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LIMITES DE DIALECTES

n'ont pas de limites définies, et qu'il n'y a de limites exactes que de chaque fait linguistique en particulier.

Les parlers slaves méridionaux couvrent un domaine continu depuis le Nord-Ouest, avec les premiers parlers slovènes, au voisinage des parlers allemands et italiens du Tyrol et de la Vénétie, jusqu'au Sud-Est, avec les derniers parlers macédoniens et bulgares, sur les bords de la mer Egée et de la mer Noire. Dans cet ensemble continu, où l'on observe un grand nombre de limites de faits particuliers, mais où nulle part on ne peut marquer une frontière entre deux dialectes caractérisés, il s'est constitué dans le passé deux groupes, l'un au centre, le type serbocroate, l'autre à l'Est, le type bulgare. Au xix^ siècle, lors de la renaissance des nations slaves, il a été créé là, sur la base des parlers de deux régions très éloignées l'une de l'autre, deux langues communes, qui s'écrivent, le serbo-croate et le bulgare, et l'on a même tenté de constituer de toutes pièces une langue commune slovène. Le serbe et le bulgare communs, employés l'un dans l'État serbe, l'autre dans l'État bulgare, sont venus s'affronter. Mais là où, par suite des circonstances, les langues communes n'ont pu se répandre, comme il est arrivé en Macédoine où le régime turc a subsisté jusqu'aux guerres balkaniques, on ne peut trouver aucune frontière linguistique.

Les parlers de Macédoine sont une partie de l'ensemble slave méridional ; ceux qui les parlent pour-

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font, suivant les circonstances, pp«idre pour langue commune le serbe ou le bulgare. Leurs parlers, différents entre eux, ne sont ni vraiment serbes ni vrai- •ment bulgares. Les maîtres d'école bulgares ou bulgarisés ont exercé en Macédoine une forte action ; et c'est ce qui a donné occasion aux Bulgares de revendiquer le pays pour leur langue commune. Mais si les politiciens ont réclamé les parlers de Macédoine pour tel ou tel groupe, les linguistes désintéressés ont toujours réservé leur opinion. En réalité ces parlers n'appartiennent en propre ni à l'un ni à l'autre des deux groupes qui se les disputent. C'est la politique qui décidera de l'avenir linguistique de la Macédoine.

Pour qu'il y ait une limite linguistique nette, il faut que deux langues distinctes, parties de centres éloignés, s'étendent en allant à la rencontre l'une de l'autre jusqu'au moment où elles viennent se toucher. On arrive alors à des limites comme celles du français, de l'allemand et de l'italien en Suisse, du français et du flamand en Belgique. Mais la différenciation spontanée d'une langue commune sur un domaine étendu ne donne lieu qu'à des parlers de transition. Elle exclut toute limite précise de dialectes.

Si, entre les parlers slaves méridionaux, on peut souvent trouver nettement des limites, c'est que la région qu'ils couvrent a eu vne histcire très troublée, et qu'il s'y est produit des migrations nombreuses.

Ainsi la limite actuelle entre les parlers serbo-croates et les parlers slovènes est bien tranchée ; mais, c'est que des populations employant des parlers du type serbe dit chtokavien sont venues s'interposer entre les populations employant des parlers slovènes et celles qui emploient les parlers serbes dits tchakaviens , qui forment la transition entre le chtokavien et le Slovène. Une limite linguistique tranchée résulte toujours de quelque accident historique.

A. Meillet.

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