LE LATIN AU MOYEN AGE I7I
vante qui est celle de l'Eglise et de la science, en un mot de toute la culture intellectuelle de l'Europe occidentale durant le moyen âge. Le latin sert dès lors de langue savante non seulement dans les pays romans, où il était traditionnel, mais dans toutes les parties de l'Europe qui se rattachent à l'Eglise de Rome. Le latin est la langue savante de l'Irlande, de la Grande-Bretngne, de l'Allemagne, et les plus anciens monuments qu'on ait de l'irlandais, de l'anglais, de l'allemand sont des gloses destinées à faciliter la lecture de textes latins. L'Église catholique romaine a maintenu a.u latin son caractère impérial, sa « catholicité », c'est-à-dire sa généralité, après la ruine de l'Empire romain.
Quand se fondent les Universités de l'Europe occidentale, le latin est partout leur seule langue. Lorsqu'un écrivain comme Dante s'adresse au grand pubhc, il écrit en italien ; lorsqu'il s'adresse aux lettrés, il écrit en latin. Les littératures en langue vulgaire ne comportent d'abord que de la poésie, épique, courtoise ou populaire. Les premiers textes en prose sont des récits d'hommes de guerre, 'comme Villehardouin ou Joinville, qui racontent ce qu'ils ont fait et ce qu'ils ont vu.
Durant le moyen âge, les savants de l'Europe occidentale, de l'Espagne jusqu'à la Pologne, de l'Ecosse et de la Suède jusqu'à la Sicile, n'ont eu qu'une même langue. Un professeur, un étudiant passaient
d'une Université à l'autre sans éprouver d'autre embarras que celui qui résultait des manières, diverses suivant les pays, de prononcer le latin. Les mêmes écrits se lisaient partout. Cet état de choses a duré jusqu'à l'époque moderne.
Il a fallu le grand mouvement de la Réforme et de la Contre-réforme, quand on a voulu atteindre le public même, pour faire écrire en langue vulgaire de véritables ouvrages théologiques. Les polémiques entre catholiques et réformés, entre jansénistes et jésuites ont beaucoup servi au développement de la prose française au xvii* siècle^ l'Italie et l'Espagne, où il n'y a pas eu de luttes de ce genre, ont beaucoup moins développé la prose en langue nationale.
Le latin était encore au xvii^ siècle la langue de la science et de la philologie, et ce n'est qu'accessoirement qu'un Descartes a écrit en français; le latin était encore pour lui le mode d'expression normal des idées philosophiques. A travers le français de Descartes, on sent le latin ; on a Timpression que la pensée philosophique se faisait chez lui en latin. La publication en français du Discours de la Méthode (en 1637) marque un moment capital dans le développement du français littéraire, et si bien qu'on a dû traduire très vite en français les Méditations que Descartes a publiées en latin. Ce n'est qu'au xviii* siècle que le latin cesse d'être la langue commune des savants- et des philosophes. La décadence des Universités, dont il était la langue habituelle, a aidé à sa ruine.