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Les La Boderie

Le manoir de la Boderie se caclie au fond d'une éiroile vallée. Il doit son illusiralion à la famille qui en prit le nom. — Ses anciennes avenues. — État d'abandon où il est laissé. — Intérieur de l'ancien logis du XVP siècle. — lîahul de chône laissé dans une des pièces du rez-de-chaussée. — Un contemporain des derniers La Boderie nous sert de cicérone. — On ne sait rien de Jacques de La Boderie, le père des trois illustres frères de La Boderie. — Ce qu'en dit un de ses fils. — Anne de La Boderie , sa fille, se fait religieuse. — Vers que lui adresse son frère Guy.

— Jehan de La Boderie meurt à 25 ans. — Vers inspirés i\ Guy de La Boderie par la mort prématurée de son frère Ilyppocras.

— Pierre de La Boderie tué sur la brèche de St.-Lo. — Philippe lue au siège de Pont-Audemer. — Portrait de Guy , Paîné de tous. — Il sacrifie sa première aiïection. — Visite une partie de la France. — Travaille sous Guillaume Postel. — Appelé par Philippe II , pour travailler h la Bible polyglotte d'Anvers. — Charles IX ne le laisse partir qu'avec peine. — Il emmène avec lui son frère Nicolas. — Divers travaux de La Boderie, à Anvers et k Louvain. — Part qu'il prend à l'édition de la Bible polyglotte. — Retrouve un manuscrit de Sévère, patriarche d'Alexandrie. — En donne une version en hébreu et en latin. — Les deux frères n'eurent à se louer ni de

Philippe , ni des Espagnols. — Vers énergiques , à ce sujet, de Guy de La Boderie. — Tombe malade à Louvain.

— Il compose son épitaphe. — Fait publier à Anvers son premier poème en vers, VEncyclie de Cêlcrnité, — Idée qui a inspiré ce livre. — Nommé secrétaire du duc d'A-lençon.

— Vit à Paris chez un riche bourgeois nommé Desprez. — Ses liaisons littéraires. — Son affection pour Vauquelin de La Fresnaye. — Il lui reprochait ses tendances trop mondaines.

— Traduit en français les hymnes ecclésiastiques du bréviaire romain. — Nicolas de Mauroy Tavait tenté avant lui.— Chacune de ces hymnes dédiée à un personnage du temps. — Par là, on connaît son intimité. — Il publie, en 1578, son poème de la Galliade. — Il en donne une nouvelle édition par Tordre de Henri III, en 1582. —Avait composé d'autres ouvrages. — Duplessis Mornay les aurait brûlés lorsqu'il saccagea Falaise.

— Refuse le cardinalat. — Ne veut quitter sa douce retraite de la Boderie. — Sa mort. — Adieux que lui adresse Vauquelin de La Fresnaye. — Conclusion littéraire sur Guy de La Boderie.

— Son point de ressemblance avec du Barlas. —Côté spiritualiste de sa poésie. — Vers que lui adresse Antoine de La Boderie , son frère. — N'est point à sa place légitime comme orientaliste. — Cela tient aux temps orageux où il a vécu. — Il est dans le camp de la défense. — Les réputations toutes faites aimées de la foule. — Nicolas de La Boderie. — Il ne saurait être séparé de Guy. — Marié par Catherine de Médicis.

— Employé en Italie sous le maréchal de Bellegarde. — Ouvrages qu'il a composés.— Éloge qu'en fait Arias Montanus. — A laissé quelques poésies.— A continué la maison de La Boderie.

Au fond (runc do ces oiiihroiises el étroilos vallées du bocajçe normand , qu'un triple rideau de haies plantées de p;rands arbres protège contre les vents dliiver el les rayons du soleil de juillet el d'août, se cache le manoir de la Boderie (2) . Comme importance féodale il comptait à peine: mais la famille qui en prit le nom et le porta si dignement , à la fni du \\V siècle, lui a donné une sorte d'illustration. On y accédait, el ou y accède encore, par deux larges avenues venant à droite et à gauche aboutir à l'entrée principale ; toutes deux étaient plantées de vieux hêtres que les anciens du pays se rappellent encore avoir vus dans leur jeunesse. Ces beaux aibres ont été remplacés dans une partie

(1) Armes (le La Dodoric : de sable, au chevron d'aigcnt, accompagné (le trdis croissants de même, deux en chef, l'un en pointe.

{'2) Il est situé (hins h\ comnuine de Stc-Uonoiinv^-la-Chardonne, canton d'Athis (Orne).

par des pommiers ; dans l'autre , par de jeunes plants de hêtres qui végètent péniblement et ne s'élèveront jamais.

Rien n'annonce plus tristement que la vie s'est retirée de certaines habitations, rien ne trahit l'abandon où restent les vieux manoirs comme ces maigres et chétives avenues longeant d'anciens murs de parc , çà et là écroulés ; il en est ainsi à la Boderie : plus rien qui rappelle ces soins de tous les jours , cette vigilance active du maître qui aime à parer les lieux oii il a encadré sa vie ; ce ne sont que pans de murs gisants à terre et recouverts par le lierre et les orties. La porte d'entrée, haute et fière, qui s'ouvrait sur la cour

seigneuriale, se tient encore debout ; mais les gonds de fer en sont rouilles et jamais peut-être les bat-

laiKsde clièiie n'y seronl replacés. Kn face de rentrée , le vieux logis avec sa porte ogivale , ses fenêtres à croisillons de pierre ; à droite et à gauche, les anciennes dépendances rebâties au XYlb siècle, témoins de la grande existence des La Boderie ; au milieu de la vaste cour, un bassin resté à sec et qu'alimentait autrefois une source détournée de très-loin. Derrière le logis une pièce d'eau seule a été conservée , elle sert à l'irrigation des prairies de la vallée; mais l'excédant de l'eau ne se jette pins dans les fossés qui autrefois baignaient les murs d'un vaste jardin étage eu terrasse.

Pénétrons dans le vieux logis du XVI' siècle : trois pièces composent tout le rez-de-chaussée ; celle de gauche était la grande salle , la salle d'honneur. Lue large cheminée de granit s'élève jus(ju'aux solives du plafond, le manteau en est d'un seul bloc; les ornements, taillés dans une pierre ingrate, accusent une certaine recherche et une grande habileté de main; à droite de l'entrée une autre pièce d'égale grandeur dont la cheminée rai)pelle celle de la première pièce avec une ornementation plus simple ; à coté de cette seconde pièce un cabinet de travail avec une cheminée et une boiserie de chêne, de la même époiiue évidennnent <pie le vieux logis, et pour tout menble, un innnense bahut de chêne. Nous n'avons pu résister au désir de posséder ce dernier témoin ,

ce contemporain de tant de générations dont nous essayons de ressaisir la trace ; il portait encore la serrure du temps , à la fuie ciselure , aux capricieux festons; la fantaisie de l'artiste avait sculpté sur l'un des panneaux quelques personnages à barbe pointue, se terminant en chimères fantasques; sur les autres panneaux, étaient reproduits les mêmes ornements que sur les parois des cheminées : ce fut là sans doute le coffre de mariage de l'une des châtelaines de la Boderie.

ii'iiiii'iiiiiillliiiiiiiliiliiiillfi"!!!;

Dans ce pèlerinage d'antiquaire , nous avons eu pour cicérone le dernier serviteur des derniers La Boderie, un vieillard de 95 ans, l'un de ces types que Walter-Scott a immortalisés dans Galeb. Sa mémoire n'avait rien oublié de ee qui tenait à

SOS anciens maîtres, et c'lia(|ue lbis([uMI lui arrivait (le prononcer un de leurs noms , il portait involontairement la main à son bonnet de laine : chez lui, le sentiment du respect n'avait pas pris nn jour.

Ainsi, par une rare coïncidence, nous avions devant les yeux, et le vieux logis, et Tliomme d'autrefois.

C'est dans cette demeure , qui nous parait aujourd'hui si étroite , qu'ont vécu ces trois frères que nous rencontrons, à la fin du XVI' siècle, dans toutes les cours des souverains. Nous n'avons rien pu recueillir sur leur père Jacques de l.a Boderie, et nous le regrettons; car pour avoir fonné de tels hommes, il ne dut pas être lui-même un homme ordinaire. Ses enfimts paraissent avoir été sa seule pensée, le seul but de sa vie, et l'un d'eux met dans sa bouche les vers suivants :

Ni les faveurs, ni biens, ni race ou parentage ,

INi menaces de grands ne m'ont peu démouvoir ,

Sur justice fondé , défaire mon devoir,

A deiïendre le pouvre (pauvre) opprimé par l'outrage ;

J'ai plutôt désiré de laisser mes enfants

Sçavanls et vertueux qu'en grands biens triomphants.

Je pri Dieu qu'il les force a mon désir respondre (1).

D'Anne de Mont-Bra\ , il avait eu sept fds et une fdle, Anne de La Boderie , qui se fit religieuse fort

(1) Vcis à lu suite du iKKinc Uc Vtnc^clic.

jeune, et à laquelle son frère Guy adressait cette épitre :

Iléjouis-toi , ma sœur, chante hymne d'allégresse Au temple de ton cœur, et reconnois combien. De l'immense bonté , tu as reçu de bien (1).

Des sept enfants de Jacques de La Boderie,deux moururent jeunes : Jehan et Hyppocras, Jehan , à l'âge de vingt-cinq ans. Il était secrétaire du président Bariot et promettait autant que ses aînés. Sa mort prématurée inspira à son frère Guy quelques vers d'une douce et tendre mélancolie.

Hyppocras mourut tout enfant, et Guy, le poëte de la famille , nous a laissé son épitaphe qui commence ainsi :

Enfant, l'amour du père et de la mère , Jadis leur aise, or leur douleur amère...

Deux autres enfants de Jacques de La Boderie, Philippe et Pierre, moururent glorieusement : Pierre, sur la brèche de St.-Lo, lors de la dernière prise d'armes de Montgommery (2) ; Philippe,

(1) Voici encore des vers adressés à sa sœur :

Dis liardiraent , ma sœur, entée en Jésus Christ, Adieux, vaines faveurs qui trompez Tespérance , Adieux, syrenes sœurs qui décevez l'esprit.

(2) Le tombeau de Pierre Le Fevre de La Boderie. Mélanges poétiques. Paris, Le Mangnier, 1579.

au siège de Pont-Audeinor, dans les guerres de la Ligue.

De cette nombreuse lignée, il ne restait donc plus que les trois frères dont nous allons écrire la vie : Guy, Nicolas et Antoine.

Guy était l'aîné de tous. En tète de Tun de ses nombreux poënies, est un portrait de lui (1). 11 paraît avoir trente ans : le front est large, un peu bombé ; le nez long et aquilin , la chevelure épaisse , l'œil ouvert et sunnonté de sourcils saillants. Cette belle tête révèle ce qu'il était : un noble cœur et une haute intelligence (2). « Tout jeune encore , « nous dit-il, je fus éguillonné d'embrasser estroi- « tement, et autant que mon âge pouvoit porter, ( l'estude de la philosophie, ne me proposant autre « fin , sinon do rechercher tout ce qui pouvoit « aider à la preuve naturelle de notre foi (o) . ' Dans ce but , avec une patiente curiosité , il étudia les langues orientales, et, quand il eut compris que sa voie était là , il y sacrifia ses plus chères aflections. Une noble damoiselle, qui demeurait non loin de la

(1) VEncyclie des secrets de V éternité,

(2) Voici (les vers de Vaiiquelin de LaFrcsnaye sur un porlrail de Guy Le Tevre de La Boderie :

Si, doclc Guy, celle figure ronde

Pouvait faire voir son bfl cspril pour (rail,

Comiiiu au naif son image elle fait,

Uitii do |)lus beau ne se vt-rrail au uiondc.

(3) Préface du poi-me de VEncyclie.

Boderie, avait attiré ses regards, et cette première passion allait peut-être enchaîner sa liberté : il en eut peur, et, pour effacer de sa mémoire jusqu'à l'image de celle qu'il avait aimée, il partit pour Paris etvisita tour à tour la Bourgogne , le Lyonnais et la Bretagne. A son retour, il travailla sous Guillaume Postel, que la duchesse d'Alençon (Marguerite d'Angoulême) avait fait placer au Collège de France et que Charles IX appelait son philosophe par excellence (1). Il était à peine âgé de 28 ans, en 1560, quand il figurait en caractères hébreux la version syriaque du Nouveau-Testament et en donnait une traduction latine. Ce travail, dont Buxtorf et Samuel Bochard ont fait le plus grand éloge , attira tous les regards sur notre jeune savant; aussi, lorsqu'en 1568, Arias Montanus, par les ordres de Philippe II , s'occupa de l'édition de la Bible polyglotte (2) , demanda-t-il à Guy de La Boderie, au nom du roi d'Espagne , d'être son collaborateur. Le pape Pie lY pria Guy de céder aux désirs de Philippe II , mais ce ne fut qu'à grand' peine que Charles IX consentit à le laisser quitter

(1) In Scaligeranis poslerioribus, dicilur Guido noster studuisse sub Guillelrao Poslello {Aihenœ JSormannorum^ Bibliolh. de Caen).

(2) Biblia sacra hcbraice, chald., grec, lut. studio Bened. Ar. Montani, aut. P. Planlin, 1569-72, 8 vol. in-f". Celle édition bien exécutée , nous dit Brunet, dans le Manuel du libraire, n'est recherchée que pour les grandes bibliothèques. — Vendue 296 fr., La Vallière, et depuis 120 et 150 francs. Voir à TAppendice.

la France : le jeune roi, qui l'avait admis dans sa familiarité, prisait très-liaut ses talents et ses bons conseils. Toutelbis, cédant à ses instances, il lui permit d'emmener avec lui son frère Nicolas, d'une érudition qui égalait la sienne. Voilà donc les deux frères partis pour ce long et coûteux voyage, qu'ils tiennent à honneur de faire à leurs frais. Ne pas se rendre à la demande du Pape leur eût semblé presque une mauvaise action (1) ; d'ailleurs ne s'agissait-il pas de travailler pour la gloire de Dieu et l'accroissement et l'utilité de la religion catholique : aflaires, soins de la lamille, affections, tout ne devait-il pas être mis de côté quand le devoir parlait (2) î

Tantôt à Anvers, dans la maison de l'imprimeur riantin , dont le nom n'a pas besoin d'éloges ; tantôt à Louvain, au collège des Jésuites, Guy de La Boderie, aidé de son frère Nicolas, revoit avec le plus grand soin le texte syriaque du Nouveau-Testament. 11 avait déjà passé trois ans entiers à ce travail, terminé seulement en 15G7. Deux fois, pliant sous le faix, il s'était vu en danger de mort (o). N'importe! notre jeune savant

(1) Cum in re tanli\ dcessic ncfas duccbam. Préface du tome V de 1(1 lliblc pohjglo((t'.

(2) Id.

(3} Adco ul l)is in morbum summo cum vilx discrimine iiicidcrini. Préface du tome V de la Bible polyglutte.

se remet à la tâche : il collalionne sa première copie, à l'aide d'un manuscrit que Guillaume Postel avait rapporté d'Orient ; il ajoute en marge l'explication en hébreu des locutions les plus obscures de la glose syriaque et en donne les racines ; puis, cette première besogne terminée , il restait à suivre pas à pas l'impression, travail si ingrat et si important dans une œuvre semblable. Au milieu de ces occupations de toutes les heures, Guy de La Boderie trouvait encore le temps de commencer le Dictionnaire syro-chaldéen et la Grammaire clialdéenne, qui devaient prendre place , en 1572, dans le tome YI de la Bible d'Anvers et , poursuivi par cette soif qui le tourmentait de tout apprendre et de tout connaître, il préparait un Dictionnaire de la langue arabe.

C'est dans ces recherches que le hasard lui fit passer sous les yeux un petit traité de Sévère, patriarche d'Alexandrie, intitulé : De rilibus baptismi et sacrœ synaxis apud syros chrislianos receplis. Frappé de la concordance qu'il remarque dans les rites pour l'administration des sacrements , entre les deux Églises d'Orient et d'Occident , dès les premiers temps de l'Église (1) , il voit qu'il y a là un témoignage

(1) Apud quos non dissimiles in sacramentoruin administralione ceremonias invenias : quae non heri natœ sunt, nec a ponlificibus ro-

de plus on faveur de l'f^^Hise romaine, que IVui accuse si injustenieiU d'innovalions , et il se met à copier le manuscrit et en prépare une version en hébreu et en latin, version qu'il fit plus tard imprimer par Plan tin.

Les deux frères, disons-le ici, n'eurent à se louer ni des Espagnols, ni de Philippe II; c'est ce que Guy , dans un accès de colère poétique, nous révèle par ces vers :

Mais justement je me puis el dois plaindre, Sans i'Espaignol ni quelconque autre craindre, (Jue trop ingralz se monslrenl envers nioy La genl d'Kspaigne et d'Lispaigne le roy. Je suis né franc au royaume de Fiance : L'Espaigne n'a sur moi nulle puissance ; Si donc orné j'ai son lîoy terrien , Elle me doit el je ne lui dois rien.

El plus loin :

Je ne veux point qu'aucun pour moi se fasclie; Mais je veux bien que l'âge advenir sache Que je n'ay eu de princes ny de rois, Ici ni \h , de mes labeurs, les droicts (1).

nianis aduxcnliu, scd jani i'» imillis rctio saculis inlcr aposlolicos \iios in usu fucrunt. Préface du livre. (I.a l)ihlioll>C>qiic de rAiscnal possède un exemplaire de ce précieux volume imprimé chez Planliu, en 1572. ) Voir à l'Appendice.

(1) McsLnigcs poc(i(fucs , Paris, Robcrl Le Manguier, 1579, p. Gà-

— iU —

11 fut très-malade à T.ouvaiii , et, pensant y mourir, il composa lui-même son épitaphe où se fait jour la pensée qui a dirigé sa vie :

Tandis que j'ai vescu , j'ai toujours souhaité Non d'amasser trésors , ains clierdier Vérité.

C'est durant son séjour à Anvers qu'il composa Tun de ses grands poëmes dont le titre rappelle Temphase de l'époque : L'Encyclie des secrets de l'Éternité, 11 le fit imprimer par Plantin , en 1571 (1), et le dédia au duc d'Alençon qui l'en avait prié. 11 avait alors trente ans (2).

« Dans ce poëme , nous dit-il , j'ai essayé de prouver les vérités de la foi chrétienne , et ne serviroit-il qu'à retenir une âme, encore je jugerois mon temps bien employé (3). « C'est toujours, on le voit,

(1) Il en donne la date aux pages 301 el 305.

(2) Le coup d'essay que ma muse première Souz vostre nom m'a fait mettre en lumière.

Episireà Monseigneur frère du roy {Mélanges poétiques,^, 25).

(3) La préface du poëme de VEncyciic se termine ainsi : « Lecteur « débonnaire qu'il te plaise recevoir le tout d'aussi bonne volonté, « comme je te le présente, et situ y trouves quelque chose de bon « dont tu puisse faire ton proflit , en rendre la gloire et l'honneur au n Père des lumières duquel tout procède; si au contraire tu y trouves « des imperfections, je te pry me les imputer: toutes fois avec telle « modestie qu'il te souvienne tousjours que moy qui ai cscrit , suis o homme, et que toy qui liras, n'as rien d'estrange de l'humanité. « Adieu amy lecteur. »

ridéo relijçiouse qui rovienl , qui ost son biil j)riiicipal et sa vie eiUièro vu j^anlera rcinpreintc. Sur la demande de sa sœur, Marguerite de Valois, le duc d'Alençon daigna enfin le dédommager de l'ingratitude des Espagnols et le récompenser de ses travaux, en le nommant son secrétaire et son interprète au\ langues étrangères. Ce nouveau poste le fixa à Paris : il s'y créa des amitiés fidèles et vécut long-temps dans la maison d'un riche bourgeois, nommé Desprez,qui partageait son goût pour les lettres et au(iuel il a dédié plusieurs de ses œuvres. Ce fut à cette époque qu'il coniuit Baïf, Dorât et Ronsard; mais ses nouveaux amis ne lui firent pas oublier les anciens. Compatriote de Vau- (pielin de La Fresnaye (1) , il resta toujours lié avec lui d'une étroite amitié, et, entre les deux poètes, tant que Cuy vécut, se continua un doux échange de confidences poétiques. Tous deux ont chanté la fin prématurée de cette belle Madeleine de Bailleul, ([ui fut brûlée à Rouen, au mih'eu d'un bal ("2). avec Tune de ses amies. Mademoiselle

(i; Les deux terres de la Bodciic el de la FrcsrKv-au-Sauva^c sonl liès-rappiochées l'une de raulic.

(2) Las! on voyoil de Carrougi-s la dauir

De cà , de là cuurir échevcU'-c, Lca bras croiser, dire, hélas! dcsoli-e : Quelle douleur mon pauvre cœur entame!

Las! i[ue djrai-je, o malheureuse femme, A ses parents (jui nn> l'avoicnt baillée?

(V*r«,)lF.LIJ( DE I.i Fr.RSNAIK).

(le la Moricière (1) (dont les sœurs, Françoise et Hélène furent tour à tour abbesses de Yillers-Canivet) (2) ; mais Guy de La Boderie, comme poëte, n'appartenait ni à l'école de Ronsard, ni à celle de Vauquelin; sa muse était moins frivole : la poésie pour lui n'était qu'un moyen de témoigner de sa foi. 11 lui arrivait donc souvent de gourmander Vauquelin sur ses tendances trop mondaines et trop tendres :

Quittons du fol amour les feintes courtoisies Et ne vantons les grands qui ne l'ont mérité, Mais célébrons de Dieu la pure vérité (3).

Dans ces temps de guerres religieuses, il devait se faire le champion de la cause catholique, et c'est en pensant la servir plus eflicacement qu'il voulut traduire en vers français les hymnes ecclésiastiques du bréviaire romain et les hymnes des premiers Pères : il le dit dans la dédicace de cette traduction

{!) Toy, sa compagne, o douce Moricière.

Id. , voir rexcellcnle notice de M. le baron Pichon sur Vauquelin de La Fresnaye,

(2) L'abbaye de Villers-Canivel était située près de Falaise.

(3) Dans un autre endroit La Boderie dit encore :

•1 J'ay dueil, mon Vauquelin, qu'il faille qu'on accuse « Les poêles du temps comme les inventeurs « D'impudiques écrits, et impudents menteurs <i Et voir deshonorer le métier de la muse. »

Vers à la suite de VEnnjclie.

à Henri III : ^ Les psaumes de David, traduits

« en nostre vulgaire par la doulconr de la musique

* et du chant mélodieux que l'on y a adjouté, ont

* alléclic et distrait non moins de vostre peuple que « les assemblées et presches des ministres de la reli- « gion prétendue réformée ; je mesuisavisé, pour un '( remède et contre-poison , de traduire les hymnes « ecclésiastiques et autres chimiques si)irituels com- « posés par les saints docteurs et anciens pères (1 ) . »

Fidèle à ce plan , c'est à ses heures de loisir , et pour une surséance et récréation à de plus grands labeurs, qu'il traduisit successivement les plus belles hymnes de saint Ambroise, de saint Grégoire et de saint Thomas-dWquin. Il mit également en vers quelques hymnes de Fortunat , de Paulin d'Aquilée et du poëte Prudence. Thymne d'Elpis, femme de Boèce, en riionneur des apôtres saint Pierre et saint Paul (!2).l n poëte oublié aujourd'hui, Nicolas Mauroy, avait avant lui , en 15:27, publié une traduction des hymnes ecclésiastiques, sous le patronage de la Duchesse d'Alençon, Marguerite d'Angoulème, qui elle-même s'est essayée à cette poésie religieuse ; mais . tout en tenant compte de l'intervalle qui séi)are les deux poètes, Guy de La

(!) Ihjmncs ccclcsia&tiqucs, Paris, nol)Crl Le Munjrnicr, 1578.

(2j Elle joignait à une grande beauté tous les agréments de Pespril. Les plus Tameux poêles tTIlalie honorent sa mémoire. — VoirKeller, liiogniphic , l. VII, p. 3i2, et la Patrologic de Migne, t. I-XIII.

Boderic est supérieur à son devancier. Il n'a pas trop faibli sous le poids d'une pareille œuvre : son vers, un peu traînant et terre à terre, s'est relevé au souffle de ce lyrisme entraînant, et a rencontré parfois d'heureuses inspirations; c'est ce qui explique pourquoi Vauquelin de i.a Fresnaie, si poëte lui-même, s'était épris de ce talent qui visait si haut et que rehaussait l'ardeur d'une foi si peu commune. Guy de La Boderie espérait que ses poésies religieuses seraient mises en musique : elles n'eurent pas , sous ce rapport, la fortune de celles de Marot ; mais ce qui peut donner un certain prix à ce recueil , c'est que chaque hymne est dédiée h un personnage du temps ; nous connaissons ainsi l'intimité de La Boderie, nous savons qu'il était lié avec le naïf traducteur de Plutarque, le bon Amyot , avec lequel il a ce point de ressemblance « qu'il semble qu'à travers ses traductions on lise « dans sa physionomie et qu'on l'aime, comme s'il « nous avait donné ses propres pensées (1). »

11 entretenait, nous le savons encore , des relations suivies avec presque tous nos Évoques normands : Monseigneur de Saintes, Évoque d'Évreux , Monseigneur de Saint-François (2) , Évéque de

(1) Saiiile-Beuve, Causeries chi lundi,

(2) Mon sainct François qui fais d'une si douce haleine Résonner les forets et l«;s hauts bois du Maine.

Guy de La Boderie; vers à la suite de VEncydic.

Baveux, Monseigneur Dunioulinet, Kvè(|ue(leSéoz, Monseigneur de Cossé, Mvêque de Coutances. Il fréquentait également d'autres E\èques : celui de Mende,ehancelierdu Ducd'Alençon, celui de Digne, confesseur de la Heine de Navarre (Marguerite de Valois) ; enfin celui de Bazas , Monseigneur Pontac (I). et celui d'Angers, Monseigneur Buzé, confesseur de Henri 1 1 1. Ces liaisons, dans le monde religieux , n'excluaient pas des relations plus mondaines. Parmi les personnes avec lesquelles il avait une certaine intimité, nous citerons M. de Matignon, Charles de Bellegarde, le fils unique du Maréchal, Charles dWuherville, J>ailli de Caen (2), Charles d'Harcourt , frère de M. de Beuvron , le Comte de Monbazon, fds aîné du l^rincc» de ( luéménée, M" '^ d^ Saint-Luc, sœur du Comte de Brissac, (fu'il compare à la fois à Tîélène el à I.ucièce dans un sonnet ampoulé :

Mais son sçavoir est saint et sa heaiilé sans l)Iasino.

Citons encore la Maréchale de Retz et M". deSour-

(1) .... Ponlac , cvt's;|iie siffc,

Le» liommeA rgarcs reliraot hors derrrur.

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