‹ Les langues de l'Europe moderne, trChapitre 2 sur 39 · M PRÉFACE · texte numérisé non relu

M PRÉFACE

Mais ces rapports ont été changés déjà depuis longtemps. Sans vouloir méconnaître l'élément beau et puissant^ qui, en France, sous les formes les plus multiples^ constitue ce qu'on -peut di^'peler littérature sociale ; il faut avouer que le reste est afifecté de deux défauts graves : c'est-à-dire, premièrement, d'une singulière indifférence pour l'étranger, indifférence qui se montre dans une coupable ignorance des choses et des idées non-françaises; puis d'une lacune vraiment impardonnable, qui se fait sentir dans le bien-fonds public des connaissances scientifiques et artistiques.

Certes, des Français ont produit des ouvrages savants et admirables ; mais l'immense majorité des gens lettrés en France ne les connaît point et n'a pas même le désir, à ce qu'il paraît, de les connaître. De là, ce spectacle peu digne de la nation française :

d'un côté, une littérature volumineuse, dite scientifique , mais remplie d'erreurs , de malentendus, de superficialités ; de l'autre

PRÉFACE. vil

côté, un trésor de livres de vraie science, mais inaccessible et incompréhensible à la masse des lecteurs.

En Allemagne, au contraire, un pont a été jeté entre ces deux rives, et les richesses de la haute science et de la haute esthétique y passent en partie, tandis qu'en France elles n'y passent point du tout. C'est ce qui constitue en Allemagne la BiMung, chose pour laquelle le pauvre dictionnaire français n'a pas même o

de mot.

Profondément pénétré de la conviction, que la plus intime entente d'intelligence et de cœur entre l'Allemagne et la France est devenue plus nécessaire que jamais, j'ai donné dans l'espace de deux ans au public français lettré quatre ouvrages, dont deux ( Qu est-ce que la Religion ? et Qu est-ce que la Bible?) ont pour but de l'éclairer sur des questions philosophiques, de même que le livre présent le fait sur des questions philologiques. Enfin, mon livre l'Allemagne et les Allemands , a Tin-

Mil PRÉFACE.

tention de faire connaître à la France ce que c'est que TAllemagne, sa voisine et sa sœur de lait.

Ces travaux mon t paru tellement urgents, que je n'ai pas hésité d y sacrifier une très-grande partie de ma fortune, après avoir cherché en vain un éditeur à Paris, ville qui aime pourtant à s'intituler capitale du monde cwilisé. Du reste, je ne les ai pas exécutés sans l'espoir de les voir se rendre utiles aussi à d'autres peuples, et je me suis servi de l'idiome français, puisque c'est par cet instrument peu maniable que l'Occident se met en communication avec le Centre de l'Europe.

Auguste-Hebmann £W£RBEGK.

Paris, 24 février 1852.

LBS LANGUES

DR

IkA UVOUISTIQUE ZT LA PHXIiOXiOGZX.

Quand une science a été cultivée longtemps avec zè!e et succès , on commence à s'apercevoir qu'elle est capable de produire des fruits de diverses sortes, tous utiles, mais différents entre eux d'après \\ manière de culture qu'on y applique. Ce n'est que depuis peu de temps que la science qui a pour objet la Langue en général, s'est séparée en deux branches distinctes. L'une, qui s'appelle la philologie, étudie la langue pour arriver par là à la connaissance de l'essence intellectuelle des nationalités; la philologie appartient à l'histoire. L'autre s'appelle la linguistique i elle ne s'occupe point de la vie

historique des nations : elle est une partie de la physiologie de l'homme.

La philologie ne saurait exister que là où il y a delà littérature; elle se sert de la langue comme d'un organe pour étudier la vie intellectuelle et morale d'une nation. Le linguiste, au contraire, fait des recherches même sur Fidiome d'une nation dépourvue de littérature, d'un peuple étranger à Tart d'écrire. Il y a une philologie de Tantiquité dite classique; il y a une littérature chinoise, indienne, germanique, romane, slave, etc. Dans chacun de ces cercles, nous voyons la manifestation d'une nationalité historique, d'une famille de peuples qui ont brillé par beaucoup d'activité intellectuelle. Nous n'avons point une philologie des idiomes américains, parce que leurs peuples n'ont ni histoire ni littérature proprement dites : mais cela n'empêche pas ces idiomes d'être des objets éminemment importants pour la linguistique.

La philologie s'adresse ainsi à l'histoire, et celleci ne peut commencer que là où la libre volonté humaine a pris son essor; la linguistique étudie les langues sous le rapport de la nécessité naturelle. Le rossignol ne saurait jamais chanter comme l'alouette : il en est de même quant à l'élément primitif des différentes langues humaines. Or, tout ce

dont la libre volonté de l'individu ne peut changer l'organisation fondamentale, appartient à la Nature, et nullement à l'Esprit. La méthode de la linguistique diffère donc totalement de celle des sciences historiques, elle doit être la méthode des autres sciences naturelles (1).

Les résultats de la linguistique sont par conséquent en général plus sûrs que ceux des sciences historiques, parce que l'arbitraire individuel ou subjectif y est pour peu de chose. La linguistique travaille dans la sphère des lois naturelles inaltérables, en dehors du domaine des volontés humaines.

Les sources où la linguistique puise sont aussi limpides^ aussi pures que celles des autres sciences naturelles. Pour les sciences historiques, au contraire, il s'agit avant tout de la critique, et la critique historique ne se base que sur les lacunes dans nos connaissances; lacunes qui ont leur origine dans la volonté et dans l'activité de l'Homme. Une critique de cette sorte est étrangère à la linguistique, comme à toutes les autres sciences naturelles : celles-oi n'ont recours à la critique que quand

(i) Nous discuterons plus tard explicitement les rapports qui existent entre l'Histoire et la Langue.

LANGUES DE l'eUROPE.

elles sont obligées de s'occuper de traditions historiques.

De même, ce ne sont que des fragments de langues fournis par la tradition historique qui nous font réclamer le secours de la critique historique. Mais ce ne sont que des cas isolés. La philologie, au contraire, ne peut faire aucun pas sans la critique; la philologie est une science historique.

Le champ sur lequel la philologie et la linguistique se rencontrent se divise en deux sections. Tout ce qu'il y a dans la langue de naturel, c'est-à-dire provenant de l'essence naturelle de l'Homme, et mis en dehors de l'influence de la volonté, c'est la science des formes, elle appartient à la linguistique. Tout ce qui, dans la langue, dépend de la pensée et de la volonté individuelles, la syntaxe, et encore plus le style, sont du domaine de la philologie.

Ces deux sciences se prêtent souvent un appui réciproque; seulement, il faut, je crois, renoncer à être productif dans toutes les deux à la fois. On doit avoir un talent particulier pour chacune d'elles. Le linguiste est comme le zoologiste, le botaniste, le minéralogiste ou tout autre savant qui, en étudiant les sciences naturelles, doivent avoir un coupd'œil général sur le règne entier des animaux, des végétaux, des minéraux même, s'ils ne s'occ.u-

pent spécialement que d'une seule série, d'une seule famille des êtres naturels; le linguiste, en n'étudiant profondément qu'une seule langue, est obligé à bien connaître le régne tout entier des langues.

Nous allons voir qu'une classe de langues supérieures renferme celles des langues inférieures, non explicitement, mais implicitement; comme des moments effacés f dit le langage philosophique; il en est absolument de même quant aux classes d'animaux supérieurs et inférieurs. Le linguiste doit donc connaître toutes les langues tandis que le philologue se contente d'en approfondir une ou deux. La comparaison des langues est une fonction tellement caractéristique de la linguistique, qu'elle est même devenue son synonyme.

Le philologue ressemble a un cultivateur qui laboure avec deux chevaux un champ fertile; il lui suffit de bien connaître ses animaux, de savoir les traiter convenablement.

Le linguiste ressemble à un zoologiste, qui n'a guère besoin de ce genre de con naissances pratiques, mais qui, en revanche, pour étudier théoriquement l'espèce equus caballus^ doit étudier toutes les aulres espèces.

La linguistique, comme toute autre science na*

turelle, ne date que de notre époque. Ce n'est que le dix-neuvième siècle qui a commencé à comparer les langues d'une manière correcte , rationnelle , logique, d'après leur structure grammaticale. Â la fin du dernier siècle, on se bornait à comparer les mots de l'une à ceux de l'autre. La philologie, au contraire, cette science historique, existe depuis bien longtemps.

ESSXBTCS £T CXiASSXFICATXOSr DES XiAirCUES,

L'activité de l'esprit, en se manifestant sous les formes de la pensée, a besoin de la langue, abso-* lument comme l'esprit a besoin du corps. On ne peut penser que par et dans une langue ; plus elle sait exprimer toutes les émotions et tous les mouvements de l'esprit sous des (orme^ acoustiques ^ c'està-dire par des mots, plus elle est rapprochée de la perfection» Une langue, au contraire, est d'autant moins perfectionnée que son expression acoustique reste en arrière, en ne donnant que les abréviations de la pensée.

Quand on pense, on met les conceptions, les no-

tiens, dans tel ou tel rapport, dans telle ou telle relation. Ainsi, chaque langue peut être décomposée en deux éléments : des notions d'un côté, et des rapports de l'autre. Les notions, les représentations, sont en quelque sorte les matériaux de la langue ; les rapports entre elles font sa forme. Une langue parfaite devrait exprimer d'une manière acoustiquement complète ses éléments matériels et ses éléments formels ; les langues imparfaites se contentent de signaler plus ou moins les rapports entre les notions et les représentations.

On appelle significations ces notions et ces représentations.

On peut donc dire que l'essence d'une langue se base sur la manière dont elle exprime acoustique' menty c'est-à-dire par un mot, les significations et les rapports (ou relations).

Une langue n'a point d'autre élément que ces deux-là : significations d'un côté, rapports ou relations de Tautre.

La signification^ exprimée par un mot, s'appelle racine; elle peut être séparée de tout mot qui exprime le rapport : par exemple ctutttov en grec (je battais) se compose d'abord de rutr, seul mot de racine, mot de signification, et puis de plusieurs mots de relation : e — , exprimant le rapport du

8 LANGUES DE l'eUROPE.

passé; — t — , le rapport du présent; — ov, enlin, le rapport delà première personne du singulier ou de la troisième du pluriel.

Ainsi, pour bien définir le mot, il faut dire qu'il est un produit à la création duquel ont concouru la signification et la relation. C'est de l'expression acoustique de l'une et de l'autre que dépend la formation du mot, puis la construction de la phrase, enfin le caractère entier de l'idiome. Une racine n'apparaît d'une manière bien déterminée que par l'expression acoustique de la relation : c'est de la sorte qu'une racine doit revêtir ces diverses figures appelées adjectif, substantif, verbe, cas, mode, temps, etc.

Nous entendons ici la formation du mot dans le sens le plus large, et non-seulement, comme les grammaires aiment à le faire, dans le sens si étroit de la formation de racine et de thème; nous y adjoignons encore la déclinaison et la conjugaison, qui, elles aussi, se basent sur l'expression de la signification et de la relation.

Or, il peut arriver que, seule, la signification se trouve exprimée phonétiquement, et que la relation ne l'est point. Certes, la relation n'y manque jamais, elle peut pourtant rester latente, et dans ce cas elle doit être rendue par n'importe quelle autre mani-

feslation, par exemple par la place qu'on lui fait occuper dans la phrase, par Taccentuation et Tîntonatîon, par le gesle, etc., etc.

Il y a en efTet des idiomes qui, pour exprimer la relation entre les significations ^ se servent de ces moyens détournés. Cela se fait dans les langues monosyllabiques, et principalement dans la langue chinoise. Une langue à monosyllabes ne se compose que de racines, de mots exprimant une signification, et qui renferment implicitement la relation. Ici les catégories des mots ne sont pas distinctes par des sons acoustiques particuliers, et le même mot, le même son, peut représenter un substantif, un verbe, une particule, un nominatif, un génitif, un temps présent, un temps passé, un subjonctif, un indicatif, un actif, un passif, etc. Les distinctions ne se font principalement qu'à Taide de la place qu'on donne à ce mot dans la phrase; cela lui imprime le cachet spécial de telle ou telle relation.

Ces idiomes sont monosyllabiques puisque les racines (les mots signifiants), dans toutes les langues qu'on a étudiées jusqu'à présent, sont des syllabes simples. La simplicité, l'unité de Vidée doit se refléter également dans Funilé du son^ c'est-àdire dans une syllabe unique. Ici le mot n'est pas encore devenu un organisme, une multiplicité de

10 Ljl5r;UE8 DE l' EUROPE.

dîiter% membres : le mot n'est ici qu'une unité ferme ei iiéebe comme un cristaL

Il exi^^te cependant un trajet presque insensible entre ce principe rigoureusement unitaire et Tapposition d'un son déterminant, d'une relation^ à côté du son dengnijicatàan. Pour exprimer ici la relation, on choisit surtout soit des sons ayant une signification générale : par exemple homme ei femmes pour désigner le sexe, soit des racines de relation, pronoms, c'est-à-dire des racines qui avaient primitivement une signification très - générale ou qui l'ont reçue plus tard.

Les compositions de cette sorte existent déjà dans les idiomes monosyllabiques ; mais quand elles augmentent en nombre, le caractère de l'idiome devient peu à peu tout autre. En effet, quand la relation s'exprime par des mots qui s'attachent, qui se collent, pour ainsi dire, à la (in du mot de la signification resté Immuable, alors le signe si caractéristique de ridiome monosyllabique cesse de subsister : le mot significatif ne renferme plus le mot relatif; le mot relatif Vient d'obtenir une existence à part. Tous ces mots do relation commençaient par être des mots de signilicotion, et ce n'est que plus tard qu'ils ont été altérén, défigurés, et qu'ils finissaient presque Niins exception pur devenir des mots de relation.

Voilà la deuxième grande classe de langues, celle des langues d! agglomération ou d'agglutination ; elles procèdent par voie purement et simplement mécanique. Cette classe comprend beaucoup de subdivisions, selon la manière plus ou moins intime dont les mots de relation s'attachent soit à la racine, c'est-'àHlire au mot de signification, soit entre eux. Quelquefois les mots affixés existent encore comme s'ils n'étaient que des mots isolés ; on les voit isolément, on les entend isolément ; quelquefois, au contraire, il y a là une fusion tellement étroite, que la langue agglomérante se rapproche visiblement des langues de la troisième classe, des langues à flexion.

Toute catégorie et classe intermédiaire, — c'est un fait constant observé par les naturalistes, — est représentée par un nombre très-considérable d'individus; de même, cette classe intermédiaire des. idiomes compte une grande masse d'individus, ou plutôt la plus grande partie de toutes les langues du genre humain. C'est là que le mot se forme par des membres; voilà une différence fondamentale d^avec les langues monosyllabiques. Mais ces membres ne se confondent pas encore en un seul organisme entier; voilà leur différence fondamentale d'avec les langues à flexion. Le mot n'y est donc qu'un

12 LANGUES DE l'eUROPE.

composé de plusieurs mots conservant encore chacun une sorte d'individualité. C'est comme le végétal, tandis que la première classe doit être comparée au minéral.

Dans la première classe^ nous rencontrons l'unité la plus rigoureuse, mais sans l'expression particulière des relations.

Dans la deuxième classe, nous rencontrons l'expression souvent Irès-explîcite des relations à l'aide des mots afiixés ou attachés , mais aux dépens de l'unité.

Dans la troisième classe, enfin, nous trouvons la signification et la relation incorporées dans des mots particuliers, et cela sans déroger à l'unité. Voilà certainement la classe la plus élevée, la plus riche, la plus féconde, la plus flexible; elle seule reflète, mieux que les deux précédentes, les mouvements de l'âme et de l'esprit, l'acte de la pensée, dans laquelle, on le sait, il y a fusion complète de la signi* ficatîon et de la relation, qui se pénètrent réciproquement. Ce qu'il y a de grandiose dans ce triple développement, c'est que sur le premier échelon nous voyons, conformément à la logique de Hegel, Yidemilé sans différences^ l'identité pure et simple de la signification et de la relation ; sur le deuxième échelon, nous découvrons la différenciation de la si-

INTRODUCTION. iS

gnification d'avec la relation, à l'aide de mots spécialement affectés à manifester l'une et l'autre; sur le troisième échelon, enfin, cette différenciation, cette séparation, se renferme de nouveau pour reconstituer Vunitéj mais unité infiniment supérieure à l'unité de l'identité primitive, puisque cette seconde unité est le résultat de la différence précédente. Cette seconde unité n'est plus le contraire pur et simple de la différenciation ; elle l'a absorbée, digérée et assimilée, pour ainsi dire ; bref, elle agit comme le vrai organisme vivant, comme l'animal. Les idiomes à flexion sont donc les êtres les plus parfaits de tout Iç Règne de la Parole; dans ces idiomes le mot est devenu ïunité de la multipliacité des membres ou des organes, c'est-à-dire l'organisme animal unitaire et multiple à la fois.

Du reste, cette dernière classe est cohérente avec la classe agglomérante par des formes intermédiaires ; on rencontre assez souvent parmi les langues agglomérantes des phénomènes isolés qui rappellent la flexion. Nous verrons dans cette troisième classe une subdivision, comme dans la deuxième.

Ce système de la Triade, de la véritable et unique Trinité (il n'y en a pas d'autre) qui se manifesté et dans la Nature tout entière et dans l'Esprit tout entier, embrasse nécessairement toutes les

iA LANGUES DE L*EUROPE.

langues du globe, celles qui ont existé, celles qui existent, et celles qui existeront. Certes, beaucoup de laagues nous sont inconnues, mais il est aussi certain qu'une langue qui ne cadrerait pas avec ce système, qui n'appartiendrait pas à une des trois grandes classes susmentionnées, serait une langue impossible. Voilà encore de la logique pure et simple, hors laquelle il n'y a ni salut ni même existence.

Quant aux rapports entre les trois classes, il est évident que la deuxième et la troisième sont plus rapprochées Tune de l'autre que de la première; dans la classe première il y a une lacune fondamentale, puisqu'il y manque un des deux facteurs qui produisent la langue (t).

HIBTOiaB DB XiA X.ANGUE.

Ce que nous avons vu se manifester dans le système des langues comme classe^ ou, ce qui revient au

(i) Le texte allemaDd dit : « L^unité de Fidiome à flexion a atfyehohen la différenciation de Tidiome aggloméré et de ridiome monosyllabique. » J'ai traduit ici le verbe auflieben par absorber, digérer et assimiler. Ce mot allemand est un exemple frappant de la grande lucidité idéale de la

môme, dans l* Idée de la Langue comme momentumy nous espérons le retrouver dans le développement historique de la Langue comme époque ou période historique, puisque tout développement a cela d'essentiel, de faire apparaître l'un après l'autre dans le cours des temps ce que l'Idée renferme en elle comme des momentum coordonnés, et ce que le système contient comme des parties l'une â côté de l'autre.

Cette loi suprême ne se borne nullement au développement des sphères intellectuelles proprement dites (par exemple, de la philosophie). Il ne faut point croire que la Langue, comme appartenant au

ue allemande, puisque, tout en ayant au premier coup d'œil deux significations diamétralement opposées, il ne les a que parce qu'elles sont unies ou identiques au fond, quand on les regarde d'un point de vue supérieur. AuJhebeR en efifet signifie littéralement lever, enlever (en latin, tolUre); or, ce qu'on a enlevé, on peut soit le conserver ailleurs, soit le détruire. Ainsi donc aufheben réunit réellement les deux sens opposés, "Kf/re quelque chose de côté pour le garder, et annuler. Le magnifique et profond langage dialectique de Hegel se sert surtout de ce mot incomparable pour exprimer l'idée de la croissance organique, de la filiation des époques historiques, etc. Dans chaque phénomène vital supérieur, l'observateur dialecticien retrouve le phénomène précédent, mais absorbé^ *léprimè à l'état de simple trace, ombre, uu, comme dit Hegel, de momen- ^^ : ainsi, dans Ihomme achevé, vous avez cncure le jeune homme et 1 enfant; dans le fruit, vous avez la fleur avec ses inities particulières ; dans letat social avancé, vous avez les résultats antérieurs moins complets^ etc.

{Le Traducteur.)

côlé naturel ou non libre de l'Homme, soit exemple de celte loi, qui se montre aussi dans la série des organismes naturels (1): dans Vlnsloire naturelle An globe terrestre, par exemple. Le Cristal, la Plante, l'Animal, ces trois apparitions de la Nalure, expriment à la fois trois moments (momenlum) dans l'Idée de l'Organisme, trois divisions dans le Système des Êtres naturels, et trois époques dans le Développement du Globe.

Je me suis trompé, quand j'ai dit, Histoire comparée des Langues f page 2, etc., que la Langue appartient à la sphère spirituelle de l'homme, parce qu'elle possède une histoire, et qu'il n'y a d'histoire que dans celle sphère. Certes, la Langue aussi manifeste un développement successif, qu'on peut appeler histoire dans un sens plus large de ce mot; mais ce développement n'est point un signe caractéristique de la libre sphère spirituelle ^ et il se montre de la manière la moins déguisée dans la spère naturellej c'est-à-dire dans la naissance, la croissance et la mort des végétaux et des animaux. Mon erreur provenait de ce que je confondais alors leDéveloppement en général et YHistoirc proprement dite.

(i) L'auteur, comme bé{i;élien , maintient la difTérence entre Esprit « liileliigence, Liberté d*un côlé, et Nature, Nou-Liberté ^de Tautrc (/l^ Traducteur),

La Langue et TEspril, il est vrai, se louchent, absolument comme la Nature et l'Esprit se touchent aussi; il y a là même identicité; mais l'identicité, c'est l'union inséparable de deux choses diverses, dont l'une sous .beaucoup de rapports peut être opposée à Tautre.

Nous avons ainsi le droit de nous attendre à voir dans le cours des siècles les idiomes s'élever par degrés de Tétât monosyllabique à Tétat d'agglutination , pour aboutir enfin à Tétât de flexion. Or, au premier coup d'œii nous en apercevons précisément le contraire; plus nous remontons le courant de ce fleuve, appelé idiome^ plus il se montre développé. Le latin, par exemple, est plus riche en formes que les idiomes romanisés d'aujourd'hui ; les langues modernes de Tinde qui dérivent du sapskrit sont tout à fait dégénérées^ quand on les conîpare à la perfection sublime de leur noble mère, et le chinois de nos jours est tout aussi monosyllabique que celui des monuments les plus anciens. L'expérience démontre que dans les temps historiques les langues déclinent, et nous n'assistons jamais à la naissance d'une langue nouvelle. Eh bien! en voyant aux premiers rayons de THistoire la Langue déjà si richement développée ,

nous en inférons avec raison que la formation do

18 LANGUES DE l'KUROPE.

ia Langue avait lieu avant VHhioiro. Une nation ne saurait entrer dans l'arène delà politique^ quequaud elle aura achevé sa langue nationale. L'Esprit se nfianifeste par deux activités distinctes, qui s'excluent Tune l'autre : d'abord la formation de là Langue, puis la formation politique de THistoire. Au commencement, l'esprit national a produit la langue nationale, et c'est ce même esprit qui produit plus tard la nationalité. Il y a un parallèle entre Tépoque anté-humaine du Globe et l'époque anté-historique de l'Homme. Dans l'époque antéhumaine du Globe il n'y avait pas de conscience humaine, et dans Tépoque anté-historique de l'Homme il n'y avait pas de liberté humaine. Dans l'époque anté-humaine l'Esprit était comme absorbé parla nature, et dans l'époque anté-historique il ne s'était pas encore dégagé du son. H en est autrement dans l'époque actuelle du genre humain; aujourd'hui l'Esprit s'est concentré dans l'Homme^ et cela en se dégageant des sons, pour se constituer libre. D'un autre côté, la Nature, si puissante, si "violente, si abondamment créatrice dans les époques antérieures de notre globe, est enfin descendue à la simple reproduction, elle n'engendre plus rien de nouveau, depuis que TEsprit universel (l'Ame de l'Univers) est entré comme

Conscience du Moi dans l'Homme; l'Homme, voilà ia véritable microcosme. Dès le moment où THomme commença à se reconnaître lui-même dans ce qu'on appelle Histoire , il a fatalement cessé de créer la Langue, cette image reflétée de son essence : il l'avait créée, mais à une époque où il ne possédait pas encore conscience de lui-mémo. Cette épo^ que est au delà de toute histoire, au delà de toute mémoire. Depuis il n*y a dans les idiomes que de la reproduction, au lieu de créarion, en même lemps qu'il y a de plus en plus de la dégénérescence dans les races des idiomes {Histoire comparée des Langues y p. 17).

Aussitôt que l'Histoire prend naissance, aussitôt que l'Esprit, au lieu d'engendrer les sons, se met vi8-à-\îs d'eux pour s'en servir, la Langue ne peut plus se développer ; elle commence à effacer peu à peu ses particularités caractéristiques. Il y a donc deux époques totalement distinctes dans l'histoire des idiomes : d'abord l'histoire de leur développement, c'est l'époque anté-hislorique, puis l'histoire de leur décadence, c'est l'époque historique.

Vouloir remonter encore plus en arrière, vouloir encore rechercher les lois qui ont présidé à la création des sons de signification^ cela nous paraît être une tâche entièrement inutile. Nous nous

20 LAMbLLS D£ L'EUROPE.

coQientoos du dé^eioppemeni de la Langue, ce qui constitue sesformeiÈ, et nous supposons sa ma* iiére, sa substance phonétique ou acoustique, qui sert pour ainsi dire de matière première à ce développement } ce sont en d'antres termes les racines ou les sons de signification. Comment cette matière première, commune à tous les idiomes , comment les racines ont-elles pris origine ?

Cette question, qui a été posée plus d'une fois, est probablement tout aussi insoluble que la question relativement à Torigiae d'un organisme quelconque. On peut bien comprendre le rapport général entre la Langue et l'Esprit, mais il n'en est pas de même quant à la question suivante : « Pourquoi cette racine a-t*ellecettesignilication particulière?» Ce qui veut dire : « Quel est le rapport qui existe eatre la signification et le son, le mot ?» La création des sons est, comme la Nature en général, un acte immédiat, spontané, artistique et non réflectifj il n'y a là rien à faire par la voie d'analyse.

L'époque primitive ou anté-historique ne saurait ôtrc reconstruite pour notre méditation que d'après l'essence des idiomes existants : ce n'est qu'alors que nous voyons clairement, en les observant et disséquant pour ainsi dire, que le monosyllabume était l'élément primaire, puis est venue Uaggluiinor

lion, el en dernier lieu la flexion. Les langues monosyllabiques se sont les premières arrêtées dans leur développement. On voit à la construction des langiies agglutinantes qu'elles se sont développées du monosyllabisme; de même les langues à flexion. En d'autres termes, Tagglutinalion renferme lé monosyllabisme, la flexion renferme à la fois le monosyllabisme et l'agglutination, comme des momenmm'disparus, qui n'y ont laissé qu'une trace plus ou moins perceptible.

Décomposer les langues d'une classe supérieure et les réduire au monoBvilabisme, rechercher dans les langues de flexion les racines monosyllabiques qui ont produit peu à peu par voie de composition les organismes des mots : voilà la tâche principale de la grammaire explicative.

Nous voyons que certaines langues n'ont pas atteint au degré le plus haut, celui delà flexion; nous voyons également qu'il y a certains êtres qui n'ont pas atteint au niveau de l'organisme animal. La substance de la langue d'un côté, là substance organique de l'autre, n'ont pas partout obtenu leur développement complet. Sur chaque degré, sur chaque échelon intermédiaire il existe des parties (le cette substance, qui y sont pour ainsi dire pétrifiées; chaque période du grand développement

22 LANGUES DE l'eUROPE.

continu a laissé derrière elle un représentant.

On a beaucoup discuté sur la priorité du Yerbe et du Substantif dans la grammaire historico-pbiiosopbique; cette discussion est nulle au fond. Le mot, en etfet, ce son indifférent portant une signifia eatiouy est à ia fois Substantif et Verbe, selon la relcftion dans laquelle il est senti; tandis que, selon ridée, toutes les parties de la parole humaine existent déjà de prime abord, du moins implicitement. Ainsi, même lorsque la signification seule était exprimée, la relation était cependant «enri^^ sous-èntendue; en chinois, par exemple, on s'aperçoit trèsbien si un mot chinois doit se traduire dans notre langue par un verbe, ou par un substantif, et cela quoique le mot chinois ne manifeste point ces deux sens par cf^Ko^formes distinctes. MaisquandThomme exprime les relations par des distinctions phonétiques ou acoustiques, les parties dé la phraise vont se séparer phonétiquement les unes des autres; ainsi, par exemple , aussitôt que le verbe a revêtu une forme extérieure, le substantif assi a reçu en même temps une autre forme différente de celle-là. Le verbe et le substantif se trouvent dans un contraste nécessaire, mais il n'y a pas là de priorité: il y a synchronisme complet.

Dans la croissance de la langue on jjyeui remar-

quér une marche ascendante et régulière : il en est de même dans sa décroissance. Plus l'esprit se déploie dans le courant de l'histoire, plus il se dérobe au son ; les flexions vont par conséquent s'affaisser, pour ne pas dire s'effacer; tout luxe va disparaître; les éléments phonétiques l'un après l'autre ne seront plus sentis dans leur signification, ils vont se plier aux lois physiques des organes phonétiques et acoustiques. Ces lois exerceront beaucoup d'influence sur Torganisme de la parole par des assimilations et des décompositions phonétiques de toute sorte. Cette induence est semblable à celle que les orgaiVismes morts des planles ut des animaux ont à subir de la part des lois chi-* miques. Et ce n'est pas la théorie apriorique seule, c'est aussi l'expérience matérielle qui fait Toir que l'Histoire Nationale et l'Histoire de la Langue sont en rapport inverse. Voyez les nations de la civilisation moderne; toutes ont eu une histoire politique et sociale fortement agitée, et aucune, appartenant à la grande souche indo-germanique, n'a pu conserver la perfection primitive de son idiome. N'oubliez pas non plus que toutes ces nations, les véritables pionniers et architectes de la civilisation humaine, se sont mises en contact permanent entre ^Ues; c'est encore là un motif, du moins accès-

24 LANGUES DE l'£1}R0P£.

soire, de la décroissance des idiomes primitifs. Quelle énorme différence enlre les idiomes romaniques ou germaniques (surtout Tidiome anglais) d'un côté, et Tidiome lithuanien de l'autre ! Ceuxlà, appartenant à des nations profondément et depuis longtemps travaillées en tout sens par les luttes de Tesprit, ont perdu beaucoup de leur richesse primitive; tandis que l'idiome des Lithuaniens, qui n'ont eu ni une histoire ni une littérature riche et fécondç, s'est maintenu dans son originalité antique et naïve.. Les langues slaves, de même, se montrent à l'observateur comme des langues dont les possesseurs n'ont pas encore achevé leur développement politique et social. La langue norvégienne, telle qu'elle se parle aujourd'hui dans Tile dislande, ancienne colonie des Norvégiens, possède, encore presque toutes les richesses formelles de Tantique langue du Nord; tandis que celle langue a beaucoup dégénéré chez les Suédois, les Danois, et même chez les Norvégiens du continent. Pourquoi? Parce que les habitants de l'Islande restaient étrangers aux mouvements de l'Europe, el que les Suédois, les Danois, et les Norvégiens proprement dits, ces trois branches du grand arbre nordiandais, participaient et participent constamment à l'histoire universelle du con*

tinenl européen. I^s grandes époques, celles qu'on pourrail appeler les cataclysmes des races et des sociétés, sont accompagnées d'une rapide décroissance des idiomes*, la migration des peuples vers, l'empire romain était suivie d'une dégénr escence subite des langues romanes et germaniques.

La manière.dont cet affaissement formel s'opère est partout la môme au fond, parce qu'il existe une ressemblance fondamentale dans la nature de toutes les nations et, par conséquent , dans leurs organes phonétiques et acoustiques. Ainsi, il y a deâ mutations qui se font dans certaines combinaisons phonétiques chez les nations les plus diverses absolument d'après la même méthode; on voit se présenter peu à peu les mêmes changements dans les langues monosyllabiques ^ dans les langues d'a^ glutination, et dans les langues de flexion. C'est là quelque chose de surprenant à la première vue, et qui ne s'explique parfaitement que par la nature physiologique des organes de la voix humaine, qui sont identiques partout et toujours.

Un fait qui se reproduit dans toutes les langues qui norarchent avec la civilisation, c'est qu'elles perdent \si prosodie (h longueur et la brièveté) de leurs syllabes, et qu'elles )a remplacent par Yâcceni : voyez les langues latinisées vis-à-vis du latin.

26 LANGUES DE l'eUROPE.

Les langues d*ane organisation supérieure, celles de flexion, ont en outre le désir de simplifier leurâ formes grammaticales. Elles coupent, par exemple, souvent les terminaisons de flexion, les cas de déclinaison, en leur substituant des prépositions; le verbe a perdu les formes des temps et des modes, il les remplace par des verbes dits auxiliaires, et se voit obligé d'y ajouter les pronoms personnels, parce que les terminaisons personnelles se sont effacées à leur tour, ou que, si elles restent encore debout, elles ne sont plus senties par l'oreille comme telles. De cette manière se trouve presque rompue la vieille synthèse qui existait entre la signification et la relation; ces langues secondaires à flexion descendent sur le deuxième plan, celui de Y agglomération^ et la vraie flexion ne s'y maintient souvent que dans le cas où le radical lui-même est changé. Ce qui s'était dit par un seul mot, ne se dît plus que par plusieurs : en laiin matri^ en italien alla (c'ôst-â-dire ad la) madrée en français à la mère; — amor, io sono amato, je suis aimé. Cela a fait appeler ces langues des langues analytiques.

Un autre signe de la décadence formelle, c'est l'afiaiblissement du pronom démonstratif, et plus tatni encore du mot de nombre im, jusqu'à ce point que l'un et l'autre finissent par devenir l'article:

60 latin honio, piscisj sigaifient aussi bien un homme, un poisson, que Thomme, le poisson ; ma» dans les langues modernes on a, en allemand» t der < Mann, der Fisch, ein Mann, ein Fisch; » Thomme (/e, la vient de illcj illa^ comme cet, cette de iste^ ista) et le poisson, un homme, un poisson. Quand les terminaisons . des déclinaisons du nom ont été usées, il a besoin de l'article; de même le verbe ^ quand il a rejeté ses terminaisons, ou quand elles ne sont plus senties comme jadis, ne peut se passer des pronoms personnels, qui deviennent ainsi de véritables pro-verbes. Les pronoms personnels sont pour le verbe ce que Tarticle est pour le nom. Les antiques formes finales, si abondantes et si multiples, font place à un nombre restreint de quel* ques formes prépondérantes; cette analogie mono* tone des terminaisons est un signé caractéristique de là dégénérescence : homme, latin homo; rose, rosa; cor^ corne, cornu; latin bomine^^ rosoe, covaua, s'affaiblissent en français à devenir hommes, vosesj corne* ou cor*, c'est-à-dire que la consonne fmale s en français a chassé par voie d'analogie toutes les autres terminaisons si variées e*, cie, a, etc.

Est-ce que de la sorte les langues à flexion pourront redescendre à l'état d'agglutination, et même à l'état monosyllabique? Ce n'est guère probable, maïs, ce

qui est certain, c'est que des langues à flexion qui sont tombées en ruines, ne pourront jamais se relever de nouveau à leur hauteur primitive. Du reste, il est prouvé, ce me semble, que les idiomes monosyllabiques et agglutinants de nos jours ne doivent point passer pour d'anciennes langues à flexion retombées à l'état d'enfance; comment l'expliquer, entre autres , quand il est constaté que ces peuples n'ont point eu une histoire extrômement agitée de la pensée? Leur littérature aurait dû être singulièrement puissante et volumineuse, et cependant comment expliquer la disparition complète de cette littérature^ Quant au chinois monosyllabique, on en possède des monuments de la plus haute antiquité, qui suffisent pour détruire toute idée d'unç perfection précédente au monosyllabisme, et quant aux idiomes agglomérants, ils ne proviennent, à en juger d'après l'état actuel de notre science, que du monosyllabisme, et nullement de la flexion.

Or, il se présente ici une autre question impor* tante :

Quelle est la cause de cette décadence ?

Cette cause existe en dehors de la libre volonté , elle est au-dessus de toutes les langues. L'histoire sociale d'une nation^ surtout sa littérature, pourra accélérer ou retarder la décadence de son idiome,

mais n'oublions pas que la point de départ de cette décadence existe dans la nature humaine. C'est donc la linguistique, science de la nature humaine, qui aura à étudier l'histoire de l'idiome. La linguistique ne peut se passer de l'histoire de la langue humaine, principalement quand il s'agit des idiomes modernes.

L'altération continuelle des sons se montre clairement dans le rapport entre l'écriture et la prononciation. L'alphabet d'une langue peut nous fournir une image assez nette de la prononciation, à l'époque où il y fut introduit, — abstraction faite de l'impossibilité matérielle de nous représenter chacune des nuances si multiples de la voix et de l'oreille. — Or, bientôt après l'établissement de cet alphabet on s'aperçoit de certaines divergences entre la prononciation et récriture du même mot. Ces divergences vont en augmentant; les sons changent de plus en plus, les caractères alphabétiques restent immuables en montrant une époque du passé, comme l'aiguille d'un cadran arrêté.

L'écriture peut ici adopter deux méthodes :

l'une, c'est de suivre pas à pas les changements

des sons prononcés, méthode phonétique; l'autre,

c'est de se fixer à une prononciation antérieure,

méthode historique (en -français, en anglais, etc.).

30 LAN(;UES DE l'eUROPE.

Cliaciirie deâ deux a ses avantages; on pourrait même se servir de Tune et de Tautre à la fois.

lY.

MÉTHODi: DE XiA XJKGUZSTIQUX.

Le lecteur a va que la Langue est à l'Esprit de THom me comme la Nature en gépéral ast à l'CI^* prit en général (1) ; les trois classes des lapgue$ (monosyllabismej — agglomération ou agglt^tina^ iiofty r-^ fleixian) ont leur analogie dans les trpis elasses des organisnote^ naturels {minéraux y — t végétaux ^ r-r animaux).

U faut noarseiilement étudier les langues^ il faut aussi le$ comparer entre elles; cela est tetlenient vrai, qu'on me saurait bien connaître une seule

(i) Selon le système de la philosophie hégélienne, en effet, V Esprit universel ou Vlntelligence générale, le coiitrairo de la JVaturé ou Matière^ exi^tfi pou-ieuUoiient dans Y Homrna comme ayant conscience d'elle-méoie^ mais aussi dans la Nature ou Matière comme n'ayant point conscience d'elle-même, bien que cet ïspfit dans la Nature se ibanifeste ,en lois : ainsi, les Astres, les Minéraux^ les Tégélaux, les Animaux, se composent et ça^gilent d apriès des lois, majs sans les savoir. L'Homme seul les sait. {Le Traducteur).

langue, qu'en connaissant toutes les autres el en les embrassant d'un coup d'œil pénétrant et général. Or, nous avons déjà vu que la matière à comparer esl précisément l'expression phonétique de la signification et de la relation ; c'e8t*à-dire la formation des mots, la grammaire. Étudions donc profondémenravant tout la grammaire; l'observation la plus minutieuse étant l'unique moyen d'arriver à quelque résultat sérieux dans les sciences naturelles. Cette observation doit se fairQ par la personne elle-même, il ne suffit point de s'en remettre à 4^autres ; le minéralogue, le botaniste, le physiologiste, le physicien, le chimiste, sont dans le mêiqe cas que le linguiste : il faut pénétrer dans les secrets des organismes naturels, comme dans ceux des idiomes, par sa propre force intellectuelle*

Le vrai linguiste n'adqpte pas l'opinion d'autrui, le vrai philologue ne souscrit pas à une citation d'autrui, sans les avoir vérifiées.

Dans les langues récentes, la route d'observation est presque toujours peu commode, à cause des altérations qu'elles ont subies dans leur décadence. U est nécessaire de remonter le fleuve d'une langue jusqu'à sa source pour y reconnaître sa configuration primitive, et si cela ne peut se faire parce que

32 LANGUES DE l'eUROPE.

ses anciens monuments nous font défaut (comme par exemple dans les idiomes slaves), il faut ébaucher son iniage primitive d'après ses analogies avec d'autres idiomes.

Alors nous pourrons à notre aise établir des comparaisons grammaticales entre la langue que nous avons choisie pour point dé départ, et les autres langues.

. Cette comparaison rigoureusement scientiûque des organisations de langues, a cela de comniun avec l'étude de toutes les autres organisations naturelles, qu'elles conduit le linguiste à la catégorie du Genre, Lq Genre va en se répétant toujours de nouveau à travers toute la longue série des gradalions.

La philosophie hégélienne définit la catégorie du Genre, comme « n'étant point seulement somme c additionnée, nombre composé d'autres nombres, € mais plutôt une puissance réelle qui non-seule- « ment emhrasse tous les exemplaires individuels, « mais qui aussi les produit, t Cette catégorie ainsi déterminée ne trouve son application que dans la sphère de la Nature; elle ne la trouve pas dans celle de V Esprit. Elle existe de même pour les langues. Erdmann (dans sa Logique et Métaphysique) dit très-bien : « Les Espèces sont des groupes dis-

INTROBCCTION. 33

f joints, classés sous une généralité appelée Genre, I ils ont donc en même tômps le caractère de la « généralité et embrassent des choses disjointes. » Les Espèces sont des Genres qui sont comme des Individualités vis-à-vis d'un autre Genre; ces Espèces, considérées comme des Genres, se subdivisent en Sous-Espèces, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'on arrive à l'Individu. Le Genre lui-même n'a pas d'existence particulière, il. ne se montre que dans la totalité de toutes ses Espèces, et les Espèces ne se montrent que dans la totalitç de leurs Individus. Cette méthode de clossificatioh, —Genre, Espèce, Sous-Espèce, etc., — constitue l'essence des systèmes dits naturels des Sciences naturelles; tandis que les systèmes dits artificiels appartiennent au Rationalisme vain et vide; ceux-ci sont précisément les adversaires de la Spéculation, qui puisé dans l'objetmème. Ces malencontreux systèmes a^/{/?(7ïW« sont, pour ainsi dire, iissez capricieux pour s'attacher arbitrairement à un phénomène particulier, d'après lequel ils s'efforcent à diviser et à subdiviser la sphère entière; c'est comme si vous vouliez, par exemple,, classiiier les langues d'après la manière dont elles forment le nominatif, ou le subjonctif, ou autre chose. Un système naturel ^Siu contraire, ^uit strictement la totalité de son objet*

34 LANGUES DE l'eUROPE.

Pour apprendre quelles sont les divisions les plus générales, les classes des idiomes, les espèces constituant le genre Langue, il suffît souvent de ne pas pénét/rer jusqu'aux entrailles mêmes de l'objet; il en est bien autrement quand il s'agit de mettre à leurs places des langues à flexion extrêmement dégénérées. Les trois formes générales {monosylla-btsme^ agglutination, flexion) ne diffèrent entre elles que par des distinctions purement formelles. On n'a ici qu'à faire attention si et comment la relation y est exprimée ; on n'est pas encore obligé d'observer si la relation et la signification sont désignées par des sons matériellement analogues.

L'expression matérielle des relations suppose déjà celle des sigjiificaUons ^ le mot de relation p'ëtant au fond qu'un mot de signification. Or, selon les ressemblances, les analogies, dans cette exprès* sîon, l'observateur parvient à diviser ïes trois grandeis classes (langues monosyllabiques, langues d'agglutination, langues de flexion) en groupes : ce sont les espèces des genres. Pour reconnaître la formation Qt la signification les plus anciennes des mots de relation, il faut ai^alyser les langues d'organisation supérieure, en les décomposant et en les ramenant à leurs degrés iniférieurs ou précédents. Cette activité de l'historien linguiste s'occupe de la

période primitive, où l'idiome a pris naissance, longtemps avant Vhistoire ^litique. — Chaque groupe à son tour , quand on le regarde comme genre, se subdivise^ d'après des lois phonétiques et acoustiques, en espèces, familles, idiomes, dialectes et patois. Il ne faut pourtant pas oublier que cette systématisation compliquée nf existe que chez les langues supérieures qui contiennent des significations et des relations différemment exprimées ; dans les langues inférieures ou monosyllabiques, il né s'agit que des significations.

Quant au style individuel d'une seule personne, il est sans influence immédiate ^r les formes et les lois phonétiques de l'idiome, et ne saurait être regardé comme une subdivision. Il n'en est pas de même du patois, dernière division de la langue ; le patois est toujours le résultat non réfléchi de la concordance non préméditée qui existe entre plusieurs personnes; Le patois est nécessairement de la spontanéité, le style individuel est nécessairement de la liberté. Le patois se fait sans que les quelques individus qui l'engendrent y fassent attention, ou du moins sans qu'ils en aient conscience ; le style individuel se fait intentionnellement et sous l'influence directe de rhoipme individuel. Nous refusons donc au style individuel une place dans

36 LANGUES DE l'eUROPE.

l'échelle sus-meniionaée, nous l'éliminons de la linguistique et V^ihdindounons à Vd philologie.

Les connaissances qu'on a aujourd'hui des langues, ne sont pas encore suffisantes , pour en construire un système parfait dans tous ses détails. C'est principalement sur la deuxième classe, celle des langues agglomérantes, la plus nombreuse puisqu'elle est une classe intermédiaire, que les bonnes observations nous font défaut.

Encore un mot. La méthode .que nous suivons ici, qui est celle des sciences naturelles, est maintenant adoptée par tous les linguistes qui méritent ce nom. Us sont enfin tous d'accord sur la nécessité absolue de ne proclamer la parenté entre plusieurs langues qu'après en avoir étudié leurs qualités grammaticales, et ils reconnaissent tous l'importance des lois phonétiques.

Seuls, les charlatans en linguistique hasardent encore des comparaisons d'après la simple ressem* blance des sons. L'uniformité 4)honétique n'y est pour rien : avâXoyoç en grec et « aehnlich » en allemand SQ ressemblent quant au sens et au son, bien qu'ils soient entièrement étrangers l'un à l'autre; jour en français, au contraire, et dies en latin, viennent d'un même radical (div luire, dies pour div' es : jour de diurnus, giprmo). Si vous ne voulez

pas analyser mot par mot, vous ignorerez élernellement si la ressemblance est Tœuvre du hasard, ou si elle est celle de la parenté. Ainsi, en hongrois, farkas (prononcez farkache), en sanskrit vrkas^ eh lithuanien wilkasj en polonais ivilk, le loup ; en hongrois dejarkj la queue, composée avec la syllabe dérivative a«: tandis que dans IMndo-germanique il y a la racine vrçk^ blesser^ avec la terminaison du cas en — s(i). On rencontre même des emprunts dans la sphère des notions les plus vulgaires : en hongrois szomszed, le voisin; en polonais sasiad et en tchèque saused ; enliongrois hdz, probablement de Taltemand «haus,.» maison» On se tromperait encore davantage si Ton croyait voir une preuve de la diversité d'origine dans la diversité des dénominations des objets dits vulgaires : terray la terre, en grec yri ; arbor, tree^ en grec àv^pwv, Baum^ l'arbre; en arabe qamar et en hébreu ydreaehj la lunej de pareilles différences existent souvent dans le3 langues le plus étroitement liées, même dans les dialectes d'une seule langue.

Avant de proclamer Un mot comme identique tlans deux langues, il nous faudra l'analyser gram-

(i) Foyez Potr, Indogerm^'Spjackstamm dans TEncyclopédie de Ertcb :lGruber.

38 LANGUES DE l'eUROPE.

inaticalement, le disséquer comme font les anatomisles, le décomposer comme font les chimistes. Il nous faudra savoir comment , d'après les lois phonétiques de ces deux idiomes, le mot en question doit être formé dans chacun ; ainsi , par exemple, le s allitéraut du sanskrit ne s'exprime point en grec parc, mais par'; le «est effacé en grec; le a se change presque toujours en c ou o, le f en x ; voilà des changements phonétiques, ou ce qui revient exactement au même, acoustiques qui oot déjà été démontrés à révidence, de sorte qu'on peut avec la plus grande assurance maintenir la correspondance entre le sanskrit maçuras et le grec cxupoç, etc., etc. (i).

Concluons. L'harmonie lexicale entre deux langues, sans l'harmonie grammaticale, ne prouve rien. Une langue peut a^oir emprunté beaucoup de mots^ sans altérer son essence vitale; l'anglajis» malgré rénorme quantité de mots celtiques et romaniques qu'il a adoptés, reste une langue intégralement germanique ; le persan moderne, malgré tous ses mots arabes, reste un idiome d^'Iran; le lurc-os* manli n'a rien perdu de son élément tatare, même ^près s'être affublé d'une masse de mots persans ^t arabes. Le caractère d'une langue consiste dans des

(i) Voye^ Sohott, Ftnmk uktr dk UHmrisekem ^mdàem.

rapports profonds et si puissants, que les mots étran*^ gers empruntés s'y soumettent sans résistance. Bref, il n'y a pas ce qu'on appelle une langue mixte ^ comme il n'y a pas non plus d'organisme na^ turel fhixte; tout être organique n'est qu'une unité énergiquement constituée , circonscrite , repliée sur elle-même, et ayant son*centre enelle-mAnek L'influence des autres idiomes sur une langue ne se borne peut-être pas à la sphère simplement lexicale.

On rencontre des ressemblances surprenantes dans les nuances phonétiques de langues appartenant à des groupes éloignés. Le sanskrit possède entre autres cette singulière sorte de sons connue sous le nom de cérébrales y mais elle existe aussi dans les idiomes primitifs du Dékhan, qui sont ra« dicalement différents du sanskrit, et elle n'existe dans aucune des autres langues du globe; le chinois de Pékin ressemble dans sa prononciation au mantchou (i); Tossète, idiome irano-indo-germanîque, et les idiomes tatares du Caucase^ ont le système phonétique appelé géorgique, qui est propre aux idiomes caucasiques proprement dits; le livonien,. voisin du slave, possède un système phonétique,

(i) Kndlicher, Chines, Grammat,, p. 107.'

40 LANGUES DE l'eUROPE.

presque slave, et se distingue par là énormément de ridiome lithuanien; les Anlaute changeants de l'antique haut-allemand, chez le vieux écrivain Notker, existent aussi d'ans le celtique (1); la langue slave du midi, la langue des Slaves du Danube, est d'accord dans plusieurs points avec les langues romanes,4andis que celle des Valaques ou Dacoromènes poss^e avec Talphabêt slave plusieurs particularités phonétiques slaves, et ainsi de suite. Toutes ces choses cependant ne prouvent rien en faveur de la parenté (entre les idiomes ; elles ont été, comme des mots du dictionnaire, transplantées d'une langue dans l'autre; peut-être encore ne sont-elles que les

conséquences nécessaires de* l'identité du climat

commun à deux nations voisines^.

DES JéANQtXrB% XUaOPSSNNBS EX GÉNÉXiAZ. (a)

En Europe existent des idiomes appartenant à

des familles et même à des classes diiîérentes.

(i) Grimm, Geschichte d, deutschen Sprache^ I. 364.

(a) Voyez Pritchard, Researches info the phfsical history ofmankind.

INJRODUGTION. 41

Ont- ils une origine commune? Sonl-elles^ en (Tautres termes^ toutes sorties d'une même langue priknitîve? Faadra-t-il en dire ce que les théologiens ont dit de l'origine de toutes les races humaines, qui, selon eux, sont issues de deux personnes» de l'homme Adam et de la femme Eve?

A cette question on peut opposer cette autret «

Les langues, comme vous savez, ont pouripots primitifs les mots de signification, les racines; il s'agit donc de savoir si les racines montrent une analogie telle qu'il nous faudra en conclure l'origine commune des langues du globe?

Quant à moi, je crois pouvoir affirmer l'analogie des racines; abstraction cependant faite des langues qu'on ne connaît pas encore assez. Les racines dans toutes les langues connues sont monosyllabiques, et Thomogénéité matérielle s'y découvre même chez des langues de diverses classes : en chinois yii, en tibétan pha^ en sanskrit |7t-tr, en latin jpater, le père; en chinois mu^ en tibétan ma, en égyptien mu, en sanskrit ma-tr, en latin mater.

Je citerai toujours les ouvrages indispensabtes à l'étude de notre objet ; ainsi, Valer, Litteratur dcr Grammatiken^ Lexica und JVôrtersammlungen *iller Sprachen der Érdé, Auflage Von Jolg» 1847, Berlin. Mais c'est là un livr^ sans méthode scientiBque et qui est même loiâ d'ètre^omplet.

42 LANGUES DE l'eUROPE.

la mère ; la terminaison indo-germanique ^tr ou ter n'appartieni point à la racine.

Mais il y a encore à décider si ces coïncidences non équivoques proviennent d'une langue primitive^ source de toutes les langues historiques, ou si elles ne sont que les résultats' inévitables de l'identité universelle de la nature physiologique de l'Hofiime dans tous les pays du globe? On peut tirés-bien dire: puisque, par exemple, la famille romane est la frile du latin, puisque les langues primaires indo-germaniques (c'est-à-dire des langues qui sont les bases de fhmilles, comme le latin et le sanskrit) doivent être appelées les filles d'une mère commune, — on peut dire qu'il est nécessaire d^ pousser cette opération rétrospective plus loin encore: A ce point de vue les souches auraient donc jadis été unies, unies dans une seulelangue primitive. iMais je n'y vois aucunement une nécessité logique, absolue, reposant dans l'objet lui-même. On a beau appuyer sur l'accord frappant des races humaines, on ne prouvera point par là leur origine d'un seul Adam et d'une seule Eve ; cet accord des races les plus diverses est nécessaire puisque l'essence du gefare humain ne saurait être qu'une. Une foule d'Adams et une foule d'Èves, dans le$ contrées diverses du globe, ont ^ans dôutè produite-

un genre humain essentiellement aussi identique, que s'il n'y avait eu qu'un seul Adam, qu'une seule Eve. Du ir^ste, cette question n'influe pas sur les études linguistiques ; en tout cas, nous sommes obligés de classiûer les idiomes d'après la catégorie du Genre.

Or, l'Europe possède plusieurs genres à la fois, des genres nombreux quand on considère sa petite étendue territoriale (i). Dans la souche malaye, au contraire^ qui appartient à la classe agglutinante, et qui s'étend sur un énorme espace insulaire depuis nie de Madagascar jusqu'à l'Ile de Pâque, etdepttis lesîles Philippines jusqu'à l'île delà Nouvdle^Zélande, on ne trouve réellement quedeux grandes divisions : le'malaf/ proprement diê^ la diyision orieU'taie depuis les Philippines jusqu'à Madagascar, et la l^tugixe polynésienne y la division occidentale. Ces deux troncs se subdivisent, il est vrai, en une quantité considérable de dialectes et de patois^ mais ils ne proviennent que d'une seule souche qui règne à peu près sur deux tiers de la surface du globe.

Quant à la langue des Négritos, qu'on appelle aussi

(i) JTojréz dans \e Pf.jrsieaiischer Atlas àthwghÀHB des cariés linguistiques d'ane grande perfection.

44 LANGUES DE l'eUROPE.

Papouas ou les nègres de F Australie, elle renferme bien des mots malays, sans toutefois, à ce qu'il paraît, appartenir au type malay (1). Selon Pritchard (Histoire du genre humain ^ lY, 283), les idiomes dû continent australien^ qui montrent une grande affinité entre eux et qUi forment un ensemble, n'appartiennent point au malay.

L'Europe, cet avant-poste géographique de l'Asie, trouve en effet des langues analogues en Asie, à l'exception du basque.

La souche indo- germanique de la classe à flexion a rempli presque toute l'Europe : qlle s'y subdivise en Albanais et Grecs, Romanes, Livoniens, Slaves, Germains et Celtes. T^ même souche, abstraction faite de la petite interruption par les idiomes turc (en Asie-Mineure) et caucasiques, occupe la Perse et rinde jusqu'aux bords du fleuve Bramapoutra. 11 y a, en eflet, une longue distance de là aux îles de Faroër et d'Islande.

Une autre grande souche de la classe à flexion, les langues sémitiques, avait jadis pour représentants les Araméens (c'est-à-dire les Syriens jet les Ghaldéens), les Phéniciens, les Hébreux en Asie,

(i) Fojez Buschmano, Aptr^u de la langue des lies Marquises, i8i^3^ Berlin ; et Humboldt, sur la langue Kawi, 1. 4. .

et les Carthaginois en Afrique; aujourd'hui elle est presque dans toutes ces contrées représentée par les Arabes, et en Europe elle n'en a de traces que dans ie dialecte maltais, qui appartient à l'idiome arabe. Un énorme territoire, en Asie, est occupé par la souche tatare, qui est de la classe agglomérante. Ses représentants, à l'ouest, sont comme des sen- (inelles plantées à la rencontre des Indo-Germains. Cette souche commence à 1^ frontière nord-est de TAsie, et va en s^étendant vers l'ouest, parmi les Ton|[ouses (Mantchous) et les Mongols. Ces deux nations, à l'exception d'un district mongol en Europe, au nord du Caucase, près le Volga inférieur, n'existent qu'en Asie. Elle embrasse les Turcs, famille très-répandue, qui habitent près le Lena (les Yacoutes), séparés de la masse de sa famille et parlant son idiome antique et pur.

Plus vers l'e^t il y a encore deux endroits où les Yacoutes demeurent : l'un à l'ouest de l'embouchure de l'Indighirka et vers Test de cette rivière dans l'intérieur du pays; de sorte que la famille turque s'étend, de l'est à l'ouest, de 150'' à 11"" longitude de Paris. Elle va depuis les Ouïgoures dans la partie orientale de la Haute-Tartarie, à travers les Kirghises, les Turcs de la Sibérie, les Turcoxmans^ etc., jusque dans la Russie européenne; c'est

ici qu'elle porte le nom général de Tatare, en se subdivisant en beaucoup de dialectes. Des morceaux turcs se reti'onvent encore plus loin, vers Touest, dans l'intérieur de la Russie, et surtout dans le Caucase, dans la Grimée et dans F Asie-Mi«

neure. C'est d'ici que les Turcs conquérants ont établi une qu^intité nombreuse de petites colonies en Europe sud-est, au milieu des idiomes grec, al* banais et slave méridional. Tout le bord septentrio* nal de la Mer Glaciale ( Russie asiatique et européenne), depuis la Mer Blanche jusqu'à Tembouchure du Lena, est habité par les Samoïèdes ; leur langue peu connue appartient, dit Schott dans çon livre sur les langues altaïques ou finno-tatares .(Berlin, i849), à la partie finnoise ou occidentale de la souche tatare. Aux confins de l'Asie et de l'Europe on trouve sur les deux côtés de la chaîne de l'Oural une foule compacte de dialectes de la même famille, connus sous le nom général de Finnois orientaux. lie cette tribu finnoise il existe des représentants éloignés, sous le nom de Finnois, d'Esthniens et de Lapponiens ; leurs langues forment une totalité particulière, et qui n'est séparée du Samoïède que par les eaux de la Mer Blanche. N'oublions pas non plus le Madyar, véritable île déchiquetée , projetée au loin vers le^sud, et entourée de plusieurs idiomes

indo-germains. Bref, la souche tàtare s'étend des bords de la Mer du Japon jusqu'aux environs de Gonstantinople et.de Vienne (Autriche), et des bords de la Mer Glaciale jusque dans l'intérieur du Tibet, jusqu'au lac Tingri, près la grande capitale Lassa, de même jusqu'aux environs de Gazna et de Hérat, dans le pays des Afghanes, et jusqu'à la côte méridionale de T Asie-Mineure.

Parmi toutes les langues indo-germaniques de FEurope, il n'y a que la langue basque qui reste étrangère à celles de l'Asie ; je ne parle pas ici des langues du Caucase européen, dont l'étude sera encore à faire. Et voyez, comme le basque, cet idiome radicalement anti-asiatique, a été refoulé dans un coin de la côte occidentale de l'Europe, de même il existe en Asie^ à sa pointe la plus méridionale, à sa marge orientale et aux tles adjacentes, des langues que, d'après l'état actuel de la science linguistique, il faut déclarer étrangères à celles de l'Europe.

Ainsi, en commençant par le sud, on rencontre dans la péninsule des Indes-Orientales, en deçà du Gange, la langue agglomérante du D^kan, dans la partie méridionale de cette péninsule et dans l'Ile deCeylan; elle embrasse les idiomes des Toulouvas, Malabares, Tamoules, Telingas, Garnatas, et

Cingalais. Puis, les vastes empires occupés par la classe monosyllabique, les langues de la presqu'île indienne au delà du Gange, et le tibétan, avec tant de formes intermédiaires; le tibétan, comme le barman, a jeté pour ainsi dire un pont entre Tagglutination et lemono$yllabisme(i). La partie méridionale de la presqu'île au delà du Gange, Malaque, divise la population insulaire en Malays et en Négrilos. On ignore, à Theuré qu'il est, si les idiomes des Indes-Orientales au delà du Gange, le barman, et les autres, plus purement monosyllabiques (siamois, anamite, etc.), ont beaucoup d'analogie avec le chinois. L'étendue du chinois est très-grande; il est divisé en plusieurs dialectes. Où ne sait pas encore les rapports entre d'autres idiomes et le ce* réite, le japonais et l'aïno (qui se parle principalement à Jetzo et à Garafto); le japonais et l'aïno sont de la classe agglutinante, d'après ce qu'a dit Piitzmayer {Oeatereich. Académie der Wissensehaf" ten, 1849, cahier I, 38). On ne sait à peu près rien à l'égard des langues des Camtchadales , des Tchoukchiens, et des autres habitants dans la péninsule boréale de l'Ade. En d'autres termes, des idiomes asiatiques tout à fait étrangers aux idiome»

(i) ployez Humboldt, sur ia langue Kawif p. 3S6,

européens, ne se troutent que dans la marge orientaie dé TAsie, depuis la Mer des Glaces jusqu'au Malabar.

Quant à des analogies entre les langues européennes et les langues africaines, par exemple^ celle de TÉgypte, elles n'ont pas encore pu être dé* couvertes. 11 en est de môme quant aux langues américaines, qui ont beaucoup de ressemblance enlre elles depuis le cap Horn jusqu'au Groêiiland; elles n'ont rien de commun avec celles de l'Eu-* rope (i). Quant aux langues de TOcéanie, dont nous avons déjà parlé, leur affinité avec celles de FEurope est nulle. Ainsi, les langues de l'Europe et celles de l'Asie forment un ensemble, qui est limité par la mer au sud, à l'ouest et au nord et qui a pour voisins à l'est, au sud-est et nord-est, une série de divers idiomes étrangers qui sont posés entre elles et la mer. Dans l'ouest, il n'y a qu'une seule exception, c'est le basque, idiome vraiment

(i) Luez PickeriDg, Sur les idiomes indiens de P Amérique^ i834. —

Howse, A grammarofthe Crée language^ withwJùch is combined an ana<

fysis oftke Chippeway dialectj London, Rivington, 1844. Cet ouvrage

ttt important pour les linguistes, il analyse le système grammatical. Il est

enfin temps, ce me semble^ de pousser les recherches dans les langues

aoiéricaines, les recherches les plus minutieuses et les plus savammeni

dirigées. On connaît tous les ordres des êtres organiques ; pourquoi s'arrê-

^cait-on devant les langues américaines et océaniques ?

50 LANGUES DE l'eUROPE.

énigmatiquô : il a Tair d'être la seule langue abo<rigène ou primitivement née dans l'Europe, tandis que toutes les autres nations européennes, c'est-àdire celles qui appartiennent à la classe indo-germanique et à la classe tatare, semblent y avoir fait invasion du fond de l'Asie. Après avoir mieux étu* dié le finnois, l'albanais, le celtique, on n'a plus le droit de les regarder, comme on l'avait fait, comme des idiomes aborigènes ou primitivement établis en Europe.

Au premier coup d'œil, on s'étonne de voir que les sections idiomatiques ne répondent point aux races humaines, c'est-à-dire aux différences qui existent dans l'organisme naturel du genre humain. Ainsi, la famille appelée langue turque est parlée par deux races distinctes : par celle des Caucasiens et par celle des Mongols. Ainsi, les Laponiens parlent une langue qui a de l'affinité avec celle des Magyars (Hongrois), bien que le type des habitants de la Hongrie diffère énormément de celui des habitants de la Lappnie*

J'en croîs trouver la cause seulement dans l'influence que le climat, la nourriture, l'aspect de 1^ nature environnante et la manière d'existenoe exercent plutôt sur l'organisme du corps de l'homme que sur celui de son langage. Je fais fort peu de ca^

INTRODUCTION. Si

de ce qu'on a désigné sous le nom d'un mélange avec d'autres races, ou d'un échange mutuel des idiomes (i).

Voyez, par exemple, les tribus turques qui res« isnt fldèles à leur vie nomade, les Kiii|[hises; ils gardent raeore aujourd'hui le type spécifique connu souis le nom de type mongolique, tandis que d'autres tribus turques, qui dans un climat plus bénigne s'atta(dièrent à un genre de vie différent, les Tatarea casaniques et les Osma^its, remplacèrent peu à peu ce type primitif par le type européen.

Quant à la marche historique des idiome$ euro* péen^) ^e ne saurait ôtre étudiée en général que ehe^ lesIndo-Germains, bien qu'il y ait même ici des idiomes dont nous ignorons la formation primordiale.

. Quant aux idiomes non indo*** germaniques de FEurope, les anciens documents nous font défaut.

Et cela doit être; seules, les langues à flexion, eelles des Sémites et des Indo-Germains, ont porté sur leurs, épaules jusqu'aujourd'hui l'histoire de l'humanité. Les Indo-Germains et les Sémites, voilà les deux races qui ont fait de l'histoire ; par consé* quent, vous n'avez pas d'espoir^ de trouver une lit*

(t) Mtditrd, Histoire du genre humain, I, 3, p. 4a 3.

52 LANGUES DE l'eUROPE.

térature ancienne <îhez des nations européennes qui palrlent des idiomes dépourvus de flexion.

La description suivante des idiomes va fournir des preuves , des exemples et des commentaires, pour vérifier ce que j'ai dit sur l'essence des langues en général. Or, un tableau systématique ne doit représenter que des choses coordonnées; Une doit pas donner des choses qui se sont suimèSy mais des choses qui se sont passées Vune à câtéde l'autre. C'est là précisément la différence entre un système et une hisiaire. Celle-ci traite l'objet, pour ainsi dire en dimension longitudinale; le système, au contraire , le traite en dimension transversale. Les langues européennes dites mortes (le latin, le grîec) ne nous regardent donc plus, quand nous écrivons une comparaison systématique des langues européennes acttielles. On pourrait, du reste^ en écrire une qui s'occuperait des idiomes européens d'une autre époque que la nôtre.

Il existe parmi les langues qui ont fini leur rôle sur le théâtre du globe» les langues mortes^ une différence importante qu'on a eu tort de méconnaître. Quelques-unes n'ont subi que des changements ; le latin, le grec, ne sont pas^tout à fait efihces, ils continuent à subsister après s'être transformés en langues romanes et en grec moderne*

Quelques autres n'ont en eflet aucune existence actuelle ; elles ne se sont pas conservées dans une langue moderne : ainsi le celtique en Cornouailles, le polabe slave, le lettique prussien ou l'ancien borusse. Ces idiomes-là pourraient très4)ien continuer leur existence encore à l'heure qu'il est ; s'ils n'ont plus de place sous le soleil, s'ils sont disparus du règne des êtres vivants, ils ont été égorgés par une force brutale ^enue du dehors, et ils ne se sont nullement éteints par une nécessité intérieure, soit par épuisement, soit par absorption.

Ces langues, égorgées dans des temps modernes, méritent d'être enregistrées au système linguistique; elles sont rigoureusement coordonnées à leurs sœurs encore vivantes.

Les langues mortes par transformation organique, au contraire (le grec, le latin), ne pourront ici être discutées qu'en tant qu'elles sont les mères ies familles modernes^ la latine, par exemple, est la mère de la famille romane actuelle.

Mes lecteurs ne demanderont pourquoi j'ai traité dans ce livre la langue monosyllabique des Chinois, qui est en dehors du rayon des langues eu • ropéennes? Ma réponse est qu'ils ne sauraient bien

54 LANGUES DE l'eUROPE.

étudier la deuxième et la troisième classe qu^aprèft s'être initiés dans la première.

A. lilGUE lOIOSTLLABIQUE.

CHiarois (i).

Il est sans doute assez di£Sciie pour un homme qui est né dans une langue plus élevée, soit d'agglutination, soit de flexion, de se transporter avec ses idées dans le centre de la langue monosyllabique par excellence.

Le chinois n'exprime par des sons que la signification ; ses mots ne sont que des unités inorganisées, et ce principe de l'unité rigoureuse de la parole est tellement fort dans cette langue, qu'elle n'admet

(i) Voyez Stephan Ëndlicher^ docteur en médecine et Uotaniste Vienne en Autriche, Aufaugsgrûnde d, chines, Grammatik, J'ai suivi ouvrage dans ie chapitre présent. — De Guigne», Dietionmaite chiM9i français et latin, Paris, 1 8 1 3, avec treize mille trois cent seize signes ; a un appendice très-important par J. de Klaproth^ i8'9> Paris. — Mor son, ji dtcthnaty ùftke Chinese language; Macao, i8i5'-i8ii3.

que les syllabes réellement simples. Chaque mot chinois ne se compose que d'une, consonne qui commence et d'une voyelle qui finit; la seule exception qui existe est le mot qui signifie en français m etj » en chinois eul (d'après l'orthographe des sinologues français), ou urh (d'après l'orthographe du sinologue anglais Morrison); ce qui semble prouver que le mot en question se prononce dans une bouche chinoise à peu près comme un / guttural (en polonais et en espagnol / avec le trait : i ), qu'on fait précéder rapidement d'une voyelle sombre, prononcée dans l'arrière-partîe de la cavité buccale.

Quant aux consonnes, la gratnmaire des Chinois en a énuméré trente-six , nombre beaucoup trop grand et susceptible d'une forte réduction, puisque, ce me semble, ils ont compté doublés quelques consonnes, en suivant servilement le système indien.

Un mot ne commence que par une seule coi)sonne; aucun ne possède des groupes de consonnes, car leur tch ou tsch est compté pour une consonne simple, comme le tsûhef;frxisse (c'est-à-dire tch ôti tsch). 11 en est de même des autres consonnes sibilantes et aspirantes. D'un autre côté, nos langues ont des consonnes fort répandues^ par exemple, b^

d^ r, etc., qui manquent complètement au chinois.

Chaque mot chinois, c'est-à-dire chaque syllahe chinoise, se compose d'un son initial et d'un sqn final. Le son initial doit être une des trente-six consonnes chinoises ; le son Cnal doit être une voyelle ou une diphthongue, qui nesupporte qu'une consonne nasale mise à la fin.

Les voyelles, qui forment le deuxième élément du mot chinois, sont moins simples; il y a là aussi des diphtbongues, précédées soit d*un om, soit d'un t, soit enfin de tous les deux à la fois. En outre, la voyelle finale peut être prononcée de deux manières par le nez : on aura ainsi les terminaisons — iouanj — iang^ — iao^ etc. Du reste, le chinois n'a pas toutes les combinaisons possibles des consonnes et des voyelles, de sorte qu'il ne se compose, du point de vue phonétique, que de quatre cent cinquante combinaisons. L'accent chinois se manifeste par une sorte d'intonation chantante et de cinq manières différentes, ce qui permet à chaque mot de se manifester à l'oreille comme plusieurs mots différents. Mais il y a des syllabes qui n'admettent jamais toutes les cinq intonations, et il faut en effet dire que le nombre des mots indigènes reste fort restreint malgré cette multiplicité des accentuations chantantes.

La syllabe chinoise réunit donc beaucoup de significaiians tout à fait ditTérentes, qui, très-souvent, ne peuvent être marquées que par leur position dans la phrase.

On verra, plus tard, comment la langue chinoise parlée s'efforce à remédier à la confusion qui naît de sa pauvreté; celle-ci est en effet très-grande. Quant à la langue écrite, elle serait souvent dans l'impossibilité la plus complète de se faire comprendre, si récriture était purement phonétique.

L'écriture phonétique ne peut exister que pour des langues basées sur. le principe d'une différence des significations qui correspond toujours exactement à une différence des mots^ des langues chez lesquelles il n'y a des homophonies que par exception^ tandis que le chinois, où une seule syllabe possède je ne sais combien de significations, deviendrait dans beaucoup de cas inintelligible sous l'application de l'écriture phonétique. Ainsi, la syllabe tschéou signifie vaisseau, cuvette JCeaUj flèche, couverture de soie, plumasseau, une certaine p/nn/^, etc., etc^ Il lui faudra donc une écriture qui apprenne aux lecteurs surtout la signification.

Âu commencement l'écriture chinoise ne se composait en effet que d'images; plus tard il est vrai.

58 LANGUES DE l'EUROPE.

elle tournait quelquefois son attention aussi vers le mot, vers le son.

Le chinois dispose de cinquante mille signes , mais ils ne sont nullement tous en usage. On les écrit en les rangeant en ligne perpendiculaire les uns au-dessus des autres, et ces lignes, ces colonnes, se suivent de droite à gauche.

Les signes sont premièrement des images pro* prement dites, par conséquent à la fois des signes de notion et des signes de son , par exemple : le

eoleil Ç)y la lune J) , la lueur ^ exprimée par la

combinaison de soleil et de lune (^. De même :

porte et oreilles ^, au-dessus J., au-dessous - ,

au milieu ^> ^ un — , deux , à gauche (^, à

droite ^, lilanc '^, c'est-à-dire un œil trèslouche dont on ne voit presque que le blanc , des

amis ©©, c'est-à-dire les deux valves d'une moule. Les signes de cette sorte sont évidemment de la plus haute antiquité; mais aujourd'hui on leur donne une figure un peu altérée : le soleil est devenu Q, on prononce 7Ï; la lune est devenue ^ , on prononce ioué} la lueur est devenue 5^, on prononce ming / écouter est devenu ^ , on pro-

nonce îoe'n^ au-dessus est devenu J^, on prononce

scha'nff; au-dessous est devenu P , on prononce

hià; au milieu est devenu ^ , on prononce çung^

un est devenu , on prononce ï; deux est devenu

, on prononce eûl; à gauche est devenu ^, on

prononce ^tfô y à droite est devenu ypT, on prononce

yéou; blanc est devenu Q, on prononce pe; des

camarades sont désignés aujourd'hui par ^ et prononcés peng.

Ces sigBes-images ne font cependant que la tren* tiéme partie de tous les signes chinois ; les autres sont deumèmement des signes composés d'un élément phonétique ou signe de son et d'un élément idéographique ou signe d'tW(^y en d'autres termes, composés d'un signe vocal et d'un signe idéal. Cette deuxième classe de signes peut s'appeler celle des caractères d'écriture ; chacun se compose de iei$x images dont chacune représente un objet particulier et exprime un ^o» particulier ; le caractère d'écriture est donc à la fois signe de son et signe de notion. Mais, remarquez^'le bien, dans cette composition, chacune des deux images abandonne une de ces valeurs en conservant l'autre : l'une des

deux images cesse d'être signe de notion ou Sidée et continue d'être signe vocal, tandis que l'autre image cesse de servir de signe vocal et continue d'être signe idéal.

Un exemple. Le mot sus-mentionné tchéou, si riche en significations , ne s'écrit par une image

que quand il signifie un vaisseau j^. Ce signe est donc à la fois signe d'idée et signe de son. Pour ses autres significations tchéou n'est qu'un élément phonétique ou vocal ; il donne au signe avec lequel il se combine le son de tchéou^ et abandonne tout à fait la signification de vaisseau / en même temps, les autres images auxquelles il se combine cessent d'avoir une valeur vocale et donnent au caractère d'écriture une signification déterminée : ainsi l'image' tchéou, vaisseau, se combinant avec l'image

choui^ eau ï , devient f jf* tchéou^ cuvette d'eau ; se combinant avec l'image ^ kiou^ voiture, devient $^ tchéou^ timon ; se combinant avec l'image ^ y^oui, plume, devient

tschéou, duvet; se combinant avec Tirnage 7v schi^ flèche, devient

g* tchéou^ flèche de chasseur.

De cette manière, on a donc évité tout roalen-

INTRODUCTION. 6i

tendu dans récriture. Chaque syllabe chinoise possède, à cause de son grand nombre de significations, plusieurs signes phonétiques, quelquefois même beaucoup. On ne s'en tient pas là ; on se sert de certains caractères d'écriture comme de signes phonétiques, en les composant avec un signe idéal, abstraction faite de leur signification primitive. .Souvent toutefois le signe phonétique a été choisi à cause de sa signification primitive. Du reste, on peut prendre pour signe phonétique un caractère d'écriture quelconque : c'est de cette manière qu'on exprime des mots étrangers à la langue chinoise, par exemple anglais se prononce par ing-ki-li, jé^ suite par ya-sou-hoei-ssej christiantes ou chrétien par ki-li-sse-tang (1). Chacun de ces mots se compose de monosyllabes, qui sont à leur tour des mots chinois, et qui ont abandonné dans cette combinaison leurs significations primitives. Les Japonais, les Annamites, et d'autres peuples se servent de ce procédé quand ils écrivent leurs langues à Taide des signes chinois.

Quant aux images, presque toujours simples, dont on se sert comme d'éléments idéographiques, pour diriger le regard du lecteur sur la classe d'i-

62 LANGUES DE l'eUROPE.

dées à laquelle il faudra reporter le son exprimé par le signe phonétique, elles ne sont pas trèsnombreuses. Or, parce qu'un et même élément idéographique revient souvent dans beaucoup de caractères d'écriture, on en peut tirer proût pour diviser ceux-ci en classes ; en d'autres termes, les éléments idéographiques deviennent ainsi les signes de classification pour les caractères. De là, la pos-. sibilité d'enregistrer toute la masse des caractères» c'est-à-dire d'en faire un dictionnaire. Les divisions du dictionnaire sont formées par les images qu*on place sous le nom d'éléments idéographiques^ à côté des si^ne^ phonétiques ; en outre, on y a ajouté quelques images non usitées comme signes de classification et quelques éléments graphiques. Ces clés du dictionnaire chinois sont au nombre de deux cent quatorze ; elles sont arrangées d'après le nombre des traits de plume dont elles se compo^ sent. Il est souvent difficile de trouver quelle est la clef dans cette multitude de traits, et l'usage du dictionnaire chinois réclame beaucoup de patience et de temps au commencement ; mais, quoi qu'il en soit, admirons toujours l'énorme sagacité de cette nation, qui a réussi à mettre ordre dans son écriture et dans l'enregistrement lexical. En effet, la langue chinoise, si misérable au premier coup d'cdl.

mérite les louanges qu'en fait le frère d'Alexandre de Humboldty le grand philosophe-linguiste Guillaume de Humboldtt auteur des deux beaux ouvrages sur la langue Ka^wi et la langue basque : « Quand c on étudie le chinois, dit ce savant, on comprend « peu à peu l'excellence de cet idiome, et son inc fluence considérable sur Tintelligence ; seulement < cette profonde influence s'est bornée à un point ; « elle n'embrasse pas au large. »

Un exemple. Si nous voulons rechercher dans le

dictionnaire le caractère graphique t^ ischéouy en français le timon d'un carrosse, composé du

signe phonétique tschéou ;j^, le vaisseau, et du

signe idéographique hiou ^, le carrosse, la voilure, il s'agit de reconnaître laquelle de ces deux parties est l'élément idéographique ? On trouve, il est vrai, dans les grammaires et dans les dictionnaires, à rénumération des clefs, un avis qui suffit pour la plupart des cas, mais il y reste encore assez de difficultés pour celui qui ne fait que commencer l'étude si compliquée de cet objet. On devra ici chercher la clef dont il s'agit dans le tableau des

clefs; elle est composée de sept traits ^ kiou^ la

voiture ; on découvrira un grand trait vertical |

6A LANGUES DE l'eUROPE.

qui forme le vrai radical du caractère, un petit trait vertical i à gauche du grand trait vertical, un

trait angulaire j qui forme avec le petit vertical

I trois côtés | | du carré, et quatre traits horizontaux ^= . On devra donc parcourir le nombre nullement excessif de toutes les clefs à sept traits, et on finira par rencontrer le caractère Âiou, qui occupe le N"" 159 dans le registre des clefs chinoises. Puis, on devra chercher ce signe dans le dictionnaire^ et décomposer le signe subordonné (à droite ici) en ses traits particuliers, dont on aura six d'après les règles d'orthographe chinois, c'est têchéou

;^, le vaisseau. On trouvera sous cette clef tous les signes subordonnés, rangés d'après le nombre de leurs traits constitutifs; il ne faudra donc ici pai^ courir que tous les signes subordonnés qui ont six traits, et on y découvrira le caractère graphique eo question, sa prononciation tschéau et sa traduction le timon.

Nous avons donc vu que le rapport entre l'écriture chinoise et le son est à peu près nul ; il est entièrement nul dans toutes les images, et très*vague dans les caractères graphiques^ puisque, même en connaissant les deux images qui se combinent, nous ne saurions jamais bien conclure de là à la

prononciation du caractère composé. Ainsi, on ne pourra pas apprendre à lire en chinois comir.e on l'apprend dans les autres langues, h^i prononciation d'un côté, la configuration des caractères de l'autre, marchent en chinois sans la moindre liaison intérieure et nécessaire. 11 s'ensuit que nous ne pouvons rien apprendre, dans* les documents les plus anciens de la littérature chinoise, sur les changements phonétiques que cette langue a subis pendant des milliers d'années.

Dans les autres langues qui se servent de l'écriture alphabétique, on apprend plutôt à épeler et à lire qu'à comprendre ce qu'on a lu ; en chinois, au contraire, on peut fort bien comprendre une phrase sans être capable de se rappeler la valeur vocale de tous les caractères qui composent cette phrase. Du reste, la copie verbale des sons chinois par les lettres alphabétiques de l'Occident,^ représente assez mal la véritable prononciation chinoise. On voit. des personnes qui traduisent très-bien du chinois, tout en ignorant sa prononciation.

Le peu de syllabes, c'est-à-dire de mots, de la

langue chinoise ont cela de particulier, que leur

prononciation et leur écriture sont invariablement

/ixces; il n'y a ni déclinaison, ni conjugaison, etc.

C'est par la place qu'on fait occuper à une syllabe

66 LANGUES DE l'eUROPE.

qu'on exprime la relation. La grammaire chinoise

n'est qu'une syntaxe. Le signe yjC ^«^ une image à traits qui sert de clef pour plus d^une centaine de caractères^ peut, selon sa place dans la phrase, êtj^e soit adjectif, en français grand, soit substantif, la grandeur j soit verbe, agrandir ou être grande soit enfin adverbe, grandement. Quelques mots toutefois sont descendus jusqu'à une signification générale, et ils fonctionnent comme des particules pour exprimer la relation, surtout dans I9 langue de conversation et de littérature d^aujourd'hui, le Kaiian-ffod, à côté duquel il faut encore citer le dialecte de Kouang-toung ou de la ville de Canton et de la province maritime tou-Kidn. Mais ces particules ne sont pas nécessaires, on les rencontre rarement dans le Koû-wen, l'ancienne langue littéraire ; du resie, elles n'appartiennent pas au génie particulier de la langue chinoise, elles sont en quelque sorte des ballons d'essai lancés pour élever celle-ci à une catégorie supérieure dans le développement.

Ainsi, distinguez ici entre la langue chinoise écrite, qui est précise et ne permet pas la moindre méprise, et la langue chinoise par/^e, qui reste condamnée à des malentendus nombreux. Abel Rémusat, dans son Essai sur la langue et la litté' rature chinoise (Paris, 18H , p. 56), raconte,

entre autres, que bien souvent deux personnes en conversation se voient forcées de se demander avec une politesse mutuelle Texplication de tel mot par écrit ; de sorte qu'un mot simple, qui peut s'entendre de plusieurs manières, se trouve exprimé par écrit en deux mots écrits dont l'un détermine de plus près le sens de l'autre. Cette manière de s'expliquer n'a rien de choquant pour les Chinois. La conversation contient beaucoup de ces compo» ses synonymes qui sont caractéristiques pour 1q génie de la langue : par exemple les mots tao^ et loû, avec accent égal, signifient : tao^^ dérober, renverser, atteindre, couvrir, un étendard,* du blé, conduire, fouler aux pieds, le chemin^ le moi loû signifie : la voiture, la rosée, le. corbeau de mer^ une certaine rivière, une sorte de bambou, forger, détourner, le chemin. Mais composez les deux mots, et vous verrez que tao^-loû ne signifiera que le cheminj puisqu'ils ne coïncident que dans cette signification seule. Il faut donc se représenter ces

mots comme des racines pures et simples, dont char cune renferme tant de significations et de relations (infinitif, nominatif, etc.); dans chaque mot chinois il y a une foule de relations pour ainsi dire à ietat latent, et qui n'en peuvent ressortir qu'au moyen de la combinaison avec d'autres.

68 LANGUES DE l'eUROPE.

Le sexe, le nombre, les cas, etc., peuvent ainsi être exprimés en les composant avec des mots qui signifient mâle, femelle ^ multitude , etc. Ainsi, ischoung 'jin j c'est-à-dire foule de personnes; nan-tséy homme-enfant, c'est-à-dire fils ; ntou-tsé, femme- enfant, c'est-à-dire fille. — Le génitif peut s'exprimer par la particule tschi ou fi, qui est aussi un pronom corrélatif, donc min (peuple) -H (force), ou min-tschi-li (dans le Kou-ven), ou miriti'li (dans le Kouan-hoa), ce qui doit signifier a la force du peuple. » De même, pour exprimer l'accusatif, le locatif, le datif, l'ablatif, l'instrumental, on se sert de certains mots comme de prépositions; l'instrumental, par exemple, se rend à l'aide du moty\ qui signifie employer : avec on par la force du peuple se traduit y min-li, littéralement employer la force du peuple. Le superlatif s'exprime d'une manière semblable : le meilleur de tous les hommes doit être rendu par pe fou tschi te y c'està-dire littéralement cent hommes bons; les mots cent hommes sont ici accompagnés de la particule du génitif, ce qui fait de cent hommes. De même le verbe n'est reconnu comme tel que par sa place dans la phrase; il ne se distingue en rien de tous les autres mois de la phrase; Tactif et le passif nô diffèrent que par leur place, quelquefois aussi 1(^

passif doit être exprimé par un détour, par exemple, voir protection y c'est-à-dire être protégé : kian pao^ Le mode et le temps pourront être reconnus à l'aide des mots environnants; le nombre et la personne ne s'expriment iamais au verbe chinois.

. Je vais citer une pièce, choisie dans le Meng Tse (vers la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ, d'après l'ouvrage de Saint-Julien^ Meng Tseu vel Mencium edd, latina interpretatione instruxit, etc. y 4824, Paris). Je me sers, en transcrivant les mots chinois en lettres occidentales, du dictionnaire de Basile de Glémone ; les accents au-dessus des mots expriment Tin tonalion chinoise*

Meng Tseu, éd. Saint-Julien, p. i, lig. 5. Je fais< imprimer dans la traduction en italique ce qui y est ajouté pour compléter le reste.

Meng Tse voir Liang Hoei Wang.

Mèog Tsè kién Leâng Hoéy Ouâng.

i Meng Tse visita de Pempire Liang le prince • Hoei Wang (1). »

Roi parler, vieillard non loin mille lieue et venir,

Ouâng yoûe se6u po youèn chy ly^ eul Uy C B ) Ce nom signifie roi des bienfaits.

70 LANGUES DE l'ëUROPE.

aussi vouloir avoir pour (1) avantage moi (mon) empire?

j tsiâng yeôu y. ly' où kduefa6a.

(Le mot hou eicprime rinterrogation.)

« Le roi dit : Vénérable vieillard (le mot seau est un titre d'honneur donné aux gens âgés), c puisque tu es venu jugeant non loin mille lieues; « aurais-tu peut-être (le mot tsiang ^ verbe auxiliaire, détermine ici le mode de yeou) quelque « chose pour l'avantage (pour l'utilité) de mon etti' € pire? »

Meng Tse répondre parler.

Meilg Tse toûy yôue.

€ Meng Tse répondit et parla, j^

Roi, quoi nécessaire parler utililé, aussi avoir

Ouang hô py youe ly\ y yeôu

humanité jtistîce et finir.

chy y' eiil y* y\

(Le deuxième mot y' exprime ici la fin de la phrase, c'est la particule finale.)

« Roi, à quoi est-il nécessaire de parler de Tuli-

« lité ? Aussi moi j'ai de l'humanité et de la justice,

« rien de plus. »

Roi parler, comment pour avantage je (mon) empire

Ouâng yoiie hô y' ly' ou koue

^ (i) Ce mol j' exprime primuivemenl employer et on :,'en sert comme d'une préposil ion . 2:liSU

grand homme parler coamient pour avantage je (mon)

ta fou yoùe hô j\ ly' ou

famille, savants multitude homme .parler comment pour

tiâ ssé chu jiri yoûe hà y'

avantage je (mon) corps dessus dessous unir arracher

ly' où chîn châng hiâ kiaô tscbiog

avantage, et empire en danger être.

ly' eul koûe oéy(i) y^ (la particule finale).

« Si le roi psfflâtit : Cùmfhènt dois-je agir pou^

< Futilité de mon empire, alors diraient les grands :

< Comment devons-nous agir pour l'utilité de^

< notre famille? Les saTanls et la popalaGe di- ^ raient i Comment devons^nous agir pour l'uti- « lité de notre corps? Si les supérieurâ ei les infié-

< rieur» s'arl^âchent les Hns aux autres Tavantage, t alors Tempire est en danger. »

Meng TseUy p. 32, lig. 6.

A gauche à droite tous ensemble âîte sage non

Tsô • ye6i» kiay yoûe hién

encore permettre (la particule finale). Tous grand homme

Ouéy ko yè. Tsch ta fôu

t:ous ensemble dire sage, non encore permettre (la par-

îciây yoûe hièn ottéy ko

^icule finale) ; empire homme tous ensemble dire sage,

Tè koûe jin kiày yoûe hiên

^îûsî après examine lui (prononi, 3* pers.) voir sage

jên he6u tsû tschy (kién hiên

( X ) Le niol oey tûguifie : tomber en ruines. . ,

comme (comme on sage, yen est ici adverbe) après

yen jên heoa

faire usage {de) lui.

yong chy.

A gauche adroite tous ensemble dire non permettre,

Tsô yeô kiây yoûe pô ko

non entendre. Tons grand homme ensemble dire non

TÔe tin g. Tschû ta fou kiây youe pô

permettre, non entendre, empire boa^ne, ensemble non

ko vôe ting koaë jîn kiay pd

permettre comme, après abandonner lui.

kè yêa jên heou kuii chy.

« Si tes ministres assis à gauche et à droite tous

< ensemble disent : Cet homme est un sage, alors « il n'est pas encore permis de leur ajouter foi. Si c tous les grands ensemble disent : C^est un sage, « il n'est pas encore perrùis ; mats si les genâ de « l'empire tous ensemble disent : Cest un sage, et

< qu'alors, quand il a été examiné, tu vois qu'il « est sage, alors sers- toi de lui.

« Sites ministres assis à gauche et à droite tous i ensemble disent : Cet homme ne peut être élevé & à un haut emploi^ alors ne les écoute pas. Si « tous les grands ensemble disent : Lui ne peut « être élevé à un haut emploi j alors ne les écoirte « pas. Mais si tous les gens de Tempire disent : « // ne peut être élevé à un haut emploi, et qu'a- « lors, quand il a été examiné, tu vois qu'^V ne peut « être élevé à un haut emploi, alors abandonne- le. »

Meng Taeu, p. 56, lig. 2.

Meng Tse dire, humain ainsi honneur, non humain

MeDg Tsè yoûe chj Uë(x) yông .po chy

ainsi déshonneur, maintenant haïr, déshonneur et

tsê jd kîa où jô eûl

persévérer non humain, cela comme haïr humidité et

kû pô chy cby^ y«ou où ta (a) eûl

persévérer dessous (la particule finale).

kû hiâ yè.

« Meng Tseu dit : Quand un prince est humain, « alors il se prépare de l'honneur ; quand il est < inhumain, il se prépare du déshonneur, main- « tenant les princes haïssent le déshonneur et ils I persévèrent néanmoins dans l'inhumanité; cela « est comme si quelqu^un haïssait Thumidite tout « en demeurant dans un endroit bas (dans tin « marais), n

La langue chinoise est celle d'une population extrêmement nombreuse, et cultivée depuis des milliers d'années. Ne dites pas qu'elle soit la moins perfectionnée de toutes. Guillaume de Humboldt en

( i] Une mesure quelconque, les lois, l'usage, après» donc^ tout de suite (dictionnaire de Glémone),

C^) Un fleuve, humecter [Dictionnaire de Glémone), D'après Saint- ''tilien, ce mot signifie humidité.

74 LANGUES DÇ l'eUROPE.

avait une opinion favorable : oc On ne saurait nier, t dit-il (Sur la langue Kawi, 339), que la lani gue chinoise possède une structure très-rigou- € reuse, très-conséquepte ^ t^dis qae les autres i IflUgues qui n'admettent pas de flexion tout en <c manifestant le désir d*y arriver, s'arrêtent en c chemin. La langue chinoise marche seule sam c détour. Elle est certainetnent moins propre à déf' « venir Tinstrument de Fesprît, que les langues « sanscritiques et sémitiques. Mais malgré sa pau-

< vroté qui consiste dans le défaut à peu prés i complet d'expressions phonétiques ou acousti-

< ques pour les relations grammaticales, elle est « une rude gymnastique appliquée à l'esprit. Je

< ne crains pas de paraître amateur de paradoxes, c en disant que c'est cette absence grammaticale c qui augmente la sagacité de la nation, v Sans adopter entièrement le mépris que Guillaume de Humboldt éprouve pour les langues nombreuses, qui se tiennent au milieu entre la classe nK>nosyl*> labique et la classe à flexion, nous avouons cepeûdant que dans la classe agglomérante la rûhtien s'exprime d'une manière un peu grossière, qui eflace quelquefois le mot de signification.

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