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LANGUES NATIONALES DE L EUROPE ORIENTALE

Bulgare les acquiert sans peine; il ne s'y trouve rien de traditionnel, rien de savant. L'interruption de la culture qui s'est produite fait que, à la différence du russe, on y rencontre peu de mots de la vieille langue écrite. Ces populations slaves, qui ne connaissent aucune aristocratie, ont ainsi des langues toutes modernes, et des orthographes où l'écriture note exactement la prononciation actuelle.

Toutefois on s'est écarté de la langue parlée à un point de vue : la conquête turque avait répandu dans l'usage courant beaucoup de mots islamiques, apportés par le turc : mots arabes, persans et turcs. En constituant les langues slaves écrites, on a éliminé ces mots, qui sentaient la domination étrangère, et l'on s'est tenu au vocabulaire slave ou slavisé. Le bulgare et surtout le serbo-croate ne comportent plus qu'un nombre très restreint de mots apportés par la conquête turque.

Les Arméniens ont procédé comme les Slaves. Ils ont constitué au xix* siècle deux langues littéraires distinctes, assez proches l'une de l'autre, l'une dans les provinces annexées à la Russie, l'autre dans le domaine demeuré sous la domination turque. Ces deux langues sont fondées sur. l'état actuel de la langue. La langue littéraire de l'Arménie russe surtout a fait abstraction de l'ancien arménien écrit ; en Turquie, l'influence de la langue savante s'est fait sentir plus fortement ; la langue écrite est en partie archaïsante. Des deux côtés, on a éliminé le vocabu-

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laire d'origine islamique ; et, tandis que les parlers populaires sont pleins de mots dus à l'influence turque, les langues écrites n'en ont pas un seul. A ce point de vue, l'arménien écrit est artificiel. Mais, dans l'ensemble, le système des deux langues littéraires arméniennes est conforme à l'état actuel des parlers.

Des nations orientales pourvues d'une ancienne langue littéraire, la nation grecque est la seule qui ne l'ait pas renouvelée à fond. Fière de son ancienne littérature qui a servi de modèle à toute l'Europe, fière de posséder le texte original du Nouveau Testament et les écrits des Pères, elle n'a pu se résigner à rompre avec le passé. Il a bien fallu se conformer un peu à l'usage moderne, renoncer à l'emploi de l'infinitif ou du futur, définitivement sortis de l'usage. Mais, en gros, on est resté fidèle au type ancien sur le plus de points qu'il a été possible. Bien entendu, on a banni avec soin tous les mots que la domination turque avait introduits, et aussi beaucoup de ceux qu'avaient apportés des influences latines ou romanes; le vocabulaire a été réhellénisé et archaïsé. Un helléniste qui ne sait que le grec ancien n'est pas trop dépaysé en ouvrant un journal à son arrivée à Athènes : il le lit presque du premier coup. Si, du journal, il veut passer aux gens qu'il rencontre dans la rue, il éprouve une désillusion : il ne comprend pas et n'est pas compris. Il y a eu de grands changements entre l'époque ancienne

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et l'époque moderne. Pour un exposé scientifique, pour la politique, ce grec moderne archaïsant, qu'on appelle langue puriste, et où l'on évite le plus possible les ressemblances avec le parler actuel, est commode ; mais il a l'inconvénient d'être mal compris de la foule. Les gens ayant quelque culture arrivent à parler le grec puriste qui, tout artificiel qu'il soit, descend peu à peu des salons et des journaux jusqu'aux plus petites gens. Pour la littérature, il a le défaut de n'avoir rien de la fi'aîcheur d'une langue vivante, rien de la vie d'une langue populaire, et les poètes ont éprouvé le besoin d'écrire la langue du peuple. A côté de la langue puriste, il y a donc eu, tout le long du XIX* siècle, un effort pour écrire le grec d'aujourd'hui : les meilleurs poètes de la Grèce moderne se sont servis, se servent encore de la langue vulgaire. Mais l'Église, l'école, l'administration, l'armée agissent en faveur de la langue puriste, qui, grâce à son prestige, s'infiltre dans l'usage quotidien.

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