‹ Les langues et les littératures araméennesChapitre 4 sur 6 · Nous suivons la division adoptée par Dalman · texte numérisé non relu

Nous suivons la division adoptée par Dalman

2. Textes : nombreuses éditions; nous ne pouvons que renvoyer à l'introduction de la grammairede Dalman. — On peut aussi consulter E. Schï- MER, Geschichto des Jïidischen Volkes ini Zeiialter Joua (^hrixti (passim); ot 11. L. Strack, Einleiliuuj in (hn Tnlmarl {4^ éd.. Leipzis', 11*08).

Grammaire : G. Dalman, (i m mm h I il,- dt'x JiidiHchf'n-p.ihsI'.nixchpn Arnmuiach, 2* éd., Leipzig, 1905.

Dictionnaires : J. Blxtorf, Lexicon Chaldauiim l'ulmudicum et Tiahbinicum, Bâle, 1()10 (nouv. éd. par Fischer, Leipzig, 1869 ; — J. Levv, Chaldàisclies Wôrterhuch ùber die Targumin (Leipzig, 18*57); — M. Jastrow, Dictionary of Targumin, etc. (Londres, 1886-19U3); — G. Dai.man. ArajnUisch-neuhebrUiachex Handirôrterhuch (Francfort s. M., 1901).

Familières aux Orientalistes, plusieurs des expressions rpie nous venons d'employer (targoum, midrasch, hag^ada, etc.) le sont peut-être moins à d'autres personnes qui s'étonneraient avec raison de ne pas trouver ici une courte explication.

Targoum est un mot araméen qui signifie « traduction, interprétation ». De la même racine est venu, par rintermédiaire de l'arabe, notre vieux mot « truchement » et sa forme ])lus moderne « drogman ». L'hébreu resta toujours la langue sacrée des Juifs; mais quand il eut cessé d'être en usage comme langue parlée, il devint nécessaire de traduire les livres saints pour le peuple. La version grecque dite des Septante fut faite à l'usage des Juifs d'Alexandrie. Dans les régions où la langue vulgaire était l'araméen, on fit de même des traductions dans ce dialecte. Mais primitivement on expliquait le texte sacré aux auditeurs. Après la lecture d'un passage en hébreu, le ministre en faisait la traduction en langue vulgaii-e et au besoin y ajoutait une explication. (Vest celle sorte de paraphrase orale, mise un {)eu plus tard par écrit, qui constitue ce qu on appelle les liuujmims. On comprend dès lors que ces livres présentent un caractère fort différent selon qu'ils sont plus ou moins sm"chargés d'explications.

Le Tnimud. « eu'^eignement », e'il un ouvrage singulier, fjui

n a son pomlanl dans aucnnc liUératurc. Wmv on l)ion saisir la nature, il faut avoir une idée des éléments qui entrent dans sa composition.

Dans les premiers siècles de notre ère, à côté des plus anciens tar^oums, on li'ouve des commentaires développés de certains passages bibliques. Ces commentaires sont appelés midrascliini (pluriel de midrasch, « recherche, discussion » . Les discussions avaient pour objet soit 1 explication de la Loi et la solution des cas de conscience, soit l'édification des auditeurs. Dans le premier cas, l'exégèse est appelée halah/ia « voie » ; dans le second, elle a reçu le nom de ha<f<fadi> » narration, discours agréable ». La halakha est une explication juridique; la haggada est un sermon, une pieuse exhortation. Le nom de midraschim est plus particulièrement donné à cette seconde catégorie, et l'ensemble des niidraschim forme la littérature haggadique.

La halakha est, au contraire, à la base du Talmud: les deux parties qui le constituent, la mischna et la ghemara, sont, à de rares exceptions près, des compositions du genre halakha.

Après la ruine de Jérusalem, Rabbi Johanan et sept autres docteurs (appelés tanaïtes « répétiteurs ») reconstituèrent le Sanhédrin ou Grand conseil à Yamnia. Cette école continua la jurisprudence orale des anciens scribes. Vers la lin du ii*" siècle, Rabbi Juda, dit le Saint, transporta le Sanhédrin à Sepphoris, en Galilée, et mit par écrit cette jurisprudence orale. L'ouvrage reç-ut le nom de mischna ((répétition », parce que la doctrine dont il constituait la codification était « répétée », soit par les maîtres qui l'expliquaient, soit par les élèves qui voulaient se la graver dans la mémoire. On ne doit pas interpréter ce terme comme une « répétition de la loi » au sens de « seconde loi », ainsi qu on le fait souvent en se fondant sur l'étymologie, qui H vrai dire, ne répugne pas à cette explication. La mischna est écrite en hébreu.

Après la mort de R. Juda, le Sanhédrin fut transféré à Tibériade. Le nom de tanaïte cessa alors d'être en usage; ceux qui le portaient furent remplacés par les amoras « interprètes », dont le rôle était de commenter la mischna. Ce commentaire eut la même fortune littéraire que la mischna elle-même; d'abord oral, il fut ensuite fixé par écrit, au plus tard dans le premier quart du

- Ifi -

V siècle; et cet écrit, qui est en lanofue araméenne, reçut le nom de ffhemara, « perfection, complément ».

En résumé, la mischna est le commentaire (en hébreu) de la Loi ancienne; la fjhemara est le commentaire len araméen) de la mischna. Les deux réunies forment le Talmiid.

Dans les manuscrits et dans beaucoup d'éditions la mischna se trouve au milieu de la pa^e, et elle est encadrée par le texte araméen de la (/ficmnra. Les rabbins postérieurs ont ajouté en marge quelques notes explicatives de mots ou d'expressions obscures, et ces notes sont aussi, reproduites dans les éditions.

11 y a deux Talmuds : le Talmud de .lérusaleni. dont nous venons d'indiquer l'origine, et qu'on devrait appeler plus exactement Talmud palestinien, et le Talmud de Babylone, dont nous parlerons plus loin, parce que sa ghemara est écrite en araméen oriental; celle du Talmud de Jérusalem appartient à laraméen occidental.

Le Talnmd est partagé en six parties iordines) appelées : i. les semences; ii. les l'êtes; ui. les femmes; iv. les dommages; v. les choses saintes; vi. les purifications. Chaque partie est divisée en livres ou traités, ceux-ci en chapitres et les chapitres eu sections. Le nombre total des traités est de tJ3 ; celui des chapitres et des sections varie un peu dans les manuscrits et les éditions'.

1. Pour do plus amiik'S détails t't la biblio-j^raphio, voir H. !.. Sthack, Einli-ilufi(f i,t (j.'it Talmud, 4^ ôd.. Leipzi^;-, 1908.

Quelques débris de la littérature christo-palestinienne S(jnt parvenus jusqu'à nous, écrits dans un dialecte très voisin de celui des targoums palestiniens et du Talmud de Jérusalem ; il s'en différencie principalement par l'inlluence du syriaque mésopotamien qu il a subie. On discute sur l'origine de la communauté chrétienne ipii faisait usagée de ces documents. l'Tle apparaît comme orthodoxe; et de là on a conclu (pie la ré[)ugnance à user

des livres employés chez les mono]ihysites Jacobites et chez les Xestoriens lavait conduite à en (reprendre une nouvelle version des Ecritures dans son propre dialecte, se rattachant au judéen et non pas au g-aliléen. Les manuscrits connus datent du vui'-" au XI'' siècle; mais les textes sont plus anciens. Il paraît exact de les attribuer au v'' siècle (Noldeke, Duval) plutôt qu'au temps de Justinien ou dlléraclius (Burkitt).

Tous les monuments retrouvés de cette littérature ont été soiu-neusement publiés. (]e sont :

I" Plusieurs Lectionnaiies recueils de passajçes bibliques pour lollice liturgncpiei (jui donnent le texte presque com|)let des h'vano-iles, une partie des h'[)itres, et des morceaux considérables de l'Ancien Testament'.

2" Des fragments do manuscrits recueillis en l'icrypte-; et d'autres, pour la plupart palimpsestes, trouvés à Damas, en UIOO. dans la mosquée des Omayades (Extraits de TA. et du \. T.. de liturgies, d'évangiles apocryphes, de vies de saints, d'actes de martyrs, et d'homélies traduites du grec)-'.

L'importance philologitpie de ces restes est aussi grande que leur intérêt littéraire est médiocre. On y découvre une langue qui n'est pas encore assujettie à un complet développement grannnatical ni à une orthographe lixée, comme dans le dialecte d'Edesse. L'écriture syriaque des manuscrits christo-palestiniens présente un type particulier très caractéristique^.

1, Textes : Miniscaiciii l*]niz/(), lù\tii(/olinriiiiii Illi'rosoli/iiiil.uiiuii, 2 vol. Vérone, 18()4: léédité pjir LA<;Aiti>r., liihliolhpc» si/riac.i 1892); — A. Smith Lf.wis, ,1 Pult'xliiiinn Si^riac Leclionanj 1<S9~ ; — A. S. Lewis et M. Gibso.n, TliP PalPKti/iiun Si/ri.ir Lnclionarf/ (Londres, 1899).

'2. Textes : Lam>, Anccdofa xi/riaca, IV: — I^i.ndi:!. Uxtinis. lîililical Frar/- DiPiita from Mounl .S//ia/ (Londres, 1890 ; — tiwiLi.rA.M, dans Anecdnta Oxoiiionaia (1893-l89() . — P. Kokowzofi-, Xouveaux fraf/menta si/ropalesliniena Sl.-Pétersl)., 1906 .

3. ScHULTiiEss, ('.hrislliclt-i>alas/inische Fragmente (Berlin, 1905).

4. Four la littérature récente, voir R. Duvai., La Liltér. syriaque, 3" éd., p. 45-47 ; pour la plus ancienne : Blrkitt, (lliristian Paleslinian Lilerahire (Journ. of theolof/ical Sladien, 111, 174).

Grammaire : Xoi.diîki;, Ueher tien chri>t(lich-pala><(ini!tchen Diah'kf dans /. 1). M. G., t. X.Xll, p. 443).

Uictionnaires : S(unvAM/\', Idiot iron de>i c/iristlicli jialaxtinlKrhen Ara- /lu'iiscli (diessen, 18931; — Fr. Se.ini.nirss, Lexicon Si/ropalaextiniirn (Berlin, 1903).

A coté des dialectes juifs et du difdccte chrétien de Palestine, nous devons mentionner le samaritain. — Les Samaritains (étymolog. : « habitants de Samarie ») s'appelaient eux-mêmes « iils d'Israël », ou encore Sânienrn <» gardiens » (de la Loi,.. Nous connaissons leur origine. Sargon, roi d'Assyrie, s'étant emparé de Samarie en ~'2i av. J.-C, déporta la majeure partie de la population et établit à sa place une colonie tirée d'autres peuples vaincus. Le mélange de ces colons avec le reste des indigènes donna naissance à la tribu samaritaine, qui fut toujours en hostilité avec les Juifs ses voisins, depuis le retour de la captivité. Elle se maintint après la ruine de Jérusalem par Titus (70j, et semble même s'être un peu développée au v*^ siècle. Mais, cruellement décimée sous Justinien, dans la sévère répression d'une tentative de révolte, et opprimée aux siècles suivants par l'occupation arabe, elle est aujourd'hui réduite à quelques centaines de membres qui habitent la petite ville de Naplouse, près des ruines de l'ancienne Samarie, au pied du mont Garizim, le lieu sacré de leur culte ^

Les Samaritains n'admettent des livres du canon israélite que le Pentateuque. Le Pentateuque samaritain n'est à proprement parler qu'une recension du Pentateuque hébreu dans une écriture spéciale-. Mais, aussi bien que chez les Juifs, le besoin d'une traduction en langue vulgaire se lit sentir; de là l'origine du targoum samaritain, écrit en dialecte araméen\ Ce targoum a de frappantes ressemblanciis avec celui d'Unkelos. Elles sont dues à l'existence d'une tradition orale, commune aux tribus de la Palestine, fjui serait à la base de tous les targoums. Le targoum samaritain fut rédigé très probablement au iv** siècle de notre ère, pour une communauté fort restreinte ; il était devenu hors d'usage au xT' siècle nu plus tard. Ainsi s"expli(|ue (jue les manuscrits en soient lares'.

La littérature araméenne des Samaritains comprend aussi

quelques uiorceaux litur^"i<[ues. ddiil les plus .'incieiis s(»nt à peu près contemporains du targouni ■'.

Sous le rapport linguistique, le samaritain se rap[)rocl)ait du galiléen plus que des autres dialectes palestiniens. Jadis on avait même cru reconnaître des traces de galiléen dans certaines formes insolites ; on les attribue aujourd'hui, avec raison, au caprice des copistes qui transcrivirent les livres à l'époque où le dialecte araméen, supplanté par l'arabe, avait cessé d'être en usage '^. Le samaritain des lettrés de nos jours est un hébreu tV»rt corrompu, dont les rapports avec 1 ancien dialecte sont très éloignés et presque impossibles à déterminer.

1. rUnGÈs, Les Samaritains do Xaplouse (1855); — Spiro, Etude sur le peuple samaritain (Revue chrétienne, s. d.): — Brill, Zur (ieschichte und Literatur der Samaritaner (187G): — .1. A. Montgomerv, The Samarilans. the earliest Jewish sert, their hisfnnj, theology and literatnre ( Philadelphia, 1907'.

2. Editions dans les Bibles poly<jloétes de Pains 1645) et de Londres 1 1657).

3. Editions : Polyglottes de Paris et de Londres; et à part, Phterman^- VoLi-ERs, Pentaleuchus samaritanus il872).

4. Les mss. samaritains des grandes bibliothèques sont catalogués à la suite des mss. hébreux. — On possède ([uelques inscriptions samaritaines. Elles ne sont pas anciennes, et consistent presque toutes en des citations du Pentateuque.

5. Textes : Gesemls, (^armina Samariiana (Anecdota orientalia, fasc. I, 1824). D'autres éditions plus récentes sont moins correctes. — Voir Bappo- PORT, La liturgie samaritaine (IflOO).

0. Grammaires : Uhi.emann, Inslitutiones linguae Sa/naritanae (1837); — Petermann, Brevis lin'jiia' Samarilanae (irammatica 1873). Dictionnaire : Castellcs, Lexicon lieptaglotion (HSV)9).

L'araméen occidental était aussi la langue des Palmyréniens. L'histoire primitive de ce petit peuple nous est inconnue. A l'époque où Pompée lit la conquête de la Syrie, ils étaient déjà les entrepositaires du commerce de l'Orient avec l'Asie Mineure et tout l'Occident. Leurs caravanes, fortement organisées, cou-

voyaient les marchandises de llnde à travers le désert, depuis l'embouchure du Tigre jusqu'à leur propre ville, qui était le grand centre du commerce exotique et qui acquit ainsi une opulence dont ses ruines merveilleuses témoignent encore aujoiud'lmi. Depuis le moment où l'État de Palmyre se trouva en contact avec l'Empire romain, l'histoire de la ville nous est connue par les auteurs latins fAppien, Zozime, Vopiscus, Trebellius PoUion, Amm. Marcellin), surtout dans la période qui précéda immédiatement la chute de Zénobie et la destruction de la ville par les léo-ions gauloises d'Aurélien (273). Les renseignements qu'ils fournissent ont été éclairés d'une vive lumière par l'interprétation des inscriptions palmyréniennes. Avec celles-ci nous suivons, pour ainsi dire année par année, les progrès de l'ambition croissante du « chef » de Palmyre qui devient successivement clarissimus conftularis, dominus, rc.r, rc.r regum, impcrator, et même aïKjiistus pendant quelques mois. Os inscriptions sont d'ailleurs tout ce qui nous reste de la littérature palmyrénienne. si jamais les Palmyréniens eurent une littérature'.

La plus ancienne inscription palmyrénienne poitant une date est de l'an 1) av. J.-C. : la plus récente, de l'an 271 de notre ère. Les autres s'échelonnent dans l'espace de temps intermédiaire. Nous en connaissons aujourd'hui environ cinq cents; un grand nombre sont datées, et toujours de l'ère des Séleucides; car les Palmvréniens n'avaient pas d'ère spéciale. Beaucoup sont bilingues- : grecfjues et araméennes. La plus longue et la plus curieuse (transportée au musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg) est un grand tarif douanier rédigé en grec et en palmyrénien, jiromulgué par le sénat local en l'an 137. La partie palmyrénienne comprend environ 17a lignes, malheureusement ellacées en quelques parties'. Les autres documents sont des inscriptions honorifiques, gravées sur le socle de statues érigées en l'honneur des princes ou des grands chefs de caravanes qui avaient mené avec succès les expéditions commerciales ; des inscriptions religieuses (dédicaces de colonnes, d'autels votifs, etc.); des inscriptions funéraires très nombreuses; un grand nombre de tessères et de jetons dont l'usage n'est pas encore bien déterminé. Ces monuments découverts à Palmyre même sont aujourd'hui dispei-sés dans les musées d'Europe et d'Américpie. Leur

l'iisi^mblf louriiit de tros précieux reMisui^Mifiufiils mu- la religion et la civilisation des Palmyréniens.

On en a ég-alenient découvert dans Ks cnNirons de la ville {par exemple, à (jarietaïn, lanlicjue Xa/.alai et aussi dans des contrées éloignées, où des Palmvréniens ont passé, soit lorsqu'ils voyageaient pour leur commerce, soit lor<[u'ils servaient dans les armées romaines, surtout en (jualité darchers. Ainsi s'explique la présence d'inscriptions palmyrénienncs en Egypte. en Algérie, en Italie, en Hongrie, en Angleterre.

Le dialecte palmyrénien s'accorde essentiellement avec l'araméen biblique; il a les plus grandes alïinités avec le nabatéen, mais la langue est pm-e de tout arabisme. Par contre, elle a emprunté des mots au grec, particulièrement des termes techniques*. L'écriture, beaucoup plus simple et plus régulière ((ue le nabatéen, se rapproche du syria({ue ancien.

1. Treize inscriptions palmyrénieunes ont été publiées en 1753. par WooD (dans Les ruines de Palmyi'e. Londres, in-fol.); mais le premier recueil vi-aiment satisfaisant a été édité en 18G8 par M. de VoGën, Syrie (Centrale. Inscriptions séniifiijues (150 n»*). Des collections moins étendues ont été publiées depuis lors par Mordtmann, Clermont-Cianneau. Eulinj,»^, Simonseu, Chabot, et d'autres. Toutes ces publications oui donné lieu à de nombreux travaux. Pour la bibliographie, voir LiDZBAitsui. ILindLuch der nordseniilischen Epigraphik.

2. Les inscrijjtions gpcccjues dans. \\'addington, Recueil des inscript. grecques et latines de la Syrie.

3. Découvert paf Lazarew, et publié par de Vog("é, Journ. asiat., 1883. -J. Grammaire : Noldeke, Ueher Orlliorjraphie und Sprache der Pahni/re-

ner (Z.Z>..V.r;.. t. XXIV; 1876).

Dictionnaire : Leduain, Dictionnaire des noms propri-s J'almyréniens, Paris, 1887 défectueux).

Les Nabatéens. bien connus par la description de Strabon ^XVI, IV . constituaient aux environs de l'ère chrétienne un royaume puissant, dont le territoire forma, après la conquête (100 apr. J.-C. , la province romaine d'Arabie. En 312 av. J.-C, ils constituaient déjà un peuple assez fort pour résister vie-

torieusement aux armées d Aiitigoims. Ils occupaient alors le nord de l'Arabie et l'ancien pays des Edomites, à l'est de la mer Morte. Plus tard, ils se rendirent maîtres de la Cœlé-Syrie et de la Damascène. Les Nabatéens avaient monopolisé le commerce de l'Arabie avec l'Occident comme les Palmyréniens celui du ^olfe Persique.

Une opinion admise en Allemagne veut faire des Nabatéens une tribu arabe se servant de Taraméen comme langue littéraire, ou même simplement comme langue d'apparat pour la rédaction des inscriptions. Uubens Duval a soutenu que les Nabatéens étaient des Araméens, qui peu à peu se seraient assimilés aux Arabes, surtout à partir du moment où ils perdirent leur autonomie politique. L'examen des inscriptions confirme cette manière de voir. Les plus anciennes (premier siècle avant l'ère cbrétienne sont exemptes de tout arabisme ; rintluence arabe se fait sentir de plus en plus à partir du premier siècle de notre ère, et d'abord dans les inscriptions provenant du sud (Médaïn Sâleh, Hég-ra) ; la plus récente '208 J.-C.j est un mélange de mots arabes et araméens. M. Dussaud a rapporté au Louvre une inscription trouvée àen-Namara (Ilaouranj, datée de l'an 328, entièrement rédigée en arabe, mais écrite en caractères nabatéens; c'est le plus ancien monument écrit de la littérature arabe. Les écrivains arabes eux-mêmes ont toujours considéré les Nabatéens comme des Araméens; et si l'on pouvait démontrer cpi ils sont originaires de 1 Arabie, il faudrait admettre (pi ils étaient du moins conq)lètement aramaïsés à l'époque où ils jouent un rôle dans l'histoire.

Nous ne connaissons le dialecte nabatéen que par les inscriptions. Celles qui ont été découvertes jusqu'à ce jour sont au nombre d'environ quatre cents, non compris les inscriptions sinaïtiques. Elles ont été recueillies pour la plupart à Bostra et dans les régions avoisinantes, à Pétra, capitale du royaume, dans l'Arabie même, à ïeima, surtout à Hégra et dans les environs de cette ville. Mais les Nabatéens, comme tous les peuples marchands, ont laissé des traces de leur passage hors de leur propre pays. On a retrouvé des inscriptions nabatéennes en Egypte, en Phénicie, et jusqu'en Italie, à Pouzzoles et à Rome, où leur colonie possédait un sanctuaire ^

Les rochiTs du Siiiaï portent de nombreuses insci"i})tions (jiie la tradition des Juifs alexandrins. raj)|)oi-tée [)ai' Cosmas Indicopleustes, tenait pour liébiaï(jues et faisait remonter à répofjue de Moïse. Ce sont des inscriptions ndbatéennes, comme l'avait fort bien reconnu Béer, dès IHiO. Ouelques-unes sont datées : la plus ancienne de Tan l.'iO. la ])lus récente de Tau XVl de nolri' ère. Toutes ont été gravées dans Tespace compris entre ces deux dates ou à peu près. Elles ne contiennent généralement que des noms propres et quelques brèves formules. Ces i)roscynèmes sont au nombre de près de trois mille-.

A côté des inscriptions, il faut mentionner les monnaies nabatéennes qui ont été d'un grand secours pour établir la série des rois de Nabatène. \ous connaissons une succession royale presque ininterrompue depuis Obodas I"' (vers 90 av. J.-G.) jusqu'au dernier roi nabatéen. Malikou III (10(j apr. J.-C. i'.

1. Les exj)lorateurs qui ont le plus contribué à enrichir la science on recueillant des insci'iptions nabatéennes sont De Vogiié, Iluber, Doughty, Euting, et aussi les deux expéditions américaines en Syrie dirigées par Butler, et TEcole biblique de Jérusalem — Les textes sont publiés dans le Corpus Inscript. Sentit., Pars 11, n°* 157-480. On y trouvera la bibliographie des travaux antérieurs. — Celles qui -ont été découvertes récemment (il y en a de très importantes) formeront la matière d'un supplément assez volumineux quejespèrc pouvoir faire paraitre en lî)ll. Consulter en attendant le Recueil d'archéolorjic orientale àe Clehmont-Ganneau, où les i)rincipales découvertes sont signalées et discutées avec une merveilleuse sagacité.

2. Corpus, n°* 4{)0-3233. J"y ai ajouté un Index spécial et très complet. Quelques centaines de ces inscriptions avaient été copiées jadis par Grey, Lepsius, Lottinde Laval et d'autres; Euting (180 h en recueillit environ 600. G. Bénédite, chargé de cette mission par lAcadémie des Inscriptions, en copia vers la même époque près de deux mille. La bibliographie de ces inscriptions occupe plus dune page du Corpus [t. 1, }). 356-357).

3. DissALD, Xuînismaliqnn des rois de Xahutène (Journ. ax.. lOO'i-): Monnaies nabatéennes (Revue Xuntisntatique. 1003^.

L'araméen oriental est représenté pour nous par le Talmud de Babylone, par le mandéen et surtout par le syriaque: deux dia-

loctes. celui des Manichéens et celui tles lluriuniens, ont disparu, sans qu'il nous soit rien resté de leur littérature.

La composition de la ghemara du Talmud de Babylone est due aux mêmes causes que celle du Talmud j)alcslinien. Tous les descendants de la colonie juive déportée à Babvlone ne revinrent pas en Palestine sous Gyrus. Beaucoup de familles restèrent dans la contrée, avec une certaine org'anisation religieuse, sous la direction d'un « prince de lexil » auquel les rois perses i-econnurenl quelque autorité. Cette fonction se perpétua sous les caliphes el existait encore au x*^^ siècle. La mischna, d'origine palestinienne comme nous lavons vu, fut portée dans les centres babyloniens par Abba Areka, dit Ilab, le premier des anionis, «jui fonda 1 école de Soura en 210. Elle y devint l'objet de discussions plus vives qu'en Palestine; non, certes, pour contester son aut rite, mais pour l'expliquer, la commenter el en faire l'application à une foule de cas réels ou imaginaires, dont la casuistique du moyen âge, malgré ses subtilités, ne pourrait donner qu'une idée fort imparfaite. L'abondance de la matière aurait dû, semble-t-il, en hâter la codilication ; il n'en l'ut [)as ainsi. La rédaction ne fut entreprise qu'au v''. siècle pour être terminée au vi'"; elle fut peut-être provoquée, ou du moins hâtée, ])ar une cause accidentelle, la ])erséculion des Juifs (;t la fermeture de leurs écoles, vers l'an 50(1. par le roi de Perse, Pero/.

La ghemara du Talnuid de Babylone est donc d'un siècle postérieure à celle du Talnuid de Jérusalem. l''lle est environ (juatre lois plus éteiulue que cette dernière, et plus riche en développements haggadiques. Pour cette laison sans doute, les rabbins du moyi'u âge accordent au Talmud de Babylone ime autorité plus grande ((u'à celui de Jérusalem ; mais les critiques, au cfuitraire, reconnaissent plus de valeur à ce dernier'.

1. lîibliograpliie du lexle dans Stkack, u/i. .■iti/ira huit]. (J^ VIIIi Grammaires : S. 1). Luzzato, Elmnend (fruinimUicuH ilcl rnldcu hihlico e del dialello ialmudico Uahilonesc (l^•uloue, 18(35). Tiadiuiions allemande et angolaise, — i\. Lkvias, .1 Grammar o/' Ihc Aramaic Idioin conlained iti Ihe Balnjlonian Talmud (Cincinnati, lUOO).

Dictionnaires : les mêmes ([iie pour le Talnmd de Jérusalem.

Nous ne pouvons niallu-nrenseinciil ([u- iiiL-ntioniuM- la littérature araméenne des Manichéens. Le londaleur de cette secte iameuse dans riiistoire. Mani mort en 27()i, avait composé ses ouvrages dans le dialeele l)ab\ Ionien. (Juehpies j-ares IVagnients se trouvent cités dans les auteurs svriaques; leur rédaction a pu être iniluencée par la lani^ue littéraire, et les citations seraient d'ailleurs trop courtes pour «pion en [)ùl tirer des conclusions précises sur les particularités de leur dialecte. Plus tard, les Manichéens écrivirent en persan, tout en continuant à se servir de 1 alphabet dérivé du svriaque. Des monuments assez étendus de cette dernière littérature ont été récemment découverts à Tourfan, dans le Turkestan chinois: nous n'avons plus aucun ouvrage de leur littérature primitive.

La secte des Manichéens est aujourd hui éteinte : celle des Mandéens, <[ui prit naissance dans la même contrée a réussi à se maintenir jusqu'à ce jour. Ses adeptes, peu nombreux, habitent les régions de Wasit et de Bassorah. dans la Basse Babylonie. Les noms de Sabéens ou de Chrétiens de saint Jean, par lesquels on les désigne souvent en Europe, leur sont totalement inconnus. Us s'appellent eux-mêmes « Nazaréens ». c'est-à-dire '< chrétiens ». Mais leur religion est en réalité un gnosticisme païen teinté de notions dérivées du judaïsme et du christianisme'.

La littérature maudéenne (pii nous est ])arvenue comprend des inscrij)tions et des écrits religieux.

Les inscri})tions consistent presque exclusivement en formules d'incantations tracées à l'encre, pour la plupart, sur des coupes magiques-. La plus ancienne et la plus longue ,278 lignes) est gravée sur une tablette de plomb \

Les ])riiicipaiix écrits sont : 1" Le (iinzà ( Trésor i on Sidrà linhhA Grand Livre), vulgairement appelé Livre dAf/aryi''; — 2" Le Sidrà d' }',iltyii lAvve de Jean^ ' ou d'ràschê d' rnnlUè (Traités des rois I ; — ii" Le recueil d'hymnes et de discours relatifs au baptême et à la sortie de Fàme du corps, qu'on a coutume d'appeler Qolasta ^ — 4" Quelques autres compositions plus récentes (traitant de la cosmogonie, des croyances, des devoirs des prêtres et des fidèles, de l'expiation des fautes, etc.], entre autres le recueil appelé Diiciin, et le As far Mabvasché (Livre des signes du Zodiaque/.

Tous ces ouvrages sont conservés dans l'écriture spéciale aux Mandéens, une transformation de l'écriture syriaque avec cette particularité (jue les voyelles y sont toutes exprimées à l'aide de signes tirés de lalphabet lui-même, comme dans les langues européennes'.

Les livres mandéens sont, dune façon générale, sans valeur littéraire ; quelques passages cependant ne manquent pas d'un certain élan poétique: pour le fond, ils contiennent d'assez nombreuses traces de doctrines ou d'usages de sectes religieuses disparues fgnostiques et manichéens). Ils ne sont donc pas sans valeur pour l'histoire des religions. Mais au point de vue philologique ces documents sont d'une im])ortancc capitale, parce qu ils permettent de suivre le dévelop[)ement d un dialecte qui n'a été influencé ni par Ihébreu, comme le dialecte juif, ni par le grec, comme le dialecte chrétien: et de plus nous sommes fixés sur la prononciation par les textes mêmes. Ainsi s'explique ({ue, de toutes les savantes études grammaticales consacrées par M. Xôldeke aux différents dialectes araméens, la plus développée soit celle (jui traite du mandéen^.

1. Exposé systématique de l'histoire et des doctrines dans Petermann, Beise in Orient {2" éd., Leipzig, 1805 , p. 447-465. La notice donnée par Iluarl, Mission scientifique en Perse, t. V, est incomplète, et sur plusieurs points inexacte.

2. Pognon, Inscriptions Mandaïtes des coupes de Khuuahir Paris, 1809). Importante collection, suivie d'un glossaire.

3. LiDZUARSKi. Ein niandliisches Amulett (dans Florile(jiuin Melchior di' Vogiié, Paris, 1909 .

4. Editions : Norberg, Codex nasaraeus liber Adanii appellatus, Luud, 1815 (texte en caractères syriaques, et traduction latine ; édition défectueuse);— H. Petermann, Thésaurus seu Lj/jt majyrnu.s, Berlin, 1867 texte en caractères mandéens).

5. LiDZBAHSKi, Des Johanneshurli der ManJàer (Giessen, 1905 ; texte seul.

6. Elting, Qulasta o<Ier Gesani/e uml Lehren etc. 'Stuttgnil, 1807 .

7. Les manuscrits niandéens sonl f^-^énéralement catalogués à la suite des mss. syriaques. Le fonds de la Hihliothècjue nationale est un des plus complets.

8. Mandàixchi' Crrummulik. (Halle, 11S75). — 11 n'exisU- pas de dictionnaire mandéen. ^L Lidzbarski se propose de cond)ler cette lacune.

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