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LANGUES ECRITES EN ORIENT I

tianisme ; on ne les a traduits que tard. En Orient, on les a traduits presque dès le début.

En Syrie et en Mésopotamie, il 3' avait une langue sémitique qui était devenue une langue commune, l'araméen ; elle a fourni de bonne heure aux Perses la langue de leurs bureaux, où ils avaient des fonctionnaires écrivant en araméen. On a traduit les textes sacrés du christianisme en une forme de l'araméen, le syriaque. Et il s'est développé une littérature chrétienne en syriaque.

L'évêque Wulfila, d'une tribu de Gots établis dans les Balkans, a traduit la Bible en gotique au iv'' siècle, et, si le gotique n'est pas demeuré depuis une langue commune, c'est que, trop dispersés, les Gots se sont fondus dans d'autres nations. Mais la traduction de Wultila a servi aux Gots durant plusieurs siècles.

Les Arméniens ont traduit la Bible dès le v^ siècle d'après la tradition, et, en tout cas, antérieurement au VIII* siècle. Il s'est développé chez eux une importante Httèrature toute chrétienne. L'Église arménienne est de type oriental, mais autonome, indépendante des Eglises d'Orient comme de l'Eglise romaine.

Plus tard que les Arméniens, vers le x* siècle, les Géorgiens se sont donné à leur tour un alphabet, une traduction des textes saints, une littérature chrétienne.

En Egypte, où la langue ancienne du pays subsi-

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stait et où le grec s'y était juxtaposé sans l'éliminer, dans les provinces de l'intérieur surtout, il y a eu une littérature chrétienne écrite dans la forme nouvelle qu'avait prise la langue, qu'on appelle alors le copte. Les alphabets dont on se servait pour noter l'égyptien ancien et dont l'usage s'était encore maintenu à l'époque des Lagides et même des empereurs romains étaient alors abandonnés, et, comme pour le gotique et pour l'arménien, on a créé un alphabet nouveau sur le modèle grec.

Au ix^ siècle, des apôtres slaves, venus de la région de Salonique, Cyrille et Méthode, ont, pour un prince morave, créé un alphabet slave sur le modèle grec et traduit en slave les livres saints. C'a été le commencement d'une littérature slave chrétienne. Ces prêtres ont rencontré à Rome une forte opposition. Néanmoins la traduction a été faite, la littérature slave fondée. Et la langue écrite ainsi constituée a servi aux Eglises slaves qui se sont rattachées à l'Eglise d'Orient. Ainsi les peuples de langue slave ont été coupés en deux groupes, les uns appartenant à l'Église romaine, les autres au groupe des Eglises orientales, les premiers se servant du latin comme langue savante, les autres du slave écrit constitué par les premiers traducteurs. Aujourd'hui même, les Serbo- Croates se divisent entre les deux Eglises, les Croates écrivant avec l'alphabet latin et les Serbes avec l'alphabet cyrillique une langue commune qui est la même pour les deux parties de la nation.

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A l'Est de l'Europe, il y a eu autant d'alphabets, de langues écrites, de traductions des livres saints qu'il y avait de nations ayant conscience de leur existence propre. La tradition de ces différences s'est maintenue. Le vieux slave, constitué par les premiers traducteurs, a pris des aspects divers chez les Bulgares, chez les Serbes, chez les Russes. L'alphabet cyrilhque employé par les Bulgares, les Serbes et les Russes est au fond le même ; mais il a subi des adaptations diverses pour noter le bulgare, le serbe et le russe actuels ; la concordance n'est plus entière.

A la civilisation une de l'Europe occidentale, que caractérise l'usage du latin comme langue commune, et quia gardé jusqu'à présent comme symbole de son ancienne unité l'usage d'un même alphabet, l'alphabet latin, s'opposent donc en Orient des civilisations chrétiennes nationales, pourvues chacune d'un alphabet propre, d'une langue littéraire propre. A ces littératures, la httérature grecque chrétienne a fourni des modèles ; la littérature classique, antérieure au christianisme, est demeurée à peu près sans action. A ce point de vue encore, l'Orient se distingue beaucoup de l'Occident, où l'intérêt pour le latin classique n'a jamais manqué tout à fait et où a toujours été maintenu le Hen avec l'antiquité. Seuls, les Grecs ont continué de s'intéresser au grec anti*que.

Les Arméniens connaissent encore un peu la philosophie grecque, sous une forme toute scolastique.

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Les Slaves l'ignorent presque totalement. Et assez vite même, les nations orientales se sont séparées de l'influence grecque chrétienne. Chacune a tendu à être autonome, le plus possible. En face de la civilisation latine d'Occident il y a en Orient des civilisations purement chrétiennes et nationales à la fois.

En Occident, le latin est devenu la langue savante de pays qui, comme l'Irlande ou l'Allemagne, n'ont jamais fait partie de l'Empire romain. Dans l'Est de l'Europe et en Asie Mineure, les nations qui ont été christianisées n'ont été hellénisées en aucune mesure ; elles ont perdu leur culture propre ; mais elles ont gardé leurs langues. Et il y a eu autant de langues savantes que de nations. L'unité ancienne a été ainsi brisée dès l'abord.

L'usage des langues savantes n'est pas hmité au monde gréco-romain et aux nations chrétiennes qui ont reçu l'héritage gréco-romain. On en observe partout, et à toute époque.

Dès une antiquité relativement reculée, en Babylonie et en Egypte, il s'est constitué des langues savantes, pourvues chacune d'un alphabet propre, très compliqué, et où des procédés idéographiques et phonétiques coexistaient. Chacune de ces deux langues a duré un long temps ; on les suit,' le babylonien, depuis les plus anciens textes, de la fin du troisième millénaire avant l'ère chrétienne, jusque

pendant la période achéménide où la ruine de Babylone et de l'Assyrie en détermine la disparition, et l'égyptien, depuis le temps de l'Ancien Empire jusqu'à l'époque des Lagides, où le grec l'a remplacé comme langue savante.

Dans l'Inde, le sanskrit classique a pris sa forme arrêtée durant les siècles qui ont immédiatement précédé l'ère chrétienne, c'est-à-dire en même temps que se fixait le grec commun de l'époque hellénistique. Depuis, le'sanskrit est demeuré la langue savante de toute l'Inde brahmanique ; il a aussi servi au bouddhisme, dans le Nord. Du i" au x^ siècle ap. J.-C. environ, le sanskrit s'est largement répandu en Asie Centrale, au Nord de l'Himalaya; des textes sanskrits ou traduits du sanskrit ont été retrouvés dans le Turkestan chinois. C'est une culture sanskrite que continuent les langues des textes récemment retrouvés en Asie Centrale : l'une de ces langues, parlée dans la région de Koutcha et de Tourfan, formait un groupe à part parmi les langues indo-européennes; une autre, qui se parlait à Khotan, appartenait aux dialectes iraniens orientaux. L'une et l'autre ont actuellement disparu.

Dans le Sud de l'Inde, vers le même temps, il s'est fixé une autre langue savante du bouddhisme, le pâli, qui est demeurée la langue sacrée de tout le bouddhisme méridional, à Ceylan, en Birmanie, au Siam, au Cambodge.

Il y a donc eu dans l'Inde deux grandes langues savantes, qui s'emploient encore maintenant bien qu'elles ne soient plus que des survivances religieuses, et que partout la civilisation moderne s'exprime autrement. Ces langues ont eu un grand rayonnement jusqu'en Chine, en Indo-Chine, et dans les îles malaises.

Dans le groupe sémitique, la langue savante araméenne n'a fait qu'une fortune médiocre : la culture araméenne n'a jamais été originale. Mais il s'est créé en Arabie au vu* siècle une langue savante nouvelle, qui, avec l'extension de l'islamisme, a pris un rôle immense. L'alphabet sémitique a reçu les additions nécessaires pour s'adapter à la prononciation de l'arabe. Jusqu'à présent, l'ancien arabe est demeuré la seule langue écrite dans le monde de langue arabe ; il subit des changements, des réductions ; on prononce les mêmes mots de façons différentes suivant les lieux. Mais la graphie, qui ne note pas les voyelles, dissimule les différences profondes qui séparent les parlers arabes d'une extrémité du domaine à l'autre. Et les mêmes textes écrits peuvent être compris partout. Alors que l'unité de l'arabe parlé est brisée, l'unité de l'arabe écrit demeure. En même temps, l'arabe reste pour tous les Musulmans de langue perse, ou turque, ou indienne, ou africaine, la langue savante par excellence ; il est pour eux ce qu'est le latin pour un catholique : le

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