‹ Les langues dans l'Europe nouvelleChapitre 75 sur 122 · ÉTAT ACTUEL DU FRANÇAIS UTTÉRAIRE · texte numérisé non relu

ÉTAT ACTUEL DU FRANÇAIS UTTÉRAIRE

démocratique, et tous les citoyens y ont accès à une certaine culture, qui est souvent faible, qui même pour la plupart de ceux qui passent par l'enseignement secondaire est très médiocre. Mais elle a une langue raffinée, faite pour une aristocratie, qui n'est couramment maniée avec correction que par une petite classe de la société, et que l'on ne peut bien écrire ou bien parler que si l'on a des dons spéciaux cultivés par un long travail. La très grande place tenue dans la politique et dans la presse par des professeurs et des avocats n'est pas due au hasard : dans un pays démocratique où tout se fait par la parole et par la presse, seule une connaissance appréciable de la langue écrite, qui est chose relativement rare, permet de remplir certaines fonctions.

Les proclamations électorales, où des politiciens d'arrondissement ou de village s'adressent en termes abstraits qu'ils comprennent peu à des électeurs dont la plupart les comprennent moins encore, sont souvent les choses les plus ridicules, et aussi les plus affligeantes, qui se puissent lire.

L'état français est, à ce point de vue, extrême. Mais toutes les langues communes qui ont commencé de se fixer à l'époque de la Renaissance présentent, à des degrés divers, une situation comparable. Comme le français, et en partie presque autant, l'anglais, l'italien, l'espagnol, le portugais, l'allemand, le polonais sont des langues traditionnelles, créées par des élites pour des élites, qu'on

ne peut parler et écrire qu'au prix d'un sérieux apprentissage et dont la pratique suppose une forte culture.

Dans l'Europe occidentale et en Amérique, des langues aristocratiques servent d'organes à des démocraties.

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