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LANGUES ÉCRITES EX ORIENT

nombre des mots arabes qui ont passé dans les langues des peuples islamiques est énorme, et les lettrés qui connaissent l'arabe en introduisent constamment de nouveaux.

A côté de l'arabe, une seule langue de l'Islam a réussi à devenir une grande langue commune de civilisation, le persan.

Lors de la réaction nationale qui, avec les Arsacides, puis surtout avec les Sassanides, a restauré un État iranien après la destruction de l'empire achéménide par Alexandre le Grand, il s'était constitué une langue de civilisation, le pehlvi, qui a joué vn grand rôle en Asie du iii^ au vii^ siècle ap. J.-C. ; et Ton a encore beaucoup de textes en cette langue. Les populations de langue iranienne ont compris alors de quelle importance était la possession d'une langue écrite nationale pour un peuple vis-à-vis de l'étranger.

L'islamisation a fait subir à cette langue de la Perse une éclipse. Beaucoup d'Iraniens ont écrit dans la ■grande langue de civilisation de l'Islam, l'arabe, et la culture arabe doit à ces Iraniens une large part de son originalité. Mais quand un Etat persan s'est rétabli, la langue littéraire perse a reparu sous une forme un peu plus moderne, et, notée avec l'alphabet arabe légèrement enrichi, elle a fourni l'une des littératures les plus personnelles et les plus riches qui soient.

A partir du ix* siècle, le persan est devenu dans A. Meillet. 12

Ibb LES LANGUES SAVANTES

une grande partie de l'Asie Centrale une langue générale de communications, et une langue de cour. Depuis, la décadence de l'État perse a fait perdre au persan beaucoup de son importance. Mais l'influence qu'il a exercée sur la langue des Indous islamisés et des Turcs montre quelle a été son importance, et son rôle n'est pas achevé. Le persan demeure la seule langue littéraire, la seule langue commune de tous les peuples islamiques parlant des dialectes iraniens, de la Caspienne au golfe Persique, du Caucase à l'Inde.

Le cas du chinois est plus remarquable encore que celui de l'arabe. Les parlers chinois sont très différents les uns des autres, et, actuellement, un Chinois du Nord parle en réalité une autre langue qu'un Chinois du Sud, tant les divergences sont grandes. Mais l'écriture, qui est idéographique en son principe, et non phonétique, permet de lire partout les mêmes textes sans difficulté, de sorte qu'une même langue écrite, prononcée de manières diverses, sert dans tout le pays. Il y a plus. Les langues d'Extrême-Orient, qu'on ne peut ramener à une même famille, ont cependant des structures semblables. Essentiellement différent du chinois, l'annamite par exemple se compose, comme le chinois, de mots monosyllabiques, et, comme le chinois, n'a pas de flexions grammaticales. On peut donc Hre, avec des mots annamites, un texte écrit en caractères chinois : il y a un sino-annamite. On peut, dans un texte japonais.

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