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ABANDON DU LATIN I

La Réforme, en séparant de l'Église de Rome une partie de l'Europe occidentale, a fait abandonner, là où elle a prévalu, l'usage du latin dans le culte. Elle a beaucoup contribué à ôter au latin son caractère universel.

Au XIX* siècle, le latin savant n'était plus qu'une survivance. Là même où certaines publications des Universités se faisaient. encore en latin, la langue vulgaire était celle qu'on employait dans les cours. L'usage d'imposer aux candidats au doctorat es lettres la composition d'une thèse en latin à côt^ d'une thèse en français s'est perpétué en France durant tout le XIX* siècle. Mais k thèse latine est devenue peu à peu un simple pensum; quand on a cessé de l'exiger, l'obligation de l'écrire en latin l'avait réduite à n'être qu'un accessoire le plus souvent sans importance. Peu de candidats savaient exposer en latin les idées actuelles, et quand on envoyait à un savant étranger une thèse latine, on s'exposait à voir exprimer le regret qu'un travail offrant un intérêt soit écrit en latin.

Ainsi le latin, qui vit encore dans l'usage courant sous les formes nouvelles des langues romanes, est mort comme langue savante. Seuls, quelques philologues attardés s'en servent encore.

La science européenne a du coup perdu sa langue commune.

L'Église catholique romaine emploie le latin comme langue rituelle : les offices se récitent en latin, les

prêtres lisent en latin leurs prières journalières. Mais la lecture et le chant des offices sont faits dans des conditions telles que même ceux qui entendent le latin ne peuvent guère comprendre ; le plus souvent les chantres ne comprennent pas ce qu'ils chantent ; et les prêtres eux-mêmes ne semblent pas toujours suivre de près le sens des paroles latines qu'ils prononcent. Tout ce qui, parmi les choses religieuses, doit être compris se fait dans les langues nationales. La perte d'une langue savante commune comme était le latin a causé une gêne évidente. Mais il serait vain de la déplorer, et personne ne songe à revenir à l'état aboli.

L'usage d'une langue morte comme langue savante a du reste de grands inconvénients.

D'abord l'habitude de s'exprimer dans un idiome fixé une fois pour toutes immobilise pour ainsi dire la science. Une langue fixée est commode pour une science traditionnelle, dont les idées se renouvellent peu ; elle est une entrave pour une science neuve dont les principes changent, dont les doctrines se transforment sans cesse. Le latin ne se prête naturellement pas à l'expression des idées modernes, et l'on n'arrive que par des artifices à les rendre avec les ressources d'une langue ancienne.

En ramenant le latin médiéval à l'usage classique, les humanistes de la Renaissance du xv* et du xvi* siècles ont contribué à ruiner définitivement l'emploi

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