LES T KM DÉS
Dans, les pays île pâturages, comme l'Uhéhé et l'UgOgo, où le bétail demande de même ijuc l'homme à être abrité la nuit contre les fauves, l'Africain a remplacé les huttes coniques par une construction longue, aussi primitive, mais plus commode que la hutte. Le tombé mesure 60 ou 80 mètres de long, 5 mètres de large sur 2 mètres de hauteur; la muraille est en torchis, la toiture plate en branchages recouverts d'une épaisse couche de terre, où l'herbe pousse drue et serrée. Enfin, sur le toit, sont souvent disposés de petits greniers à l'abri des rats et des serpents.
Les trois quarts du corps du logis servent d'écurie; c'est l'endroit le plus propre de l'habitation, l'indigène, si peu soigneux pour lui-même, sentant la nécessité d'une propreté relative pour le bétail, qui est sa seule fortune. Mettons dans celte écurie vingt-cinq à trente bumfs. Le reste de la maison, divisé par des cloisons, sert de logement à trois ou quatre familles, qui a elles seules composent le village, car le tembé est presque toujours isolé. Huit ou dix portes sont percées sur la façade, deux dans les écuries, les autres donnent accès aux logements des habitants, sortes de bouges noirs, enfumés, misérables, mais suffisants pour les Africains.
Si j'ajoute que le pourtour immédiat du tembé n'est qu'une épaisse couche de fumier, que les environs jusqu'à 200 et 500 mètres sont couverts de champs de maïs bien tenus, j'aurai dit tout ce que je sais des villages de l'Uhéhé.
Les Vuahéhé vivent dans ces taudis, bien plus par familles que par villages, à 5 ou 0 kilomètres les uns des autres, fiers de leur indépendance, heureux de la sécurité qu'ils doivent à leur réputation guerrière. Je parlerai d'eux plus loin et je retourne à mes hommes, que j'ai laissés chez Maravvano.
Tuakali ne revint qu'à la nuit, par une grosse pluie d'orage. Il me raconta qu'à son arrivée Maravvano dormait, et qu'il avait fallu attendre le réveil de Sa Majesté. A la vue des étoffes, le chef était entré dans une grande tolère, les avait jetées par terre avec rage, disant que lui, Maravvano, ne se contentait pas de cadeaux pareils, qu'il était l'égal de Mkuanika, etc. Sans se laisser déconcerter, Tuakali avait insisté pendant plusieurs heures avec une patience exemplaire, et à la fin le cadeau avait été accepté par Maravvano, sous la condition que je lui paverais un gros hongo le lendemain, et que je camperais loin du tembé, dans un endroit qu'il choisirait lui-même.
Le 17, de bon matin, j établissais ma tente à l'endroit indiqué, sur un petit tertre, à 400 mètres du tembé de Maravvano. Pas un arbre dans les environs, et je dus renoncer à me construire une palissade pour me protéger contre les fauves et peut-être aussi contre les indigènes.
126 L'AFRIQUE Ên.UATORIALE.
Ce tombé, résidence de Marawano, «le ses femmes, de ses enfants et «1»' son |x>u était carré de forme; an centre était nue grande cour sale et boueuse, line seule porte, ouverte sur l'un des côtés, donnait accès à cet antre, qui pouvait renfermer en ce moment deux ou trois cents indigènes, sans compter ceux qui commençaient à venir des environs. Tout ce monde nous dévorait des yeux, raillant et gesticulant à qui mieux mieux.
« Où est l'eau?... demandai-je à un msagira (un des ministres du roi Marawano).
— Pas d'eau ici, répojulil-il ; nous ne buvons que du lait et du pombé.
— Apporte alors du lait à vendre.
— Nous ne vendrons rien avant que le hongo soit payé : les ordres de Marawano sont formels. »
A force de chercher, mes hommes finirent par trouver un ruisseau, et, comme il restait quelques vivres, je pus à loisir prendre mon temps pour régler celte question du hongo. Il y avait pour moi un intérêt vital à ne pas céder; je ne savais pas au juste l'importance de Marawano dans l'Uhéhé, et, si je lui payais le hongo, il faudrait dorénavant le payer tous les jours. Mieux valait perdre ici quelque temps que me voir en butte pendant un mois aux récriminations des indigènes.
Je savais du reste, par des renseignements recueillis dans l'Usagara. que Mkuanika, grand chef de l'Uhéhé, se réservait à lui seul le droit de rançonner les caravanes et se monlrait sévère envers ses sous-chefs quand ceux-ci les empêchaient devenir jusqu'à lui. Dans l'Uhéhé, pas plus que dans l'Ugogo, les questions de hongo ne se traitent directement avec le chef du village, qu'on voit rarement. Dans ces discussions interminables, ce sont les msagiras, sortes de ministres à toutes lins, qui servent d'intermédiaires entre le chef de la caravane et celui du tombé. Ce n'était donc qu'à ces derniers que j'avais affaire.
Au nombre de quatre, ils passèrent tonte la première journée devant ma tente; je leur disais :
« Marawano sait très bien que dans l'Uhéhé Mkuanika a seul le droit de prélever un hongo, et, tout Marawano qu'il s'appelle, il ne doute pas que Mkuanika ne lui fasse couper la tète le jour on il apprendra que j'ai été empêché de passer. Marawano est un grand chef, je veux bien lui Faire un cadeau digne de lui, mais il me rendra une vache ou un veau, |K>ur enlever à ce présent le caractère de hongo. Vous pouvez pousser votre cri de guerre : de hongo vous n'en aurez point. Mkuanika est dans l'ouest ; je finirai par le trouver, et je puis vivre deux mois en tuant des buffles et des zèbres.