INTRODUCTION
Il a été beaucoup fait depuis trente ans pour amé-
liorer le sort des nourrissons. Hygiénistes et méde-
cins, justement émus par la constatation de l’effroyable mortalité qui décime chaque année tant de jeunes existences, ont joint leurs efforts pour tenter de remédier à ce déplorable état de choses ; ils n’eurent
pas de mal à s’apercevoir que la grande maladie
meurtrière des nourrissons était la gastro-entérite et que cette gastro-entérite, tout à fait exceptionnelle au cours de l'allaitement maternel, était, par contre, très fréquente au cours de l'allaitement artificiel.
= Supprimer, ou toutau moins diminuer dans la mesure | du possible l'allaitement artificiel, telle devait être la conclusion logique de ces constatations ; telle fut
en effet la pensée d’un grand nombre qui entrepri-
rent une vigoureuse campagne dans le but de lutter contre la fâcheuse tendance des mères de ne plus don-
ner le sein à leursenfants. Cette campagne, qui a déjà porté ses fruits, se poursuit à l’heure actuelle avec
plus d’ardeur que jamais et tout porte à espérer que,
instruites des dangers innombrables que le biberon fait courir aux enfants, un grand nombre de mères y renonceront et reviendront à la pratique de lallaite-
ment au sein.
. « ar RL + 2 = * Mais, quelqu'importants que soient les résultats
que Pon puisse espérer de cette campagne, elle est tout à fait insuflisante, car la suppression de Fallaite-
ment artificiel est une pure utopie. L’allaitement artificiel est en effet un mal inévitable : sil existe < bien peu de mères qui soient dans l'impossibilité physique de nourrir leurs enfants, par contre, dans les classes pauvres et ouvrières, les exigences de la vie obligent les femmes à vivre hors de la maison et privent les enfants de leur nourriture naturelle. Ne pouvant éviter l'allaitement artificiel, il est done indispensable de l'améliorer, de le rendre accessible en particulier aux agglomérations ouvrières qui ne peuvent s’en passer et dans lesquelles il donne justement les plus mauvais résultats. C’est le but qui aété poursuivi et, conséquence toute naturelle de la supériorité incontestable de l'allaitement maternel, la grande préoceupation de tous les observateurs qui l'ont tenté, à été de se rapprocher le plus possible des conditions naturelles dans lesquelles se fait l'allaitement au sein.
On reconnut que si la suralimentation, cette grande cause de gastro-entérile, si fréquente au cours de l'allaitement artificiel, est très exceptionnelle dans l'allaitement au sein, c’est que les conditions de secrétion, de ‘succion et de déglutition du lait sont telles que la ORDRES y est à peu as près impossible : les essais tentés dans le but de se rapprocher de ces conditions naturelles aboutirent au principe de la réglementation des tétées et à l'étae
» de, | e,
AT = A = blissement de la ration alimentaire des nourrissons. D'autre part, frappés de ce fait que les enfants à la mamelle absorbent un lait qui vient d'être élaboré, o tandis que les enfants au biberon n’absorbent qu'un | lait élaboré depuis un temps plus ou moins long et ayant subi des altérations diverses, certains clini- ciens estimèrent que bien des accidents de l’allaite- ment artificiel étaient occasionnés par ces altérations du lait. Pour remédier à ces inconvénients, ils imaginèrent de faire téter directemeut les animaux par le nourrisson, et les résultats obtenus furent assez ë satisfaisants; mais les difficultés de réalisation de ce
procédé s'opposaient à sa généralisation. Les idées
TER = pesieuniennes vinrent heureusement éclairer la ques-
D hon, en établissant que les altérations du lait sont
Mae: l'œuvre de fermentations. bactériennes et qu'on peut
3 ee empêcher leur production en détruisant les ferments
ee . par fe stérilisation. M. Marfan, complétant ces no-
tions et mettant en évidence le rôle des poisons Î
toxiques élaborés par ces‘ferments, démontra la néces- sitéde la stérilisation immédiatêment après la traite
et, par suite, la nécessité de la stérilisation industrielle sur le lieu de produetion.
Cette stérilisation industrielle, pratiquée depuis
lors, a permis même dansles grandes villes de donner
22 aux enfants un lait inaltéré, tel ou à peu près qu'ilse ne trouve après son élaboration; elle a réalisé dans Palee. __ Jaitement artificiel un progrès considérable et on lui 1 doit une wrande part dans la diminution de la morta-
ité infantile.
sa: Le
Mais là ne s’arrétèrent point les essais d'imitation
de la nature. Les études chimiques comparées du lait de femme et du lait de vache ayant démontré de notables différences dans leur composition, on pensa
que ce pouvait être une des causes des mauvais résultats de l'allaitement artificiel et qu'il y avait
intérêt à modifier la composition du lait de vache, à l'identifier à celle du lait de femme ; le coupage puis le sucrage du lait ayant donné de bons résultats, on
alla plus loin et par des procédés industriels plus ou moins complexes on humanisa (1), on maternisa le lait. Pres La maternisation du lait étant accomplie, on pouvait croire que le but était atteint puisque l’on se trouvait en mesure de donner aux nourrissons, dans des conditions tout à fait analogues à celles qui sont réalisées dans l'allaitement au sein, un lait présentant
une composition chimique à peu près identique à. celle du lait de femme. Mais, en pratique, les. laits
maternisés ne donnèrent pas les résultats attendus et
on dut bientôt se convaincre qu'il existait, entre le |
lait de fsmmie et le lait de vache, des différences plus
sensibles, que les procédés de maternisation étaient
incapables de faire disparaitre. Bien plus, une mala-
die jusqu'alors inconnue en France, le scorbut infantile, s'étant mullipliée en même temps que l'emploi de ces laits modifiés, ils furent accusés de provoquer Fe
celte maladie. On s’aperçut que la question était
(1) Winter, 1893. Gærtner, 1894. Backhaus, 1896. \
ins
procédés nouveaux utilisés par les industriels pour
beaucoup plus complexe qu’on ne l'avait pensé tout d’abord, que la valeur alibile du lait n’est pas seulement subordonnée à sa teneur en graisse, en substances azotées, en hydrates de carbone et en sels,
‘que le lait est un aliment vivant t contenant des fer-
ments sans doute utiles à sa digestibilité, qu'en tous cas c’est un aliment organisé dans lequel tous les éléments sont contenus sous une certaine forme très instable et que les manœuvres chimiques etphysiques même peuvent l’altérer. +
Et alors, développant ces idées, on se demanda si
seule l’humanisation du lait devait être incriminée et
si la simple stérilisation du lait par la chaleur n’était pas susceptible de modifier la constitution intime du lait, d’altérer sa valeur nutritive et, par suite, de produire, elle aussi, le scorbut infantile. Cette Opinion, émise dès 1898, par M. Netter et reprise par lui en 1902, a donné lieu à d’intéressantes discussions, tant
à la Société de Pédiatrie qu’à la Société médicale
des Hôpitaux et à la Société d’obstétrique, de gynécologie et de pédiatrie. Un grand nombre d'auteurs w prirent part ; un certain nombre se rangerent à l'opinion de M. Netter, d’autres, et en particulier M. Variot, se refusèrent à incriminer la simple stéri-
lisation du lait par la chaleur mais, par contre, ils
accusèrent formellement les autres modifications du
lait telles que la maternisation, telles aussi que la stérilisation par l'oxygène sous pression ou après pulvérisation sous une haute pression à l'air libre
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