OBSERVATION II
Kyste hydatique pré-péritonéal de l'abdomen
Observation publiée par M. Lamas Professeur à la Faculté de Médecine de Montévidéo
Histoire de la maladie. — Femme malade depuis cinq ans. Elle a eu d’abord des douleurs gastriques et du ballonnement de l’épigastre. Il y a deux ans, elle a rejeté, par Ja bouche et par l’anus, simultanément, du liquide clair en grande abondance; en même temps, elle a éliminé par l’anus des membranes blanches: il semble qu’il se soit agi d’une hydatidenterie. Il y a un an, elle a ressenti une douleur très subite et très vive dans le ventre et elle remarqua, par la suite, que son ventre augmentait de volume. Ce gros ventre et les douleurs la décidèrent à entrer à l'Hôpital
Maciel, le 1” juillet 1920.
Examen à l'entrée. — Ce qui frappe, c’est le ventre très volumineux. La paroi abdominale est projetée en avant, lisse, régulièrement convexe, avec une distension homogène et presque sans circulation complémentaire. Nous pouvons comparer son ventre à celui d’une grossesse à terme, avec, en plus, une distension très prononcée des flancs. Au-dessous du rebord costal, on note le contraste brusque entre le thorax normal et l’énorme abdomen.
À la palpation, toute le ventre a une rénitence élastique à grande tension. La palpation bi-manuelle donne le choc
d’onde liquide; matité partout qui ne se modifie pas avec la position de la malade. L'état général est assez bon. La température est normale.
La radioscopie du thorax est normale. On n’a pas pu faire une radioscopie de l'intestin.
Examen du sang:
Polynucléaires neutrophiles ..... 70 % Polynucléaires éosinophiles ..... 3,9 006 Polynucléaires basophiles. ...... (LEE Lymphocites moyens .......... 235500 Grands mononucléaires ........ 340 Diagnostic. — Ascite libre de nature tuberculeuse. Intervention. — Anesthésie à l’éther. Laparotomie sous-
ombilicale. Incision de 8 centimètres. On coupe la peau, on tombe sur une couche qui semble être le péritoine: on l’incise et aussitôt il en sort une grande quantité de liquide clair, eau de roche, et des vésicules hydatiques en quantité inombrables. On retire de 8 à 10 litres de liquide: on nettoie avec du sérum et de l’eau formolée (2 %). Un clamp est promené enfoncé jusqu’au manche par toute la cavité, sans trouver aucun obstacle, de l’épigastre au pubis et d’un flanc à l’autre. On voit l'intestin à travers une couche mince transparente; c’est que le kyste que l’on a vidé ne communique pas avec la cavité abdominale, il est prépéritonéal.
Drain et mèche. On ne suture pas la plaie. La malade meurt cinq jours après.
Autopsie. — On constate que la cavité du kyste est énorme et occupe les parois antérieures et latérales de
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l’abdomen dans toute leur étendue. L’intestin et les autres viscères abdominaux sont séparés de la cavité du kyste par un feuillet d'aspect séreux qui s’applique sur l’intestin et en épouse les reliefs. Elle est plus épaisse qu’un péritoine normal. La face postérieure de cette membrane est libre, sauf en un point, où elle a une adhérence très marquée au mésentère, mais on ne trouve pas là de trace de fistule, ni aucun autre kyste. En avant, la paroi du kyste est plus épaisse; elle est séparée de l’aponévrose par un espace décollable d’un demi-centimètre enciron.
Aucun examen histologique n’a été pratiqué. Le foie est normal à la coupe, on n’y trouve pas de kyste. Il n’y en a pas non plus dans les autres viscères. Il n’y a pas d’infection apparente de la poche.
OBsERVATION III
Kyste hydatique de la paroi abdominale Observation due à l’obligeance de notre Maître le Professeur Aimes
Histoire de la maladie. — Un jeune agriculteur de 23 ans entre dans le service du Professeur Riche, le 22 mai 1942, avec le diagnostic de hernie de la ligne blanche. Ce jeune malade avait remarqué cette anomalie, située au-dessous de son ombilic, depuis environ trois mois. | avait même observé une augmentation survenue le dernier mois, sans
aucune douleur et sans gêne fonctionnelle appréciable.
Antécédents. — Jeune homme bien constitué, ne signa-
lant rien de particulier dans ses antécédents personnels.
Examen à l'entrée. — On remarque.,à à droite, à quatre
travers de doigé au-dessous de l’ombilie, l'existence d’une
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tumeur du volume d’une grosse noix non rédustible, fixée par les efforts de contraction, mobile sous la peau, fixée aux plans profonds, assez dure, non lebulée.
Le diagnostic portée est celui d’un fibro-lipome de la gaine des droits. Mais le Professeur Aimes, qui a eu l’occasion d'examiner le malade, dont E. Chauvin a publié l’observation dans le Montpellier Médical de février 1920,
pense qu'il peut s’agir d’un kyste hydatique.
Intervention le 1° juin 1942. — Opérateur: Docteur Ginestie; aide: M. Nègre.
Anesthésie locale à la novocaïne, 1 pour 200: 40 ce.
Incision sur la tuméfaction verticale de 2 centimètres.
Incision de la gaine du droit, sous laquelle on trouve une tumeur d’allure kystique, du volume d’un œuf de pigeon, fortement adhérente aux tissus musculaires, qui doivent être sectionnés, ce qui permet l’énucléation totale. Il n’y a pas de pédicule et, opératoirement, la tumeur paraît dépendre du muscle droit lui-même. Hémostase. Drainage sous-aponévrotique par un faisceau de crins. Surjet sur la gaine du droit.
Sortie. — Excellent état local. Les réactions de Lisbonne ont montré qu'il s'agissait d’un kyste hydatique de la paroi abdominale.
Examens de laboratoire
Laboratoire d’anatomie-pathologique. — La face interne de la cavité considérée ne comporte pas de revêtement épithélial ou endothélial. On y voit une membrane anhiste basophile par places, acidophile en d’autres points, et dont il est difficile de préciser la nature histologique.
Laboratoire de bactériologie. — Réaction d’hémolyse et précipitation: récepto-diagnostic: ++.
Liquide de prélèvement: liquide de kyste hydatique.
ETIOLOGIE ET PATHOGENIE
Nous rappelons le mécanisme de l’infection et le mode de fixation du kyste hydatique à la paroi abdominale. Le cycle de développement du tœænia echinococcus exige l’intervention de deux animaux: le chien et le mouton. Le parasite adulte ne dépasse qu’exceptionnellement 5 millimètres, vit dans l'intestin grêle du chien; à l’état larvaire, il est l’hôte du mouton. Cette migration a été décrite pour
: la première fois par Siebold, en 1853. L’infestation humai-
ne est limitée aux individus dont la vie se déroule en contact avec le chien.
Notre travail se bornera à chercher simplement par quel mécanisme l'embryon peut aller se fixer dans l'épaisseur de la paroi abdominale, où sa transformation vésiculaire donne naissance à ce qu’on appelle un kyste hydatique. L’embryon héxacanthe du tœnia echinococcus, hôte normal de l'intestin du chien, se transforme en une larve, appelée hydatide ou échinocoque, qui s’entoure d’une enveloppe où il s’enkyste; c’est à l’ensemble de cette membrane et de l’hydatide qu’elle contient que l’on a donné le nom de kyste hydatique.
Un anneau mûr, ou bien un ou plusieurs œufs de tænia echinococcus, évacués par un chien, sont avalés par un homme. L’œuf dégluti pénètre dans l’estomac: sous l’action des divers sucs gastriques et peut-être aussi parce qu’il se
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trouve dans son milieu de développement, sa coque chitineuse se dissout: l’embryon hexacanthe qu’elle abritait, ainsi mis en liberté, pénètre dans l'intestin. Dans la majorité des cas, il peut être englué dans la masse alimentaire, parcourir tout le tube digestif et être rejeté avec les fèces. Mais si les circonstances sont favorables, il peut se fixer par ses crochets à la paroi intestinale, la perforer, tomber dans une des ramifications de la veine porte, dont le courant va l’entraîner jusque dans le foie, réalisant le kyste hydatique du foïe qui est de beaucoup le cas le plus fréquent.
L’embryon hexacanthe peut dépasser ce premier barrage, il continue à suivre le courant sanguin, c’est-à-dire il parcourt la veine cave et pénètre dans le cœur droit; il est lancé dans la circulation pulmonaire où le réseau capillaire lui offrira un second barrage. Ainsi, les kystes hydatiques du poumon sont les plus fréquents après ceux du foie.
L’embryon hexacanthe peut perforer lés capillaires sanguins et continuer son voyage dans le cœur gauche, où il pourra aller, de là, se fixer dans un viscère quelconque, plus ou moins éloigné, ou dans les muscles des membres, ou dans ceux de la paroi abdominale, par exemple.
Dans d’autres cas, l’embryon hexacanthe n’effectuera pas ce long trajet, mais pour arriver à la circulation générale en pénétrant dans le chylifère central d’une villosité, puis il pourra continuer dans les ganglions mésentériques, la citerne de Pecquet et le canal thoracique, pour aboutir dans le cœur droit et la circulation pulmonaire. Cette voie va permettre toutes les localisations extra-hépatiques. Il semble que l’obstacle offert par les capillaires du poumon ne soit pas trop difficile après celui qu’ont constitué les ganglions,
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