‹ Les langues dans l'Europe nouvelleChapitre 11 sur 122 · ARMÉNIEN. — INDO-IRANIEN 5I · texte numérisé non relu

ARMÉNIEN. — INDO-IRANIEN 5I

sistent à l'intérieur de l'Asie Mineure tendent au contraire à sortir de l'usage.

Ainsi le grec, qui a eu une influence immense, n'a un solide point d'appui presque nulle part. C'est une petite langue, et de petite influence, qui a hérité d'un grand passé. Le groupe de langue hellénique le plus important, celui de Constantinople, est séparé du noyau des populations grecques. C'est une faiblesse pour l'hellénisme.

H. — Arménien.

Le domaine propre de l'arménien est hors de l'Europe, dans la région d'Erivan, de Van, d'Erzeroum. Mais des populations de langue arménienne, persécutées depuis longtemps, ont émigré en grand nombre, et il y a de fortes colonies arméniennes à Constantinople, en Bulgarie, en Roumanie et -jusqu'en Hongrie.

L — Indo-iranien.

Les dialectes indo-iraniens occupent une aire considérable dans l'Inde dont ils couvrent la plus grande partie et dans l'Iran, avec le persan, l'afghan, etc. Sur aucun point, ils n'atteignent l'Europe. Dans l'antiquité, les Scythes, de langue iranienne, se sont étendus le long de la mer Noire jusqu'à l'embouchure du Danube. Mais aujourd'hui le dernier reste des dialectes scythiques se trouve dans les montagnes du

Caucase ; c'est l'ossète, parlé par quelques dizaines de milliers de montagnards.

Toutefois on rencontre en Europe un parler indien, celui des Tsiganes. En effet selon la voie qu'ils ont suivie et selon le pays qu'ils habitent, les Tsiganes ont introduit dans leur parler des éléments étrangers. Mais le fonds de leur langue demeure indien. Les progrès d'une civilisation ordonnée et rigide rendent de plus en plus précaire la conservation des parlers tsiganes, qui ne sont employés que par un nombre restreint de gens disséminés en des contrées diverses de l'Europe.

En somme, tous les groupes de langues indo-européennes actuellement subsistants sont encore représentés en Europe. Mais la grande majorité des Européens parlent des langues qui appartiennent à trois de ces groupes : le groupe latin, le groupe germanique, le groupe slave. L'unité de chacun de ces trois groupes, brisée depuis quinze à vingt siècles seulement, est encore sensible aux sujets parlants pour peu qu'ils y prêtent attention, tandis que leur unité indo-européenne, brisée depuis plus de trente-cinq siècles^ ne l'est qu'à un linguiste averti.

IL — Langues non indo-européennes.

Les langues appartenant à des familles autres que la famille indo-européenne n'ont, en Europe, qu'une

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importance restreinte. Dans l'Europe occidentale, on n'en trouve presque pas. La plupart proviennent d'invasions qui ont eu lieu à l'époque historique. L'Europe est un domaine tout acquis au groupe indo-européen, et il en est ainsi depuis le début de l'époque historique, c'est-à-dire depuis le premier millénaire avant l'époque chrétienne, La seule langue non indo-européenne dont on ait des textes anciens et qui ait disparu en Europe occidentale est l'étrusque, qui se parlait dans la Toscane actuelle et que le latin a remplacé dès l'antiquité.

A. — Basque.

Le basque, parlé au Nord et à l'Ouest des Pyrénées occidentales, en France et, pour une plus grande partie, en Espagne, est isolé ; on n'a pas réussi à déterminer un groupe de langues auquel il se rattacherait. Il est bien probable que c'est un reste de l'ancien ibère ; mais on sait trop peu de la langue des anciens Ibères pour risquer une affirmation absolue. En tout cas le basque continue une langue parlée autrefois dans la péninsule ibérique et en Gascogne, langue que les progrès des langues indo-européennes, du gaulois à date ancienne, des parlers romans ensuite, ont réduite à un domaine restreint.

La grammaire basque se distingue profondément de celle des langues voisines ; elle ne ressemble ni à celle des anciennes langues indo-européennes, ni à

celle des langues romanes. Elle est compliquée, et on Ta souvent comparée à celle de certaines langues américaines, mais sans que ceci implique un commencement de preuve de parenté. Si le basque devait se rattacher à quelque groupe, ce serait sans doute à des langues parlées dans le bassin de la Méditerranée avant l'extension de l'indo-européen ; on a pensé au berbère, aux langues du Caucase, sans rien démontrer.

A aucun moment, le basque n'a fourni une langue véritablement littéraire ; à aucun moment il n'a exercé d'action au dehors. Le vocabulaire basque a emprunté beaucoup de mots aux langues voisines; il ne leur en a fourni à peu près aucun.

Témoin d'un état de choses ancien, objet d'observation intéressant pour le linguiste, le basque n'a guère d'importance politique. Les personnes cultivées qui parlent le basque sont bilingues, et leur langue de civilisation est ou le français ou l'espagnol. Le basque n'est donc qu'un ensemble de parlers locaux, servant surtout aux relations locales. Il accentue le caractère particulariste de ceux qui le parlent, sans servir d'organe à une nation ayant conscience d'ellemême. Il n'est qu'une survivance curieuse.

B. — Groupe Jinno-ougrien.

Le seul groupe de langues important qu'on rencontre en Europe à côté de l'indo-européen est le finno-

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ougrien. Il se rencontre dans la région orientale de l'Europe, et seulement par suite d'invasions, les unes préhistoriques, celles du groupe finnois, une autre relativement récente, celle du hongrois.

Les langues finno-ougriennes viennent d'Asie. Elles y ont en commun emprunté des mots à un groupe indo-européen, l'indo-iranien, plusieurs siècles avant le début de l'ère chrétienne. Le nom de nombre « cent », qui est sata en finnois, si^a^ (prononcer sa:0 en magyar, est un emprunt évident à l'indo-iranien, sanskrit çaia-, iranien sata-. Il subsiste en Sibérie de nombreux groupes finno-ougriens, dont les parlers sont étroitement apparentés, les uns au finnois, les autres au magyar. Enfin le samoyède, langue parlée surtout en Sibérie, est parent du finno-ougrien, sans faire partie proprement 4e ce groupe.

Les deux principales langues du groupe finnoougrien sont maintenant en Europe.

Au Nord, le finnois est la principale langue de la Finlande, où il y a environ 2500000 personnes de langue finnoise contre moins de 340000 de langue suédoise ; mais les habitants de langue suédoise sont surtout des bourgeois, habitant les villes de la côte, tandis que le fond de la population rurale est de langue finnoise. Le finnois de Finlande est pourvu d'une littérature originale, capable d'exprimer toutes les notions scientifiques; c'est un bon instrument de culture nationale. Concurremment avec le suédois.

c'est la langue officielle de la Finlande, dont la bureaucratie russe a souvent cherché à restreindre l'autonomie, mais qui, depuis la révolution russe, a son indépendance.

Au centre de l'Europe, les Hongrois ou Magyars sont établis depuis le ix^ siècle. Leur premier roi, saint Etienne, a été couronné en iodo. D'après les statistiques hongroises, sur les 20800000 habitants que comptait en 19 10 le royaume de Hongrie, 10 000 000 environ étaient de langue magyare. Mais, s'ils ne sont pas la majorité, les Hongrois sont la classe dominante. Ils tiennent l'admmistration, et ils magyarisent le pays. Comme les Finnois de Finlande, ils se sont donné une langue de civilisation, ils ont une littérature, des ouvrages scientifiques.

Le finnois et le magyar sont de même origine, mais actuellement très éloignés l'un de l'autre, tant par la structure grammaticale que par le vocabulaire et par l'aspect qu'ont pris les mots. Seul, le linguiste peut y apercevoir des restes eff^acés d'une communauté primitive. Le finnois et le magyar diffèrent plus même que ne diffèrent deux langues indo-européennes de groupes ditiérents, comme le slave et le germanique.

Le magyar, apporté en Europe par une invasion assez récente, y est isolé ; il n'y a de parlers un peu semblables au magyar qu'en Sibérie, le vogoul et Tostiak.

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Le finnois fait partie d'un autre groupe du finnoougrien. Il est relativement proche de l'esté qui est parlé au midi du golfe de Finlande par environ un million d'individus et qui a reçu au xix° siècle une littérature, et du live, qui a été remplacé par une langue Baltique, le lette (on l'a vu p. 38). Et il se groupe aussi avec les parlers du groupe finnois qui subsistent à l'intérieur de la Russie : les parlers caréliens, vepses, etc., parlés dans les régions à l'Est de la Finlande, les parlers ^yriènes, dans les gouvernements de Vologda, d'Arkhangel, de Viatka et de Perm, les parlers votiaks dans la région voisine de l'Oural, les parlers tchérémisses sur la rive gauche de la Volga, au Nord-Ouest de Kazan', les parlers mordves sur la rive droite de la Volga, à l'Ouest de Simbirsk. Ces parlers du groupe finnois ne servent qu'à des populations rurales, un peu plus de deux millions de gens, disséminés au milieu de sujets parlant russe; aucun n'a fourni, à aucun moment, une langue commune; aucun n'a de littérature; plusieurs, notamment l'ingre et le vote dans la région de Péirograd, sont en train de disparaître ; et la seule langue de civilisation qui serve aux populations qui emploient les parlers finnois de Russie est le russe. Entre ces parlers, d'une part, et ceux de Finlande et d'Estonie, de l'autre, il n'y a aucune continuité géographique ; ils sont d'ailleurs sensiblement différents du finnois de Finlande et différents entre eux.

A l'extrême Nord^ sur les bords de l'Océan Glacial, A. Meillet. 4

depuis la côte de Russie jusqu'à celle de Norvège, habitent les Lapons, qui sont environ 30000, et dont les parlers appartiennent aussi au groupe finnoougrien.

Les langues finno-ougriennes ont largement subi rinfluence des langues indo-européennes sans exercer elles-mêmes d'action sur ces langues. Le finnois a pris beaucoup de mots au baltique — et ces emprunts très anciens vont jusqu'au mordve et au tchérémisse — , puis au germanique, et enfin au slave. Le magyar a joint beaucoup d'emprunts slaves, germaniques, latins, à ceux qu'il avait déj^à faits au turc, si bien que son vocabulaire est en notable partie étranger.

Le groupe finno-ougrien n'a fourni de véritables langues de civilisation, le migyar, le finnois, et, en seconde ligne, l'esté, qu'à l'extrême Ouest de son. domaine, là où il est entré en contact avec les langues indo-européennes.

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