CAS INCERTAINS
En effet, s'il arrive que des langues se conser- Tent longtemps avec très peu de changements, si par suite les langues qui composent certains groupes conservent longtemps entre elles des ressemblances évidentes, demeurant même presque identiques entre elles, comme il arrive dans le groupe des langues polynésiennes, ceci tient à des conditions qui ne se retrouvent pas partout. Il faut, pour cela, des populations qui ne subissent que peu de mélanges, comme c'est le cas dans les îles de la Polynésie, et dont le type de vie ne se modifie guère avec le temps.
Au contraire, là où les populations se mêlent et où elles n'ont pas d'homogénéité, là où des idiomes différents se juxtaposent et où nombre de sujets sont amenés à adopter une langue nouvelle, là où enfin il se produit des changements sociaux importants et où les conditions de la vie se modifient profondément, les langues sont sujettes à se transformer avec une grande rapidité. Du m* au ix* siècle par exemple, le latin a pris, dans les provinces qui constituaient l'empire romain, des aspects nouveaux, et très différents suivant les provinces.
Le changement linguistique a lieu avec le temps; mais il y a des périodes où les langues changent peu et lentement, et il y en a où, en peu de générations, elles deviennent méconnaissables. Le temps n'est que l'un des facteurs du changement linguistique, et sans doute le moindre.