CHAPITRE XIII
Le trait qui domine le développement linguistique-—depuis le début du xix^ siècle est la fixation des langues nationales. Toute nation qui prend conscience d'elle-même veut avoir sa langue écrite, sa langue de culture qui lui soit propre.
Le nombre des langues écrites tend à s'accroître sans cesse. Des groupes de parlers qui -ne servent qu'à des ruraux comme le lituanien ou le lette reçoivent une langue écrite. Les Catalans ne se contentent plus de l'espagnol. Des Petits-Russes prétendent avoir une langue différente du grand-russe, qui est si proche à tous égards du petit-russe ou ruthène. En France même, où l'unité nationale est si fortement constituée et où le « régionalisme » n'arrive pas à prendre force, il y a eu des essais de littérature en parler méridional ; un grand poète provençal s'est trouvé au xix* siècle.
La tendance à constituer des langues communes nationales n'est pas nouvelle.
On l'observe dès l'antiquité. En Grèce, où chaque cité ou groupe de cités formait un État indépendant, on rencontre au début de l'époque historique, du vi= au III* siècle av. J.-C, presque autant de langues officielles qu'il y a de villes. Sparte, Argos, Corinthe, Gortyne, Héraclée, Syracuse sont des cités doriennes, et les Doriens forment, parmi les Grecs, un groupe bien caractérisé ; ils apparaissent comme une tribu conquérante qui, au début de l'histoire de la Grèce, avait son unité; néanmoins le dorien qu'on écrivait à Sparte différait sensiblement de celui d' Argos ; et il y avait autant de doriens écrits qu'il y avait de cités doriennes. Mais, sauf à Syracuse qui était une grande ville, il n'y a eu nulle part une littérature notable dans ces langues locales; les parlers doriens autres que le syracusain ont servi de langues officielles, non de langues littéraires.
La première langue vraiment commune qui se soit constituée en Grèce a été celle du premier groupe qui a donné aux Grecs une civilisation originale, le groupe ionien ; et il s'est développé une grande Httérature en ionien. Quand l'empire achéménide a eu mis sous sa domination les principales cités ioniennes tandis qu'Athènes gardait son indépendance, l'attique s'est constitué à son tour en langue commune ; et l'attique est devenu la plus grande langue littéraire de la Grèce ; c'est l'attique qui a servi de base principale pour constituer, à l'époque