le tissu d’autres organes, peut s’y transformer
lui-même en Hydatide. Celle-ci a la même structure que les Hydatides (jui, suivant le mode normal, dérivent directement des œufs du Tænia echinococcui^ ; elles évoluent exactement de la même façon. Voilà, on en doit convenir, une métamorphose très imprévue.
Ce que rexpérimentateur accomplit avec une précision rarement en défaut, le chirurgien l'exécute lui même avec une déplorable fréquence, par suite de l’ignorance où il se trouvait jusqu'à présent au sujet de ces singuliers phénomènes. La ponction ou l’ouverture chirurgicale d’une Hydatide a pour conséquence habituelle de répandre dans la séreuse voisine ou dans le tissu conjonctif ambiant une certaine quantité du liquide intra kystique. Dans ce liquide llottent normalement des scolex, qui se greffent et se transforment en Hydatides. Et voilà l'origine de ces poussées successives d’Hydatides, qui ont si souvent étonné les chirurgiens et que ceux ci, faute d’en comprendre la cause, attribuaient à quelque diathèse.
La diathcscl mot commode pour masquer l’ignorance. Combien n’en ai je pas vu sombrer dans un juste oubli, de ces diathèses qui, au temps de ma jeunesse, servaient d’explication en tant de circonstances! La diathèse hydatique n’a pas plus de réalité que les autres : le Dr Dévé lui a donné le coup de grâce, en même temps qu’il a fait connaître le mécanisme étiologique de ce qu’il a si justement appelé ïéchinococcose secondaire. A l’heure actuelle, les chirurgiens n’ont plus le droit d’ignorer les faits très démonstratifs que le D^ Dévé a eu le grand mérite de découvrir ou de préciser, et d'où résultent des conséquences opératoires de la plus haute importance.
Le présent ouvrage résume de la façon la plus claire et la plus méthodique, non seulement les observations capitales du savant professeur de Rouen, mais aussi l’histoire tout entière du Tænia echinococcus. La partie zoologique est très restreinte, comme il convient dans un ouvrage écrit pour des médecins; la partie médicochirurgicale, au contraire, ne présente aucune lacune. Ce livre est le seul qui expose, suivant le point de vue moderne, ce très important chapitre de pathologie. Il a été rédigé aussi bien pour les étudiants que pour les praticiens; il ne peut manquer d’obtenir un vif succès auprès des uns et des autres.
Professeur R. RLANCHARD