FORME, PROFIL DES LACS ET RELIEF SOUS-LACUSTRE
Forme. — Les lacs du Jura sont allongés, ou arrondis, ou irréguliers ; leur forme est surtout sous la dépendance de la topographie de la région : les lacs longs occupent le fond d’une
vallée longitudinale, une combe étroite ; ce sont les plus importants par leurs dimensions et leurs profondeurs, comme ceux du Bourget, de Joux, de Saint-Point, de Chaillexon, de l’Abbaye, des Rousses, des Tallières, de Chalin, d’Etival, de Malpas, du Boulu, d’Ilay, de Maclus, Nantua, Sylans, Hôpitaux, Chambly, du Val, Conzieu, Bar, etc. ; la plupart de ces lacs ont une direction parallèle aux chaînes et aux plis du Jura; quelques-uns cependant font exception, comme Chalin, Valdessous, Val-dessus, Nantua, Sylans, Virieu, Bar, Pluvis, dont la direction transversale est due à leur situation dans une large vallée d’alluvion, une cassure ou une cluse, une faille secondaire.
Une seconde série comprend des lacs plus ou moins arrondis, situés dans des vallons largement ouverts ; ces lacs sont ordinairement stagnants ou tourbeux, peu profonds ; par exemple, Bouverans, Ter, Mortes, Bellefontaine, Foncine, Fort-du- Plâne, Brenets, Perrets, Antre, Onoz, Viremont, Viry, Genin, Ambléon , Armaille , Chavoley , Chailloux, Mornieu , Pugieu, Saint-Jean-de-Chevelu, etc.
Notons encore la forme spéciale, triangulaire, des lacs de Narlay et d’Aiguebelette, remarquables aussi par leur profondeur.
Profil des lacs. — Les lacs conjugués, (Voy. note D précédente), traces des accidents du plafond d’anciens lacs simples, nous amènent naturellement à étudier les particularités actuelles du plafond des lacs jurassiens; il faut distinguer à ce sujet les trois catégories suivantes de lacs.
1° Les lacs-étangs , peu profonds, de faible étendue, dont la cuvette ne présente pas sur ses bords les modifications caractéristiques des lacs ordinaires ; ces lacs sont nombreux dans le Jura : Ambléon, Antre, Armaille, Bonlieu, Boulu, la Burbanche, Chailloux, Fioget, Hôpitaux, etc. (fig 8).
Fig. 8. Lacs stagnants.
2° Les lacs de tourbières , dont les bords sont généralement
à pic ou surplombant, par suite de l’avancement de la prairie tourbeuse à la surface de l’eau ; nous citerons comme exemples : Arboréiaz, Brenets, Censière, la Fauge, Conzieu, Crenans, Crotel, Onoz, Pugieu, Saint-Jean-de-Chevelu, Yiremont, Yiry, et partiellement, en quelques points seulement de leurs bords : Tallières, Foncine, Mornieu, Rouges-Truites, Rousses, etc. (fig. 9).
Fig. 9. Lacs de tourbière.
3° Les lacs véritables ou lacs à beine , lacs assez étendus et assez profonds pour que les vagues agissant avec force, déterminent sur leurs bords la formation d’une beine ou blancfond. Le profil est alors tout-à-fait caractéristique : sous l’action incessante des vagues, le bord primitif a b est érodé dans sa partie a c d\ il se forme un nouveau bord plus abrupte a d et une surface à peu près horizontale, la beine d e, composée de deux parties, la beine d’érosion d c et la beine d’alluvion c e, cette dernière résultant des matériaux dus à l’érosion du bord primitif ; la pente nouvelle ainsi formée e b, constitue le mont , qui se continue par le restant du talus primitif b f et par le plafond ou plaine du lac f g (1), (fig. 10).
Fig. 10. Lacs à beine.
La beine (Lac Léman) ou blanc-fond (Lac de Neuchâtel), ou simplement le blanc (Jura) par opposition au noir (parties profondes du lac), s’étend à la profondeur de 2 à 5 mètres audessous des eaux moyennes ; sa profondeur et son étendue sont différentes selon la puissance des vagues, par conséquent,
(1) Cf. Forel, Le Léman ; Thoulet, Rapport ; Delebecque, Revue générale.
suivant les dimensions du lac, son orientation et la nature de ses bords.
Les bordspeuvent du reste présenter de nombreuses variations suivant leur nature vaseuse, graveleuse, sableuse, tourbeuse, rocheuse ; ils peuvent être en pente douce ou rapide ; un certain nombre de lacs sont adossés à une muraille plus ou moins fortement redressée ; ces bords accores sont alors dépourvus de beine, comme on le voit sur les rives orientales des lacs d’Aiguebelette, des Grand et Petit-Maclus, d’Etival, de Narlay, etc., sur les bords occidentaux des lacs du Bourget, de Joux, Brenet, etc., ou méridionaux de Bar, de Nantua, et partiellement dans les lacs de Nantua, Sylans, les Hôpitaux, etc.
Le plafond est ordinairement régulier et constitué par une surface plane plus ou moins étendue (lacs de l’Abbaye, Ambléon, Chaillexon, Chalin, Val-dessus, Glairvaux, Genin, Brenet, Maclus, Nantua, Narlay, Remoray ; tous les lacs stagnants, tous les lacs de tourbières) ; mais chez quelques lacs, le fond a un relief très tourmenté, pouvant présenter une succession de seuils et de dépressions, des monticules sous-lacustres et des îles émergées ; le lac du Bourget, par exemple, possède un petit, bassin secondaire de 46 mètres de profondeur, dans la baie de Grésine ; le lac de Sylans, deux bassins, l’un de 16m5, l’autre de 22™ 2; le lac d’Ilay, 5 bassins ayant respectivement les profondeurs de 13m 2, 14™ 9, 25m7, 28m 6, 30in 2 ; le lac d’Aiguebelette, 6 bassins de 28™ 4, 29m6, 20m4, 71ml, 46m 9 et 46m 5 ; enfin le lac de Saint-Point, 8 bassins ayant, du S. au N., 34m 2, 39m 7, 40™ 3, 34™ 2, 34™ 2, 34™ 4, 10™ 2, 6™ 5.
Les lacs suivants ont des monticules ou ilôts sous-lacustres plus ou moins élevés sur le fond du lac : Narlay en a un s’élevant à 5 mètres de la surface, Aiguebelette, 2 ; le Bourget, 3 ; le lac de Joux en possède 18, la plupart recouverts seulement par 5 mètres d’eau, les autres par 4™ 6, 10 et 12 mètres.
Dans quelques lacs, ces monticules deviennent des îles complètement émergées : dans le lac d’Aiguebelette, on en voit 2, dépassant seulement de 0m 50 la surface du lac ; dans le lac de l’Abbaye, une île s’élève aussi très peu au-dessus de l’eau ; une île rocheuse, dont le sommet est élevé de 8 à 10 mètres, et qui est garnie de beaux arbres, a fait donner au lac d’Ilay le nom de
lac de la Motte (1) ; signalons aussi les îlots tourbeux flottants ou mouvants des lacs de Viry (2), des Rouges-Truites et de Grenans.
Note K