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DIFFICULTÉS DE LA SITUATION

en apprenant le français ; mais un Wallon ne voit pas d'intérêt à savoir le flamand. Un Tchèque ne peut guère se dispenser de savoir l'allemand; mais un Allemand de Bohême trouve, non sans raison, qu'il emploie mal la peine qu'il se donne pour apprendre le tchèque, de même que les sujets non magyars du royaume de Hongrie répugnent à étudier une langue dépourvue de valeur mondiale. Quelle que soit dans l'avenir l'organisation politique du pays, la situation linguistique des pays qui composent l'Autriche- Hongrie actuelle restera donc délicate à régler. Même le fédéralisme le plus large et les autonomies locales les mieux comprises ne résoudraient pas toutes les difficultés.

Des six grandes langues existant en Autriche, cinq, l'allemand, l'italien, le polonais, le serbo-croate et le ruthène, sont aussi des langues d'États autonomes; chacune est donc considérée non comme une simple langue provinciale, mais comme une véritable langue d'Etat par ceux qui l'emploient. Et les Tchèques euxmêmes, bien que tous soient sujets autrichiens, ont le sentiment d'appartenir à un État qui a eu son autonomie et qui veut la recouvrer.

Une autre difficulté très grave provient de ce que les langues n'ont pas chacune en Autriche un domaine propre où elles régnent exclusivement. Le tchèque et l'allemand sont employés concurremment en Bohême; le slovène et l'allemand le sont de même A. Meillet. 16

dans les provinces méridionales. Trieste, grande ville principalemerrt italienne, est tout entourée de populations purement Slovènes. En Galicie orientale, une aristocratie et une bourgeoisie de langue et de culture polonaises se superposent au fond ruthène de la population tandis que les juifs parlent le yiddisch. Des colonies serbo-croates, entourées de domaines allemands, hongrois ou roumains, vont jusqu'au Danube. En Bukovine, le roumain se juxtapose au ruthène. Et presque partout l'allemand joue son rôle» Toutes ces langues sont des langues écrites ; chacune prétend exprimer la culture propre d'une nation. Des populations de langues diverses habitent les mêmes régions; et l'on ne saurait leur donner satisfaction en découpant, d'une manière si ingénieuse et si compliquée que ce soit, des territoires où dominerait chaque langue. Il faudrait donner, dans toutes les régions bilingues, un statut linguistique personnel à chaque individu et créer des institutions complexes, qui varieraient suivant les conditions spéciales à chaque région.

En Hongrie, la répartition géographique est un peu plus tranchée. Mais des Slovaques, des Croates, des Roumains et aussi des colons allemands sont, en bien des régions, mêlés aux sujets parlant magyar, et il est aussi très difficile de satisfaire aux justes revendications de chacun.

Le jour où, en constituant un État hongrois à côté

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