‹ Les langues et les littératures araméennesChapitre 3 sur 6 · II. lIv\i;uNAT. 2 vol · texte numérisé non relu

II. lIv\i;uNAT. 2 vol

En arabe :

Ser. III, I. I. PiTr.i s Ihn Haiiih. llhrunicou uricntalc. éd. cl inlerpr. !.. CiiKiKUu. :2 Mil.

— l. (ici 7. 1^1 Tvcini l'ATH. .\i.i\AMir.. Annales, cil. 1.. Cni:iKiio,

(]. i>i: \'ai \, H. '/.\\\\i. 2 vol.

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(Irinnnim. éd. C V. Srvnoi.n. 1 vol.

— l. 1<S. Sv.NAXARU .M .Ai.i;\AM>iuNt M. cdidil 1. KoRtn r. 1 vol. en

:{ fasc.

Huit Miliinios siiut s.ius ])ressc' cl pjiriiih-ont thms le cuiiriiiil do riiiiiicc l'.MO.

ET

LES LITTÉRATURES ARAMÉENNES

Fendant plusieurs siècles, l'étude de 1 araméeu a vlô considérée comme accessoire des études bibliques. Et de lait, on ne connaissait guère alors que laraméen de la Bible, qu'on appelait généralement chaldéen. A la lin du xyii*^ siècle, on commença à soupçonner l'importance du syriaque. On l'étudia. mais surtout en vue de la critique textuelle des livres saints. La publication monumentale de la Biblinthcca Oricn/alis d"Assem;ini Piome, i711>-i728i mit en évidence les inappréciables richesses de la littérature syriaque ; ce fut le point de départ de nombreuses recherches*. Pourtant, l'étude de cette langue et des autres dialectes araméens ne progressa réellement que dans la seconde moitié du xix*^ siècle ; mais elle prit en peu d'années une extension telle (ju'il est difficile aujourd'hiii. même à lui spécialiste, de cultiver avec un égal succès les diverses parties de ce vaste domaine.

Les causes de ce développement rapide et inattendu sont faciles à déterminer. Ce fui. tout d'abord, l'importation en Europe de nombreux manuscrits, bientôt suivie de la publication des catalogues qui firent connaître les richesses accumulées dans les fonds orientaux des grandes bibliothèques. Ensuite, les découvertes épigraphiques qui se sont multipliées ont mis au jour des monuments araméens que leur caractère et leur haute antiquité placent au premier rang parmi les documents qui peuvent nous éclairer sur l'histoire, la civilisation et la langue de peuples aujourd'hui disparus, quand ils n'en sont })as les seuls témoins. Enfin, des explorateurs érudits se sont appliqués k recueillir les éléments nécessaires pour l'étude des dialectes araméens encore parlés, et ils ont ainsi ouvert aux investigations des philologues un champ nouveau et passablement étendu.

L'importance sans cesse grandissanle des études araméennes obligea bientôt à les séparer des études bibliques, et amena dans la plupart des universités étrangères la création de chaires ou de cours spéciaux dont le nombre va toujours croissant. Un coup d'(eil sur les programmes suffit pour le constater. La même raison, sans doute, avait provoqué en i80."> la création au Collège de France d'une chaire de langues et littératures araméennes, qui fut occupée avec distinction par Rubens Duval pendant douze ans ; mais elle n'existe plus. Il semble qu'on en soit revenu, chez nous, à la vieille conception. Un cours de syriaque est annexé au cours d'hébreu à l'Ecole pratique des Hautes-Etudes, qui a aussi ime conférence de judaïsme talmudique et rabbinique; et inie des chaires les plus importantes du Collège de France est intitulée : Langues et littératures hébraïques, chaldaïques et syriaques. Ce sont les seules traces de cet enseignement qu'on puisse releter dans les programmes officiels. A la vérité, le syriaque est la branche dont l'épanouissement nous a procuré la plus vaste littérature araméenne ; mais il y a à côté du syriaque d'autres rameaux qui, pour être de moindre extension, ne sont pas moins précieux, et souvent même (c'est le cas pour les documents épigraphiques) le surpassent par leur importance philologique.

Nous voudrions, en quelques pages, sans aucune prétention à l'originalité, donner aux personnes qui ne sont pas familiarisées avec l'orientalisme une idée juste et précise de l'étendue du domaine des études araméennes et de l'intérêt historique et philologique qui s'y rattache-.

1. La gloire davoir créé co mouvomont littéraire aurait dû revenir à la science française. L'abbé Eusèl)e Renavidol avait devancé de trente ans Assemani. Si les immenses travaux qu'il tenait prêts jiour Tinipression nont pas vu le jour, c'est que les encouragements ont man(juéà l'auteur; il attendit jusqu'à sa mort les caractères orientaux que Colbert lui avait promis. L'œuvre de Henaudot, supérieure à celle d'Assemani par l'érudition, est plus variée et non moins vaste. (Cf. II. Omont. Invrnt:iirc clr l;t (Collection Henaudol à la Bi])l. Nat.)

2. J'avertis une fois pour toutes que les notes placées à la suite de chaque paragraphe ne constituent pas une bibliographie complète. Elles signalent autant que possible les ouvrages où l'on trouvera les éléments de cette bibliographie, qui parfois aurait exigé plusieurs pages d'impression.

L'araméen appartient à la l'amilK' des lang-ues ([uoii a coutume de désigner sous le nom de sémilu/ues, encore (pu' cette appellation ne réponde en réalité ni à un groupement ethnographique, ni à une distribution géographique. C'est un nom de convention. Il fut introduit au xviii'' siècle sous l'iniluence du chapitre x de la Genèse, qui présente les Hébreux, les Araméens et les Arabes comme les descendants de Sem.

Lorigine de ces langues et le rapport f[u"elles peuvent présenter avec la langue sémitique primitive sont impossibles à déterminer dans l'état actuel de nos connaissances historiques et philologiques. On regarde aujourd'hui comme ime illusion l'espoir d'arriver jamais à reconstituer, même partiellement, avec assez de probabilité, les éléments de cette langue commune. On n'est guère mieux fixé sur le pays des premiers Sémites. Des savants autorisés les font originaires des régions situées au sud et au sud-ouest de la mer Caspienne, d'où ils auraient immigré en Babylonie pour se répandre ensuite peu à peu dans toutes les contrées où nous les rencontrons aux époques plus récentes (von Kremer, Guidi et, dans une certaine mesure, Hommeli; d'autres pensent que les caractères de la race : foi intense, exclusivisme, imagination, décèlent une origine désertique, et ils les font venir de l'Arabie (Sayce, Sprenger, Schrader, De Goeje, Wright); enfin M. Ntddeke a émis, non sans réserves, l'hypothèse qu'ils pourraient être originaires de l'Afrique ^

1. Pour la biblioii^raplnp de cette question, voir W. Wiught, f!nmpar.ilirp draniinar of Senti (ic Languarjes, ch. i.

On a coutume de diviser les langues sémitiques en deux groupes' : nord-sémitique et sud-sémitique. La distinction repose moins sur une répartition géographique rigoureuse, que sur les caractères philologiques propres à chacun de ces groupes, caractères dont nous n'avons pas à faire ici l'exposé'.

Les langues sémitiques du Nord sont l'assyrien, l'araméen et le cananéen. Ce dernier nom devient d'un usage courant pour désigner génériquement l'hébreu, le phénicien et les traces du dialecte local dont l'existence a été révélée dans les fameuses tablettes de Tell el-Amarna, contenant la correspondance échangée entre les roitelets palestiniens et le roi d'Egypte Aménophis IV, au xv" siècle avant notre ère.

Les langues sud-sémitiques sont l'arabe et l'éthiopien. L'arabe se subdivise lui-même en deux branches : celle du Nord, à laquelle appartient l'arabe classique et ses nombreux dialectes vivants; celle du Sud, vulgairement l'hirayarite, qui comprend le sabéen, le minéen et d'autres dialectes moins connus.

L'éthiopien ancien et classique est aussi appelé ge'ez. De nombreux dialectes parlés de nos jours, en particulier le tigré et le tigrigna (au nord), l'amharique et d autres encore (au sud), s'y rattachent plus ou moins directement.

Cet aperçu sommaire indique le classement des idiomes sémitiques aujourd'hui connus. Il est très vraisemblable, pour ne pas dire certain, que, dans la longue suite des siècles et dans l'immense territoire ayant constitué l'habitat des peuples parlant ces langues, plusieurs dialectes se sont formés et ont disparu, même à la période historique,, sans laisser de traces apparentes.

Erman a émis l'opinion de la parenté originelle de l'égyptien avec les langues sémitiques. La parenté de ces dernières avec les langues de l'Afrique dites chamitiques est une question controversée ; l'opinion alïirmative a pour elle les plus grandes probabilités. Au contraire, l hypothèse d'une parenté avec les langues

iiKl()-euruj)i.'c'iine.s na [)u jus(|U à te jour èlre jusliliéi; par de sérieuses observations philoloj^iques '.

1. M. IJroc-kcliiiaun ndoplc uiu; divisicni en (rois f^roupcs : Oriental (coiisliUii- |)ar l'ussyrion). Oceidciilal du nord (araniéen et faiianéen) et Occ.idenlal du sud (arabe cl élliiopicn).

2. (hH exposé, pour èlre elair, exigerait des déveUjppeiueuls et des exemples assez nombreux.

3. Voir Whigiit, (.'r^//j/ja/vi//i'e (rrunmtar; N()ldeki:, Die Semilischen Sprnchen (2® éd., 1899); Bhockei.mann, Précis de liii(juisli(fue séinilir/ue, traduit de Tallemand par W. Marçais (Paris, 1910). L'Histoire (/énérale des Utru/ues séinitii/ues de Renan ( 1855) ne conserve plus aujourd'hui ipie les agréments <U' style et le souvenir d inu' l)elle conce[)tion ipie l'auteur tenta de réaliser à une épo(|ue où les matériaux nécessaires i'aisaieut encore défaut.

Dans le tableau qui précède, l araméen tient le milieu entre l'assyrien et le cananéen, qu'il devait tous les deux supplanter. A quelle époque cette lang-ue, appelée à jouer un rôle si considérable dans la propaj^ation des civilisations orientales, s'est-elle séparée de la langue sémitique primitive? En quelle région cette séparation s'est-elle accentuée au point de former une langue particulière? L'ethnographie, l'histoire, la philologie sont muettes sur ces (questions. Au xiv'' siècle avant notre ère. 1 araméen était la langue de tribus nomades ([ui. pour la plupart, circulaient dans le désert situé à l'ouest de l'Euphrate ; à l'épocfue d'Alexandre, et même avant, l'araméen avait fait disparaître un grand nombre de dialectes particuliers et était depuis des siècles la langue officielle d'un vaste territoire, de l'Asie Mineure à la Perse, des montagnes du Taurus à la Péninsule Arabique !

Nous saisissons dans les documents assyriens les grands traits de cette extraordinaire expansion. M. Maspero les a résumés en quelques lignes'. Au temps d'Hérodote, dit-il, « l'idiome rafliné dont les scribes de Xinive et de Babylone se servaient pour rédiger les inscriptions officielles n'était plus depuis longtemps qu'une sorte de langue noble, comprise d'ime élite, inconnue aux gens du commun. Le menu peuple des villes et des cam-

pagnes parlait le dialecte araméea, plus lourd, plus clair et plus prolixe : c'est celui-là que les conquérants se chargèrent inconsciemment de répandre partout oîi ils allaient. De temps immémorial, ils étaient habitués à déporter au loin les prisonniers qu ils ramassaient dans leurs razzias, et à les établir dans des villes récemment annexées à leur domaine. Sous les Sargonides [722-6 H\ les Babyloniens proprement dits et les Araméens des embouchures du Tigre fournirent les plus gros contingents de colons involontaires : les cantons riverains de l'Euphrate et de rOronte en reçurent un grand nombre qui s'installèrent dans le Bit-Adini aux environs d'IIamath et de Damas, chez les Hittites. Sans cesse renforcés par des groupes d'exilés nouveaux, grossis par l'appoint que leur apportaient de leur plein gré les tribus du désert, araméennes comme eux, leur action fut si active et la résistance des indigènes fut si faible, qu'ils gagnèrent d'abord une prépondérance marquée, puis qu'ils absorbèrent les restes des populations anciennes. La chute de Ninive [608], la victoire de Nabuchodonosor à Gargamish [ 004 i , en les rangeant sous l'autorité directe de leurs frères restés en Ghaldée, augmentèrent encore leiu" puissance d'assimilation : la Syrie du Nord devint un des sièges principaux de la race araméenne, et presque TAram par excellence. Quand la domination persane succéda à la chaldéenne [538], laraméen ne perdit rien de son importance. Il demeura la langue officielle de l'empire dans toutes les provinces occidentales : on le retrouve sur les monnaies de 1 Asie Mineure, sur les papyrus et sur les stèles de l'Egypte, dans les édils et dans la correspondance des satrapes et même du grand roi. De \isib à Raphia, des rives du golfe Persique à celles de la mer llouge, il se substitua à presque toutes les langues, sémitiques ou non, parlées jusqu'alors. Le phénicien lui résista d'abord avec succès et se maintint longtenq)s encore sur la côte v\ dans 1 île de Chypre ; mais l'hébreu, déjà attaqué pendant la captivité, s'eiîaça devant lui et disparut peu à peu au contact des dialectes (pie parlaient les colonies voisines de Jérusalem; il persista comme langue littéraire et liturgique. »

En même temps que leur langue, les Araméens propagèrent leur écriture, dont 1 alphabet était emprunté au phénicien.

Sur un territoire aussi étendu, la langue araméenne ne pouvait

manquer, avec lo temps, de se développer el de se Iranslormer. El de fait, elle nous apparaît sous les formes variées de dialectes nombreux-, mais qui se groupent en deux branches bien distinctes : laraméen oriental (Babylonie, Mésopotamie) et laraméen occidental (Syrie, Asie Mineure, Palestine, Arabie, Egypte;.

Une des caractéristiques de cette division fondamentale en dialectes de lEst ou de l'Ouest est si simple (pie nous lindicjuerons en peu de mots. La conjugaison sémitique ne connaît que deux temps : le parfait et l'imparfait ; expressions (pii doivent s'entendre dans le sens étymologique, pour marquer une action « achevée » ou « inachevée », et non pas dans le sens précis des grammaires indo-européennes. Le thème verbal fondamental est la .S*" personne du masculin singulier du parfait : 1 imparfait en est tiré à l'aide d'une préformante. Or, dans les dialectes araméens de l'Ouest cette préformante est ij (comme dans les langues cananéennes); dans les dialectes de l'Est, au contraire, elle est 12 (variante /). Exemples : parfait ktb « il a écrit »: imparfait : araméen occidental i/fïth, araméen oriental nkfb « il écrira ». Le traitement de l'article déterminatif, marqué par un sutlîxe, qui conserve sa signification primitive dans la première branche et la perd dans la seconde, est une autre caractéristique non moins frappante.

On voit que la division repose avant tout sur des considérations philologiques, plus rigoureuses que les expressions orientale et occidentale ; celles-ci. en elfet, ne sont que relatives dans le temps comme dans l'espace. Ainsi le syriaque, qui est un dialecte oriental, a été à une certaine époque la langue littéraire de la plupart des régions où avaient fleuri les dialectes occidentaux^.

1. Histoire ancienne des peuples de l'Orient, 6® éd., p. T75.

2. Nous prenons ici le mot dialecte pour désigner la laague de toute une région, ou de tout un peuple. Les dialectes araméens sont plus éloignés les uns des autres, par la grammaire et le vocabulaire, que ne le sont entre eux les dialectes grecs. Quant aux patois ou parlers locaux ils ont varié h l'infini. En syriaque seulement, le lexicographe Bar Bahloul en cite seize (éd. H. DcvAL, p. xxiv).

3. Voir les ouvrages déjà cités et les introductions aux grammaires; en outre, pour tout ce qui concerne les dialectes particuliers : R. Dlval, Leçon d'ouverture faite au Collège de France (1895); Tu. Nôldeke, Die Aramâische Literatur (dans le vol. Die orienlalischen Literaluren [collection : « Die KiiJtur drr Gerjenicart »' Berlin, 190Gl.

Les plus antiques monuments de lARAMiiKN occidental parvenus jusqu'à nous sont des inscriptions lapidaires; leur nombre est encore peu élevé: mais quelques-unes sont assez, longues, et leur contenu est assez varié pour permettre d avoir ime idée du vocabulaire et de la morphologie de ce dialecte, ([u'on ne saurait qualifier avec exactitude par une désignation géographique et que nous appellerons simplement l'araméen ancien.

Les principales inscriptions nous viennent de la wSyrio du nord : ce sont l'inscription de lladad, du vui'' siècle ( 3 i lignes); celles de Panamu(23 lignes) et de Bar Rekoub (20 lignes), rois du Sam'al, contemporains de Teglatphalasar 111. Ces monuments, trouvés à Zendjerli, sont au musée de lierlin. Deux autres stèles (34 lignes) trouvées à Xérab, en 1891, sont au Louvre. M. Pognon a découvert et publié la stèle mutilée (restent 35 lignesj d'un roi de Hamath, Zakir. contemporain de Joas, roi d'Israël (vin*^ siècle). Des inscriptions du iV ou v'' siècle ont été trouvées en Cilicie et en Lycie. A Arabissos, en Cappadoce, on a retrouvé plusieurs inscriptions araméennes dont l'une concerne un culte local ; elles ne sont pas postérieures au milieu du second siècle avant 'Jésus-Christ. L'Arabie a l'oui'ni son contingent : la grande stèle du Louvre découverte à Teinia parHuber (1880) porte 23 lignes d'écriture; elle est du v<^ siècle. D autres inscriptions, pour la plupart au British Muséum, proviennent d"l''gypte ; lime, trouvée à Sakkara, est datée de l'an 482; une autre, trouvée à AssDuan, est de lan 458: la laineuse stèle du musée de Carpentras, n est pas beaucoup })lus jeune. Il iaul ajouter une série de petits monuments, tels que cylindres, poids, cachets, dont plusieurs sont contenqxirains des plus vieilles inscriptions.

Tout cet ensemble ollVe un matériel assez considérable pour l'étude de l'araméen ancien, et a fourni l'occasion de midliples travaux'.

1, l-t;s inscripUons araiiiéeiiiios iiisoréos iui l'.orini», Irisrriiilioniim Srtnilivaruni sont clussôos 1-113. Les j^raïuU's iiisciiplioiis de /.oiidjcili cl de Xéial), cl cellos d'Asie Mineure ont été di'oouverles depuis; le Suppiruieut (|ue je pivpare sera plus étendu que la partie déjà imprimée, sans cependanl comprendre les pajjyrus ({ui l'ornu'ront une scelion à part. Pour celles de Zendjerli, voir la publication allemande des fouilles; celles de Nérah oui été publiées |)ai- M. (llermonl-Cîauncau. I-JUkIcs (l'arrlK'-itlofjic orictiluli-, t. II, p. 182 etsuiv., 1(S!)(); la stèle de Zakir, i)ar H. Po>^non, Insrriiilions sénntUjueii de la Si/rir, etc. (Paris, 1908).

11 n'y a pas de f^ianimaire systématique de l'araméen ancien. On peut y suppléer à l'aide de Liuzoauski, Ihindhiicli der nordacniitischen Kiiif/raphili- (Weiniar. 1898); et G. A. Cooke, Texl-lionli of North-Scinidc Inacrijïtiona (Oxford, 1903,1.

Les plus anciens monuments littéraires du rameau occidental nous .sont olfeits par l'araméen biblique.

Nous ne pensons pas (pi'il faille séparer de celui-ci les textes écrits sur les papvrus découverts en EgA'pte, et qui proviennent prescpie tous de la colonie juive établie dans lile d'Eléphantine. Depuis long-temps on en connaissait quelques fragments, et ils avaient suiïi à M. Clermont-Ganneau' pour fixer leur date à Tépoque perse. Sa conjecture a été justifiée par les découvertes ultérieures. Onze feuilles de grandes dimensions et presque intactes, trouvées en 10(14, portent environ 240 longues lignes d'écriture bien conservée. Les documents (vente, donation, ({uittance, contrat de mariage, partage, ■ etc.) proviennent d'une même famille juive, et sont tous minutieusement datés (471-41 1 avant Jésus-Christ;'-. D'autres feuillets, aussi originaires d Eléphantine, .sont déposés au musée de Berlin : quatre ont été publiés par M. Sachau^ et les autres le seront prochainement. Les renseignements inattendus que ces papyrus nous apportent sur la vie sociale et religieuse de la colonie juive leur donnent un intérêt exceptionnel au point de vue des études bibliques.

Eléphantine a aussi fourni une certaine quantité d'ostraca recouverts d'écriture araméenne, datant de la même époque et parfois émanant des mêmes personnages que les papyrus dont nous

venons de parler. Plusieurs centaines de ces ostraca, rapportés par M. Glermont-Ganneau, sont au cabinet du Corpus.

La langue de tous ces documents est sensiblement la même que celle des plus anciennes parties de la Bible écrites en araméen. Sans doute la prononciation a dû être un peu dill'érente en Egypte et en Palestine; mais jusqu'ici il n'apparaît pas qu'on doive admettre l'existence d'un dialecte particulier constitué par l'araméen d'Kgvpte.

Les parlies de l'Ancien Testament écrites en araméen sont : un verset de Jérémie (x, 11), une partie du livre d'Esdras (iv,7-vi,l8; vu, 12-26) et une partie de Daniel (n-vii). Ajoutons, pour être complet, deux mots conservés dans la Genèse (xxxi,47). On est à peu près d'accord pour tixer la date du livre de Daniel aux environs de l'an 1G5. La partie araméen ne d'Esdras est plus ancienne ; des morceaux remontent certainement à l'époque perse, et la comparaison avec les papyrus d'Eléphantine ne permet guère de faire descendre l'ensemble plus bas que l'époque d'Alexandre. La date des parties araméennes et celle de la rédaction délinitive du livre sont au reste deux rpiestions distinctes*.

Suivant l'usage nous mentionnerons ici, à cause de leur caractère biblique, les quelques mots araméens conservés, sous ime transcription grecque, dans le Nouveau Testament {rahbi, talitlia connu, ephphafa, Kêpha, nuiran at/ia,et une douzaine d'autres^). On en trouve aussi (juelques-uns dans FI. Josèphe.

!. Ori(/ine jtorse des monuments araméens d'Iùjijplv (Paris, 1880).

2. II. Sayce et (".owLEV, Aramaic papyri discovered al Assuan (Londi'es, 1900). — Cf. Th. Nôldeki:, Zeitschr. f'i'tr Assyriologie, t. XX, p. 130. Ces papyrus ont maintenant toute une littérature.

'A. Ed. SAcuAr, Drei aramliische Paityrusurhunden aus Elephanline (Berlin, 1908. Aljhandl. de l'Acad. de Berlin). Un (juatrièine dans le florileyiuni Melchior de Vogiiô (Paris, 1909).

4. Grammaires: Kactzscu, Granimalik des llihliseh-Ararnaisclien (1884): Makti, (iramm. der lUblisch-ararnaischen Sprache (18iH} ; II. L. Sthack, GraniinalUc des liihlisch Aram-iischen, 4"^ éd., 1905. — Ces grammaires sont suivies des textes cl de vocabulaires.

Diclionnaires : tous les dictionnaires liébreux renferment les mots contenus dans les parties araméennes de la Bible.

5. Une liste des expressions araméennes du N. T., dans M. Schlltze, (irammalik der aranuiischen MuHersprache Jesu, Berlin, 1899 (titre trompeur ; ouvraf^e médiocre).

vu

Après l'araméeii bibli({ue nous devons sifçnaler les dialectes juifs, connus par des documents d'étendue relativement considérable.

Au temps du Christ, la Palestine était, depuis })lus dun siècle. complètement aramaïsée sous le rapport du langage. D autre part, il est certain qu'il y avait des dillerences dialectales assez fortes entre le parler des populations de la Judée et celui des habitants de la Galilée ; et on est fondé à distinguer le jiidéen du rjaliléen. Au reste, le témoignage des Evangiles est formel à ce sujet ; à l'apôtre Pierre qui niait être \\\\ des disciples de Jésus, on réplique : (( Tu es Galiléen, car ton langage te fait reconnaître. » Cependant, nous ne savons rien du dialecte galiléen parlé par le Christ et les Apôtres: celui (pion retrouve dans les documents littéraires est d'épo(|ue postérieure. Toutes les tentatives faites i)our reconstituer dans leur forme primitive les sentences conservées en o-rec dans les Evangiles, doivent être regardées comme de pures fantaisies. Les jjlus anciens monuments (pie nous possédions de la littérature postbiblique, sont d origine judéenne.

Depuis la ruine de Jérusalem 70 jwstju à la guerre d Hadrien (138), les centres d'études d'où sont sortis ces documents étaient à l'ouest de Jérusalem, autour de Lydda. La guerre d'Hadrien refoula les écoles vers le Xord, en Galilée, et surtout à Tibériade. Naturellement, les premiers docteurs émigrés, parlaient encore en Galilée même, le judéen ; et comme le fonds de littérature traditionnelle cju'ils apportaient était rédigé en ce dialecte, il fallut un certain temps pour que le galiléen prévalût dans le langage de leurs écoles. Ce n'est guère (|ue dans les documents écrits du iv'^' au vi'' siècle ({ue la prédominance du galiléen est nettement affirmée, sans cependant jamais absorber le judéen au point d en faire entièrement disparaître les traces. Ainsi s'explique que, par la langue et i)ar la grammaire, le galiléen

de ces textes soit plus ditlerent du j)iilestinieii cluétieii, (|ui lui est à peu près conteuipoiaiii. (jue du judéen plus ancien.

Un troisième dialecte était parle par les .luits de la Babvlonie. A répo(pie d'Hadrien, leurs écoles les plus j)r()spères étaient celles de Soura et de Founibedita, Les monuments de ce dialecte appartiennent à 1 araméen oriental. Il renferme des éléments judéens et galiléens, mais l'élément prédominant de beaucoup est Taraméen du pays, qui se laisse facilement reconnaître par son analoj^ie avec le mandéen. Nous en parlerons plus loin.

Nous possédons aussi des œuvres littéraires écrites dans im araméen mélangé, et dont le caractère mixte s'explique par la date tardive de leur rédaction. Après l'abandon de la Syrie par Iléraclius, les communautés juives de Tibériade se reconstituèrent. Des maîtres galiléens furent envoyés en Babvlonie i)our en rapporter les anciennes traditions palestiniennes, qui revinrent ainsi dans leur patrie sous une enveloppe linguistique sensiblement modifiée. Alors fut créé un dialecte en (juelque sorte nouveau et un peu factice, qui ne doit refléter (|ue d'une fa^on très imparfaite la véritable langue populaire.

L'araméen, supplanté par l'arabe, cessa d'ètie parlé en Galilée vers l'an 800. Un siècle plus tard, l'écrivain juif Saadia atteste sa disparition et 1 appelle <» la langue de nos pères ».

Ce simple préambule laisse deviner la difficulté de classer rigoureusement les documents appartenant à chacun de ces dialectes, puisquaucun d eux n'est entièrement exempt de l influence d un dialecte autre que celui dans lequel il est foncièrement rédigé'.

Au dialecte judéen appartiennent :

1" La petite chronique connue sous le noni de Mcf/illnf Ta'nil . ou « Rouleau du Jeûne ». sorte de calendrier fpii énumère les jours où il est défendu de jeûner, jours de lète institués en mémoire de (juehpie heureux événement. Klle est j)ourvue d'un commentaire en hébreu. La tradition juive la prétend antérieure à la destruction du Temple ; s'il en est ainsi pour le fonds, elle a revu des additions, car elle rappelle la mort de Trajan (M 8).

2" Le célèbre Tnrrfoum d'Onkelos, dont hi langue se rapproche de l'araméen bibli({ue jilus que celle de tout autre écrit analogue. Ceci s'expli(|ue naturellement par le fait ([u'il ne représente pas lui commentaire oral, mais une servile traduction ara-

moenno du Pontîilouqiio liL'hrou. On est port»'- à croire (|u il s'agit (J un docunuMit [)al('slinii'n rédif^é on Jiahylonio. Los traditions talmudiquos no sonl pas d"accoi-d sur l'autour do co laig"oum : los unos lo placont, avoc le plus de vraiseniblanco, vers la moitié du proniioi' sioclo do notre ère, les aulros cont ans plus tard.

.■}'^ Le Targoum de Jonathan sur les Prophètes. Celui-ci, au contraire, est une véritable paraphrase. Il date du premier siècle, mais sa rédaction a subi des modifications et n'a été définitivement fixée qu au iv*^ ou au v*^ siècle.

4° L'n certain nombre do sentences et d'expressions, et même (juel([uos morceaux disséminés dans divers traités du Talmud.

îi" La Megillat Anfiochus, ou récit légendaire de la persécution d'Antiochus Epipliane et de la victoire des Machabées. La version hébraï(pie était connue depuis long-temps ; le texte original araméen n'a été découvert qu'en 1851. De tous les documents que nous venons d'énumérer, c'est celui dont la langue présente le plus de conformité avec l'araméen biblique. Le fait n'a rien de surprenant, car l'auteur s'est proposé délibérément d'imiter lo style de Daniel ; il est certainement postérieur au Talmud et n'est probablement pas antérieur au viii'' siècle.

Les représentants du dialecte galiléen sont :

1" Les parties araméennes du Talmud de Jérusalem.

2** Plusieurs morceaux araméens insérés dans des midr.'isehim d'origine palestinienne (sur la (ronèse, sur le Lévitique, sur les Lamentations, sur le Cantique^.

Les documents suivants présentent un caractère mixte :

d" Los I"', IP et IIP targoum de Jérusalem sur le Pontateuquo (incomplet). Unies appelle ainsi parce que cette désignation leur a été donnée par leurs premiers éditeurs. Ils datent probablement de la iîn du vu*" siècle.

2** Le targoum de Jérusalem (fragmentaire) sur los Prophètes et les Hagiographes.

3" Le livre araméen de Tobie, du vu'- siècle selon l'opinion lu plus probable.

4" La version araméenne de l'EccIésiaste.

5° Les additions araméennes aux livres de Daniel et d'Esther.

6" Un certain nombre de haggadas araméennes'.

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