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ETUDE MÉDICALE DES LABIEES

A. — Etude particulière des espèces les plus importantes en raison .

de leur utilisation médicale

Les Labiées ont toujours joui auprès des anciennes civi- Évatiors d’une faveur incontestable et incontestée. Nombreux sont les écrits qui nous vantent leurs vertus, aussi diverses que merveilleuses, voir même magiques.

Grand nombre de plantes de cette famille étaient créditées du titre pompeux de « Panacée universelle » !

Faut-il rappeler que d’après Lucius APULIE (Tarabilium medicomentorum scriptoris antiqui) la Bétoine était un remède infaillible contre quarante-six maladies dont plusieurs considérées comme incurables. :

La Germandrée (Teucrium chamædrys) selon PrINE

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était très efficace « contre la toux invétérée, les affections pituiteuses, les douleurs de côté, l’hydropisie commencante ».

La Germandrée aquatique, « mithridation », en l’honneur de Mithridate, était utilisée contre la gangrène, les maladies putides et les poisons et de plus, d’après GALIEN, « elle empêchait les morts de se corrompre rapidement ».

DroscoripE disait de la menthe que c'était « un breuvage qui incite au jeu d'amour »; quant à la sauge, pour les Laüns, c'était l’Herba sacra.

N'oublions pas, à côté de leur utilisation thérapeutique, leur emploi comme parfum, leur rôle important dans la composition des essences qui servaient à embaumer les morts dans la civilisation égyptienne et puis. leur qualité d’insecticide (Mentha pulegium).

Qu’ajouter à de pareilles lettres de noblesse? Simplement ceci, qu'avec de telles louanges, poussées à l’extrême, les Labiées devaient fatalement tomber dans le discrédit! À un excès répond l’excès contraire.

À l'heure actuelle, sans vouloir établir une comparaison entre la valeur thérapeutique des plantes utilisées sous les différentes formes galéniques possibles et la valeur thérapeutique des médicaments chimiques ou autres mis à notre disposition, il est permis et il est juste de constater que la phytothérapie a son rôle à jouer dans la thérapeutique moderne, sans tomber évidemment dans l’excès qui est haïssable à tous points de vue.

Aussi avons-nous consacré cette deuxième partie de notre iravail à une étude médicale des principales plantes utilisées actuellement, soit dans des préparations magistrales, soit sous forme de spécialités pharmaceutiques,

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LA BALLOTE

La Ballote : Ballota nigra ou fœtida, encore appelée « Marrube noire, Marrube puante ou Marrube fétide » et qui, en patois, porte les noms de « Marrible negro, Marrouffa ou Mentastre » est une plante à odeur désagréable.

Sa tige est droite, quadrangulaire, les feuilles sont ovales, crénelées, opposées et pétiolées.

Ses fleurs sont de coloration rouge ou blanche.

C’est une plante nitrophile, particulièrement répandue dans notre région, où elle croît dans les décombres, les lieux incultes ou en friches.

On utilise en médecine soit toute la plante, soit les sommités fleuries et les feuilles. Leur récolte se fait en juillet

et en août.

Elle fut autrefois employée dans l’hystérie et la goutte ainsi que le signale TOURNEFORT. CAZIN la considérait comme un vermifuge très actif. En raison de son action antispasmodique et freinatrice du système sympathique, on l'utilise actuellement en médecine dans les syndromes pithiatiques, dans les névroses et les instabilités psychiques ainsi que dans les insomnies nerveuses et les bourdonnements d'oreille.

Dans les spasmes de l’appareil digestif, dans les toux de coqueluche, elle trouve son emploi en raison de ses pro- priétés antispasmodiques et sédatives. PLANCHON la considère en outre comme emménagogue, tandis que l’abbé HER- MANT signale son utilisation dans les ulcères variqueux.

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Outres les spécialités qui utilisent le principe de la Ballote (huile essentielle) on peut l’employer sous forme d’alcooïature à la dose de 1 à 2 grammes par jour.

Chez les enfants atteints de coqueluche, 20 gouttes par

jour et par année d’âge, dit le D" DECAUX.

Il est à signaler que la Ballote est appelée « Marrube

noire » par opposition au Marrubium vulgare où « Marrube blane ». Ce sont deux plantes facilement reconnaiscables par l’odeur franchement désagréable que dégage la

Ballote et la par la coloration vert foncé de la plante.

LA BETOINE

La Bétoine : Betonica officinalis, est appelée dans notre région « Bentonica », nom tiré du mot celtique « Benionik » (bon pour la tête).

On lui donne encore les noms de « Betoneiïra » et de &« Tabat de bos »; elle serait considérée comme l’emblème de la surprise.

C’est une plante haute de 50 cm., à tige velue, dont les feuilles opposées et longuement pétiolées à la base sont larsement espacées. Le plus souvent les fleurs sont pourpres, quelquefois blanches, en épis compact. Assez commune dans l’Hérault, on la rencontre dans les haïes, les bois découverts, les taillis et les prairies. C’est l’une des rares Labiées qui soit inodore; on récolte la totalité de la plante en tout temps.

Ses mérites furent longuement exaltés par les Anciens : PLINE, DioscoRiDE et GALLIEN. Longtemps considérée

comme une panacée universelle, elle devait fatalement tom-

rot

ber en discrédit. Le populaire l’a considérée et la considère

encore comme un excellent fébrifuge.

Dans sa composition chimique il ne rentre pas d’essence ; les auteurs allemands SCHULTZE et TRIER ont isolé de la choline, de la tachydrine et de la bétonicine. Pour le Docteur DECAUX, elle serait formée de deux bétaïnes.

La racine a des propriétés émétiques et purgatives et, de ce fait, elle se trouve employée dans les affections catarrhales chroniques.

C’est un excellent topique vulnéraire, antiputride; ces propriétés la font utiliser avec succès dans les plaies infectées dont la cicatrisation se trouve retardée par de nombreuses sécrétions, ainsi que dans les plaies infectieuses ou variqueuses. Elle peut en outre être employée dans certaines affections de l’estomac, notamment dans l’hyperacidité gastrique (principe amer).

Elle peut être prise sous forme de poudre émétique et sternutatoire., On prépare également une décoction vineuse.

Ce n’est plus la panacée universelle des Anciens et la

Bétoine de nos jours n’a plus que des emplois bien limités.

LE CALAMENT

Le Calament : Calamentha officinalis ou Baume sauvage est connu en patois sous le nom de : « Manugueta », « Mentastre » et « Baume sauvagé ».

C’est une plante à tige fine, carrée, moyennement velue.

Les feuilles, opposées, lancéolées et grandes sont finement dentées.

Les fleurs sont d’une coloration violacée. Le Calament à

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la particularité de croître en touffe. Son odeur aromatiqué est agréable; on le rencontre dans les bois et les haies. |

Il fut recommandé par HIPPOCRATE dans les métrorragies et longtemps employé comme antiseptique et diurétique énergique. Les Arabes l’utilisaient dans les affections bronchiques.

De la plante entière que l’on récolte de juillet à septembre, on extrait une essence à qui l’on reconnaît la propriété d’être fortement stimulante, toxique et même convulsivante. C’est ainsi qu’injectée à forte dose à un chien, elle détermine chez lui une violente excitation. En outre, il faut lui ajouter des vertus toniques, eupeptiques, antispasmodiques et carminatives qui déterminent son emploi dans les affections gastriques consécutives à des spasmes des fibres stomacales et dans les diverses gastralgies et atonies digestives.

Il est plus rarement utilisé comme emménagogue et stimulant; on lui reconnaît cependant à l’heure actuelle ainsi qu’à d’autres Labiées, un pouvoir diurétique énergique.

On le prescrit le plus souvent sous forme d’infusion à la dose de 10 ‘<. I entre dans la composition de l’eau d’Ar-

quebusade et de l’alcoolat vulnéraire.

LA GERMANDREE SAUVAGE

La Germandrée sauvage ou Sauge des bois, appelée aussi « Faux scordium », en latin Teucrium scorodonia, connue en patois sous les noms de « Herba d’abeia » et de « Saou- . via de bos », se présente comme une plante gracieuse à tiges élancées, dont les feuilles, opposées et dentées sont remarquablement ridées en réseaux.

Quant aux fleurs, elles sont disposées en épis grêles.

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On utilise la totalité de la plante que l’on cuegille de juillet à septembre au moment de la floraison. Dans notre

région où elle est assez rare, on la trouvera principalement

dans les bois des régions montagneuses.

Assez employée dans l’Antiquité, on lui reconnaissait des propriétés antiscorbutiques, antihydropisiques et antivénéneuses. On lui attribuait en outre le pouvoir de faire diminuer de grosseur la rate des animaux. A l’heure actuelle elle jouit d’une bonne renommée et se trouve utilisée dans les affections d’ordre respiratoire et stomacale prineipalement.

Dans les affections pulmonaires, elle fluidifie remarquabiement les sécrétions bronchiques, en même temps qu’elle en favorise l’expulsion. Son action est là, sensiblement la même que celle du marrube blanc.

Son indication majeure : toux pleuropuimonaire.

Par son essence elle favorise, en outre, l’antiseptie des voies respiratoires, tandis que par son principe amer, elle est un stimulant des muscles de REISSESSEN.

Son action sur l’appareil digestif et principalement sur l'estomac est une action stimulante : d’où son utilisation dans les paresses gastriques, les digestions lentes. En outre, elle possède un faible pouvoir cholérétique et cholalogue.

C’est un excellent fébrifuge populaire employé de iout temps, à qui l’on reconnaît des propriétés antisudorales qui expliquent son emploi dans les troubles de la ménopause, ainsi que chez les tuberculeux.

Ses principes constituants sont, avec une huile essentielle au pouvoir antiseptique énoncé plus haut, du tanin, une résine, et un principe semblable à la marrubine.

Elle sera utilisée sous forme d’infusé à 5 % et d'extrait

fluide de L à LX gouttes avant les repas.

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LA CANANDE

De son nom latin Lavandula vera ou Lavandula spica, la lavande utilisée en médecine, l’aspic ou spie, « Etamous » ou « Espidet » en patois, est une planie à tiges quadrangulaires, supportant des feuilles opposées, étroites et blanchâtres, et fortement velues. C’est une plante très aromatique à odeur camphrée.

On utilise les sommités fleuries récoltées de juin à août. Elle croît à des altitudes variant de 400 à 1.200 mètres et s'oppose ainsi à Lavandula latifolia rencontrée au-dessous de 400 mètres. À la limite des deux, on rencontre l’espèce

hybride Latifolia regias vera soit à une altitude moyenne de 400 mètres.

Connue depuis la plus haute antiquité, elle fut employée pour des affections les plus diverses, en usage interne ou usage externe. On lui reconnaissait des propriétés toniques, diurétiques, antihydropisiques et insecticides.

De nos jours, outre son emploi en parfumerie et sa présence dans l'Eau vulnéraire, le Baume tranquille, le Vinaigre des quatre voleurs, on lui reconnaît une action antiseptique dans les affections des voies respiratoires, Elle est utilisée pour cette raison dans les bronchites, l’asthme, les affections chroniques : laryngite, coryza spasmodique et

même coqueluche par suite de son action antispasmodique.

C’est un tonique du système nerveux et a ses indications dans les maux de tête et les migraines. Elle jouit pour cette. action d’une grande vogue dans le péuple.

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Elle a un rôle diurétique important, déjà indiqué dans les temps les plus reculés, ce di la faisait employer dans les hydropisies.

En ouire, elle favoriserait les contractions des fibres de l'utérus gravide.

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L’essence a la propriété d'entraîner une hypotension

rapide avec une diminution de l’amplitude des oscillations du rythme cardiaque.

Cependant elle n’a aucune action nocive sur l’organisme.

Ses constituants sont avec une huile essentielle dans laquelle rentrent du linalol, géraniol, pinéne, cinéol, couma-

rine, de la résine et du tannin.

Son essence est employée comme antiseptique sous la

forme d’inhalation. En tisane elle sera employée comme

diurétique et comme tonique du système nerveux.

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