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CHAPITRE XVII

Le renouvellement des vieilles langues fixées à l'Est de l'Europe n'est qu'une partie d'un mouvement plus général : au xix' siècle, toutes les nations qui ont pris ou repris conscience d'elles-mêmes ont aperçu l'avantage que trouvaient les grandes nations de l'Europe occidentale, comme la France, à posséder une langue commune nationale, et il n'est pas de nation qui, au cours des siècles, n'ait réussi à s'en donner une. Des langues qui avaient cessé de s'écrire ont été remises en usage ; d'autres qui n'avaient été écrites que par exception ont reçu une littérature. Les langues écrites nouvelles, fondées sur l'usage actuel de la langue, proches du peuple par conséquent, se sont multipliées.

Là où dominent les grandes langues occidentales, l'instruction populaire est assez organisée pour mettre tous ceux qui le désirent à même d'utiliser tant bien que mal la langue commune. Et, d'autre part, A. Meillet. 15

les avantages que l'on trouve à connaître et à pratiquer une langue qui est largement répandue, et qui est celle de toutes les affaires importantes publiques et privées, sont tels que les tentatives faites pour instituer une langue à côté demeurent généralement vaines.

Il faut un mouvement nationaliste aussi violent, aussi passionné que le mouvement irlandais pour provoquer la résurrection d'une langue demi-morte, comme l'irlandais, et cette renaissance n'est encore qu'à ses débuts; on ne peut prévoir quel en sera le succès. •

On connaît l'importance économique de la Catalogne en Espagne; on sait le rôle que joue Barcelone; d'autre part, à beaucoup d'égards, l'Espagne est en retard sur le mouvement général de la civilisation européenne occidentale, et l'espagnol n'a pas encore une place conforme à la grandeur de sa littérature et au nombre des gens qui le parlent, en Espagne et surtout en Amérique; or, en dépit de toutes ces conditions favorables, le catalan n'arrive pas à s'imposer.

Les grandes langues de l'Europe occidentale sont trop assises pour laisser entamer facilement leur situation.

En Autriche-Hongrie et dans les Balltans, la situation est autre.

L'empire austro-hongrois n'a pas de langue commune. Ni dans l'une, ni dans l'autre des deux parties

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