LANGUES NATIONALES DANS LES BALKANS
qui travaillaient à développer dans le pays l'influence de l'Autriche, ont été les principaux agents de cette création. Les Albanais sont peu nombreux, pas même un million.; les uns sont musulmans, d'autres catholiques, et d'autres chrétiens orthodoxes ; ils sont pour la plupart incultes ; et leur pays, montagneux, pauvre se prête mal à développer une civilisation ; il n'y a en Albanie aucune tradition de culture propre. Bien que les Albanais aient le sentiment très vif d'être une nation à part, il semble peu probable qu'une langue commune albanaise puisse devenir une langue de civilisation ayant une "importance.
Les Balkans présentent donc plusieurs langues ; ces langues sont employées chacune par des masses relativement homogènes; et, dans chaque petit pays, une langue commune s'institue aisément. Les Koutso- Valaques de Macédoine, séparés du royaume de Roumanie, n'ont pas d'intérêt à garder leur parler de type roumain. Dans la Macédoine, dévastée par les massacres et par la guerre, la population est clairsemée ; et les populations 4ont le parler local est slave peuvent accepter avec une égale facilité le serbo-croate ou le bulgare comme langue commune; les frontières des langues communes bulgare et serbo-croate seront fixées par la politique. Beaucoup d'Albanais habitant le royaume de Grèce ont été déjà hellénisés ; 3'autres Albanais chrétiens orthodoxes s'helléniseront si l'on reporte plus au Nord les frontières de la Grèce : l'ai-
ROLE DE LA POLITiaUE 255
banals n'est pas en mesure de résister à une langue de civilisation comme le grec.
En somme, le grec, le serbo-croate, le bulgare, le roumain et l'albanais se partagent la péninsule balkanique et y forment autant de blocs irréductibles, dont l'unité est déjà faite en partie et se complétera aisément dès que la politique aura assis les situations. L'albanais ne saurait guère se maintenir qu'à l'état de parlers locaux, et le turc est la langue de conquérants venus du dehors qui continuent à occuper et à administrer des villes qui leur sont au fond étrangères, Andrinople et Constantinople.
Constantinople est plus une ville grecque et arménienne qu'une ville turque. Vieille cité chrétienne, elle est demeurée chrétienne et elle devient européenne. Le turc n'y est pour la plus grande partie, et pour la partie la plus active, la plus civilisée de la population, qu'une langue imposée du dehors, et par suite une gêne.