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TRANSFORMATION DE L ANGLAIS

n'a pas plus de traits en commun avec le système phonétique de l'indo-européen qu'avec celui de n'importe quelle autre langue 'du monde, de quelque famille que ce soit. Quant au système grammatical de l'anglais, il ressemble plus à celui du chinois ou d'une langue soudanaise qu'à celui de l'indo-européen : bien qu'il y traîne quelques vieilleries dans le verbe, c'est le plus simplifié, le plus moderne qu'il y ait dans tout le groupe indo-européen ; sans rien devoir au roman, il est assez pareil au type roman; toutefois il est plus éloigné encore de l'ancien type indo-européen.

Du système phonétique et du système grammatical indo-européens, l'anglais n'a donc presque rien conservé. Il est une Lingue indo-européenne au sens historique du mot ; il ne l'est plus au sens actuel. Seules, quelques anomalies, comme l'opposition de la forme du sujet et de celle du complément dans les pronoms de première personne, laissent entrevoir actuellement que l'anglais est de l'indo-européen transformé : / (sujet), « je, moi » me (complément) « me, moi », zve (sujet) « nous », î^5 (complément) « nous » rappellent d'assez près les fliits indo européens que continue le sanskrit par exemple avec aham « moi » (su|et), mâm « me, moi » (complément), vayam « nous » (sujet), asniân « nous » (complément). Mais les survivances de ce genre sont peu nombreuses et ne tiennent pas de place dans le système général de la langue.

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Par suite les forces qui ont déterminé les changements sont pour beaucoup plus dans l'anglais d'aujourd'hui que la langue indo-européenne commune dont il est, à travers le « germanique commun » et le « germanique occidental », la continuation.

Le vocabulaire reçoit des enrichissements et subit des pertes indépendamment des changements qui atteignent la prononciation et la grammaire. Il dépend des influences de civilisation qui agissent sur la population. Une population qui, comme les Grecs du vi^iV siècle av. J.-C, a un développement de civilisation puissant et original, qui est à la tête de la civilisation de son temps et qui a le sentiment de sa valeur, et qui, en même temps, a sa pleine indépendance politique, n'emprunte presque pas de mots à une langue étrangère. Au contraire, une population qui subit une domination étrangère et qui accepte une civilisation étrangère, prend à la langue de ses maîtres politiques et de ses maîtres « de culture» la plus grande partie de son vocabulaire, même si elle conserve sa langue propre. On « emprunte » des mots, suivant le terme consacré, dans la mesure où l'on subit des influences étrangères, influences de domination ou influences de civilisation. Et le vocabulaire en peut être tout transformé.

Ainsi le persan a fidèlement conservé jusqu'à présent les traits essentiels de la prononciation et de la grammaire perses tels qu'ils existaient au m' siècle

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ap. J.-C. chez les chefs de l'empire sassanide. Mais la conquête arabe et l'islamisation qui en a été la conséquence ont donné à l'arabe un prestige qui l'a rendu dominant, et le persan, en conservant intactes sa prononciation et sa grammaire, s'est empli de mots arabes qui ont remplacé en grande partie les mots indigènes. Un texte écrit en persan moderne a une grammaire persane avec un vocabulaire presque entièrement arabe. Même dans la langue courante, les mots arabes ont pris une large place.

Ce n'est pas seulement parce qu'il a transformé sa prononciation et sa grammaire que l'anglais a perdu son ancien caractère ; c'est aussi parce que à l'ancien vocabulaire germanique il a ajouté, et en partie substitué, un vocabulaire français, à la suite de la conquête franco-normande. Sur la prononciation ou sur la grammaire de l'anglais actuel, l'influence du français ne s'est pas exercée directement d'une manière appréciable. Mais sur le vocabulaire, peut-être aussi sur la manière de bâtir les phrases, l'influence française a été immense. Le vocabulaire anglais est mipartie germanique, mi-partie français. Et, dans l'ensemble, la structure de la phrase anglaise concorde avec la structure de la phrase française.

A côté des influences profondes, difficiles à reconnaître et à établir, qui s'exercent sur la prononciation et sur la grammaire, il y a donc des influences visibles sur le vocabulaire, influences que déterminent ou la domination politique, ou la supériorité de civi-

lisation, supériorité générale ou partielle, ou l'accord de la domination politique et de la supériorité de civilisation. Les changements du vocabulaire sont indépendants de ceux de la prononciation et de la grammaire ; ils proviennent d'actions différentes, et l'on n'a jamais le droit de conclure des uns aux autres.

Les langues qui, comme l'anglais, joignent à la transformation du système phonétique et grammatical la transformation du vocabulaire achèvent par là de s'écarter du type linguistique qu'elles continuent. Même s'il était demeuré fidèle au type germanique commun dans la mesure où l'est par exemple l'allemand, l'anglais en serait différencié d'une manière décisive par son vocabulaire.

Après toutes les transformations qui se sont produites, de l'indo-européen au latin et du latin au français, la grammaire française ne ressemble plus à la grammaire indo-européenne, et les quelques mots indo-européens que conserve le français sont méconnaissables du fait des altérations qu'ils ont subies, altérations de la prononciation s'accumulant les unes sur les autres, et altérations du type grammatical. Soit, par exemple, Vindo-euYopéen*peqwô « je cuis », devenu en latin coquô, et que continue la forme cuis du français. On sait comment on est passé de l'une des formes à l'autre ; mais le profane est tenté d'être sceptique quand le linguiste lui affirme la certitude d'une pareille succession de faits.

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