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centres. Mais, bien que sous la juridiction de la Compagnie de la Baie d'Hudson, dont le siège central était à Londres, le Eaysn'enétait pas mpms^çongiidéllj^mme étant de langue française; et tousjes^mploj'és de^ la compagnie coinprenaient et parlaientjjjlus ou moing bien, le frân,^aig. Il est vrai quèla plus grande partie de ces employés venaient de l'Ecosse, pays où l'on a, semble-t-il, moins de vénération pour l'unilinguisme que dans la province d'Ontario.

Les rares écoles qui furent établies dans le pa5's, le furent uniquement par les missionnaires catholiques, qui n'avaient pour les soutenir que ce qu'ils pouvaient tirer des privations qu'ils s'imposaient en ménageant les maigres ressources destinées à leur propre entretien. Ces écoles étaient naturellc;ment toutes de langue française. Et si, autant qu'ils le pouvaient, " lés missionnaires y faisaient donner un cours d'anglais, ils le faisaient à leurs risques et périls et n'y étaient guère encouragés par les dirigeants de la Compagnie de la Baie d'Hudson.

Les choses étaient donc ainsi dans l'Ouest: les différents éléments de la population: anglais, français, métis, sauvages, vivaient en assez bon accord; et si, parfois, quelques diflScultés s'élevaient entre eux, la question des langues n'y était pour rien. Chacun ayant le désir bien naturel de se faire comprendre de ses voisins, tâchait d'apprendre le plus de langues qu'il lui était possible. Mais la langue française, étant la plus généralement parlée, était regardée comme la langue officielle du pays.

Jusqu'à l'époque où s'étabHt la Confédération canadienne dans l'Est du Canada, c'est-à-dire, jusque vers 1867, les sauvages, encore presque tous païens, se montraient fort peu endurants à l'égard des étrangers brouillons qui voulaient venir essayer de les embêter. Et cela explique que, jusqu'à cette époque, nos voisins de l'Ontario se soient prudemment abstenus de visiter les plaines de l'Ouest. Mais alors, If s missionnaires frangeais, aidés de l'influence des Métis et des Canadiens-français établis dans le pays, ayant converti la plus grande partie des Sauvages, leur avaient inspiré une humeur un peu plus hospitalière à l'égard des étrangers, même quand ces étrangers n'étaient pas tout à fait aimables.

Donc, les promenades dans l'Ouest étant devenues un peu moins dangereuses, les gens d'Ontario commencèrent à y faire quelques voyages de découvertes. Et nos Bostonnais j&rent tout d'abord quatre constatations plus horrifiantes les unes que les autres. Ils s'aperçurent: lo que la langue anglaise était loin d'être la langue dominante du pays; 2o que la majorité des habitants n'étaient que d'affreux papistes; 3o que les lois provinciales de l'Ontario n'étaient point en vigueur dans le pays; et enfin, 4o, que malgré tout cela, les gens vivaient en paix les uns avec les autres. Vous comprenez que, pour des Bostonnais qui se respectent, c'était un état de choses qui ne pouvait durer.

Ils commencèrent donc à crier à la "French and Roman domination" ; ils voulurent déposséder les colons canadiens et métis des établissements qu'ils occupaient d'après les lois et coutumes du pays; ils demandèrent au gouvernement d'Ontario d'envoyer des arpenteurs pour les aider dans leur œuvre illégale et parfaitement révolutionnaire. Et le gouvernement d^ntario, qui n'avait j)as.,plus d'autorité dans Je pays ç[ue le gouvernement chinois, envoya les arpenteurs demandés. Ils commirent toutes sortes d'exactioris et d'actes arbitraires tout à fait illégaux. Ce fut là l'origine des troubles.

Je crois que, l'année dernière, le premier ministre actuel de l'Ontario déclarait à des journalistes que le gouvernement ontarien n'était jamais intervenu dans les affaires des autres provinces. Je l'engage à relire l'histoire vraie des troubles de la Rivière-Rouge. Il s'apercevra qu'en faisant cette déclaration, s'il a été sincère, il a oublié, ou grossièrement ignoré, une page importante de l'histoire de sa province.

Je dis l'histoire vraie; et je reconnais que pour un unilingue, il est bien difficile de la connaître. Car toutes les relations anglaises des événements de la Rivière-Rouge que j'ai pu me procurer pourraient s'intituler "légendes fantastiques" ou "contes à dormir debout"; mais aucune ne mérite le nom d'histoire. Pour trouver un truquage aussi complet et une falsification aussi éhontée de documents historiques, il nous faut arriver, à l'exposé de l'invasion de la Belgique par les historiens allemands. Dans les deux cas, c'est la même bonne foi, le même souci de la vérité historique.

l'ouest et la confédération canadienne 29 UOuest et la Confédération Canadienne

L'Ouest était une colonie britannique, oii la couronne d'Angleterre exerçait sa suzeraineté par le moyen des officiers de la Compagnie de la Baie d'Hudson, qui se faisaient aider des notables dans l'administration du pays, ainsi que nous l'avons dit dans le chapitre précédent. La H. B^o. faisait donc à peu près l'officejd^in^gpuverneur royal dangJIgs^antrps p.nlnnîpg Depuis la disparition de la patriotique ( ?) compagnie anglaise du Nord-Ouest, personne dans le pays n'avait songé à mettre en doute la suzeraineté de la couronne britannique. Mais, d'un autre côté, ij est également certain que ni le gouvernement du Haut ou du Bas-Canada, ni le gouvernement canadien au temps de l'Union, n'avait jamais eu aucuneespêce de droit dans^îel^ays. En 1867, lorsque les provinces de l'Est se constituèrent en confédération, l'Ouest ayant été laissé complètement en dehors de l'entente, ni le gouvernement fédéral, ni, à plus forte raison, celui de l'une quelconque des provinces j confédérées, n'avait autorité sur les contrées de l'Ouest, qui! restaient une colonie britannique, aussi étrangère au Domi-^ nion du Canada que l'est actuellement l'île de Terreneuve.

Or, la Compagnie de la Baie d'Hudson, voyant que le pays devenait difficile à gouverner, par suite des troubles causés par les agitateurs ontariens, donna sa démission de gouverneur du pays et vendit ses "droits!l au^uvernement canadien. La compagnie fit là, assurément, une bonne affaire et elle empocha une bonne somme d'argent canadien. Que le gouvernement canadien ait également fait une bonne affaire, la chose me paraît plus douteuse. Car, s'il est facile de voir ce qu'il a payé, il est plus difficile de voir ce qu'il a acheté. La compagnie avait précieusement réservé toutes les terres qu'elle occupait réellement, c'est-à-dire, les seules qu'elle aurait pu vendre; car je ne suppose pas que la compagnie ait eu l'intention de vendre les terres occupées et exploitées par les colons, qui s'y étaient établis d'après les lois et les coutumes du pays. Elle n'a pas pu non plus avoir l'intention de vendre tous les habitants du pays, comme on fait d'un troupeau de

nègres dans l'Afrique centrale; les droits à la vie de ces anciens habitants devaient être nécessairement réservés. La conclusion qui se dégage de l'étude de cette transaction, c'est que la ^om^agme réserva tous les droits qu'elle possédait^réellement et vendit^ ceux qu'elle n'avait pas.

Mais, quoi qu'il en soit de cette transaction avec la Compagnie de la Baie d'Hudson, il est évident que l'Ouest ne pouvait entrer dans la Confédération canadienne sans qu'on établisse son "statut" comme province. Il fallait par conséquent des négociations et des arrangements entre le gouvernement d'Ottawa et les représentants autorisés des habitants de l'Ouest. Or, la^H. B. Co. ayant^ jonné^sa démission d^ gouverneur, il n^yjavait plus de ^gouvernemeat ,dans l' Ouest. W ftÇ-C ^^^TsfsiJJLinstriictions ^;enMes de^^ndres^ yles habitânts deja Rivière Rouge et de l' Assiniboïa nommèrent des iÊprésenta^ts : Idoûzè^nglais éy douze Trahçâis^ qui établirentjm^gouvernemënt^fovisoire. Te gouvernement de,^elj qui, du jourjde sa constitution, ^jvint donc le seul gouvernement régulier^t ^légitime de lajçolonie. Le principal but de ce gouvernement '/ étant de traiter avec le gouvernement canadien des conditions de l'entrée de l'Ouest dans la confédération canadienne, le ' gouvernement d'Ottawa n'avait qu'à traiter avec lui, et les / choses allaient se passer le plus normalement et le plus traniquillement du monde. Cela semble d'une simplicité enfantine. Mais cela ne faisait point l'affaire des agents provocateurs des fanatiques de l'Ontario, qui, après avoir contribué à nommer le gouvernement provisoire et l'avoir reconnu, refusèrent de se soumettre à son autorité. Le gouvernement d'Ottawa, au lieu de traiter avec le gouvernement régulier du pays, ne voulut écouter que les agitateurs révolutionnaires; et sans plus ample informé, il prépara une expédition militaire pour aller leur porter secours et renverser un gouvernement régulièrement établi au nom de la reine d'Angleterre.

J'ai observé que mes contemporains canadiens, tant anglais que français, ont une difficulté extrême à se rendre

1 Du gouvernement impérial ou des autorités de la Compagnie de la Baie d'Hudson ? Il y aurait là un intéressant point d'histoire à élucider. Il n'a jamais été parfaitement tiré au clair.

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compte de la réalité des événements historiques. Concrétisons donc un peu les choses et supposons que les événements de la Rivière-Rouge, au heu de se passer dans les pays lointains de l'Ouest et à une époque aussi perdue dans la nuit des temps que l'année 1870, se passent de nos jours, dans l'île de Terre-Neuve, qui, par rapport au Canada, se trouve exactement dans les mêmes conditions que l'Assiniboïa de cette époque.

Supposons donc que quelques douzaines d'habitants d'une des provinces maritimes, disons de la Nouvelle-Ecosse, s'en aillent faire du trouble à Terre-Neuve, en voulant y apphquer les lois de la Nouvelle-Ecosse; qu'ils cherchent à déposséder de leurs biens les anciens habitants de l'Ile, et que, pour les aider dans leur œuvre, le gouvernement d'HaUfax leur envoie une équipe d'arpenteurs. Là-dessus, le gouverneur de Terre-Neuve, fort ennuyé de la tournure, que prennent les choses, vend ses droits au gouvernement canadien et donne sa démission. Le premier ministre de Terre-Neuve et les membres de son cabinet disent alors au gouvernement canadien: C'est très bien; nous voulons bien entrer dans votre confédération; mais tout d'abord, discutons ensemble les conditions dans lesquelles nous y entrerons. Mais, le gouvernement canadien, sans tenir plus de compte des anciens habitants de l'île et de leur gouvernement que si l'île avait été déserte au moment où les agitateurs de la Nouvelle-Ecosse y abordèrept, ne daigne même pas répondre aux avances du gouvernement terreneuvien et envoie un lieutenant-gouverneur pour gouverner l'île de la plus autocratique façon. Le premier ministre envoie ses gendarmes rencontrer le pseudogouverneur au quai de débarquement et le fait prier pohment de se rembarquer illico; car, pour le moment, il est tout ce qu'il y a de plus "undesirable". Là-dessus, le gouvernement canadien envoie une expédition militaire pour aller réduire les rebelles de Terre-Neuve. Ceux-ci, si l'envie leur en prenait, seraient parfaitement capables de jeter à la mer la dite expédition. Mais, pour ne pas se battre contre le drapeau britannique, ils se retirent devant les soldats; et le gouvernement canadien fait déclarer hors la loi le premier ministre de Terre-

Neuve et tous les membres de son conseil. Dites-moi, amis lecteurs, si demain les choses se passaient de la sorte à Terre- Neuve, lequel, du gouvernement canadien ou du gouvernement de Terre-Neuve, serait le rebelle et quel serait le révolutionnaire ?

Eh bien, dans toutes les suppositions précédentes, mettez la Rivière-Rouge à la place de Terre-Neuve; remplacez la Nouvelle-Ecosse par l'Ontario; donnez le nom de Riel au premier ministre; et vous aurez l'histoire vraie et authentique de la Rébellion de la Rivière-Rouge; de la légalité de l'action du gouvernement fédéral et de la légitimité de l'intervention du Gouvernement provincial d'Ontario dans une affaire qui ne le regardait nullement.

Je me trompe, cependant. Pour que le cas supposé de Terre-Neuve soit absolument semblable au cas trop réel de la Rivière-Rouge en 1870, il faudrait y ajouter la supposition d'une puissante flotte américaine croisant au large de Terre- Nêuve^avgic une nombreuse arnïée de débarquenient, qui n!attend ^u'iui-sigaal-pout^nvahir l'Ile et la soustrair£à la tyrannie britannique. Car tel fut le cas de la Rivière-Rouge, pendant tout le temps que durèrent les troubles.

Les Américains ne cessèrent d'exciter Riel et les Métis à se révolter franchement contre l'Angleterre. Ils comptaient si bien sur cette révolte, que leur armée se tenait prête à intervenir au premier appel du chef métis. Et, n'en déplaise à jiosJfiaJi£ûph QbeSj si cet appel s'était j^rocluit, non seulement rexpéditjcm de Wolseley^e serait pas revenue de son aventure mais pas un de ses soldats ne ^erait^pjiryenu à la Rivière- Rouge. Lisez le récit qu'a fait de cette expédition le général Butler. Malgré toutes ses vantardises et sa haine de Riel, qu'on sent percer à chaque ligne, il est évident qu'il se demande pourquoi le chef métis n'a pas attaqué l'expédition dans sa marche, qui, même sans attaque, a été si pénible. Et, plutôt que de reconnaître franchement que cela seul démontre que Riel n'a jamais eu J/intejntion de combattre sérieuseinent, il en profite pour railler niaisement l'incompétence militaire du chef métis et de ses lieutenants. On a de la bonne foi ou on n'en a pas. Il est vrai qu'il serait un peu humiliant pour un

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officier anglais d'avouer que cette expédition entreprise à si grand fracas était dirigée uniquement contre des fantômes, qui n'existaient que dans l'imagination des fanatiques d'Ontario et des membres du gouvernement canadien.

La vérité, c'est que Riel, chef du gouvernement régulier d'une colonie britannique, ^arda fidèlement~sôn serment d 'allégeance à la rein¥T' Angleterre et~rêsta sourd aux appëfs des Américains; et cela, aux dépens de sa propre sûrèté~ërcrc celle de ses plus fidèles partisans. Les conseils de Mgr Taché et du R. P. Lestang ne contribuèrent pas peu à le maintenir dans cette fidélité inébranlable à sa souveraine légitime. Ce fut encore sur leurs conseils, que, quand, malgré tout, les Américains voulurent envahir la colonie, il se joignit aux troupes anglaises pour les repousser. Pour l'en remercier, le gouvernernent d'OntarjoJe^Jit^condainneii^à^m^^ qn^ se de- mande vraiment en vertu de quel droit; et le gouvernement fédéral crut faire preuve de clémence en commuant cette sentence illégale, en sentence d'exil.

Toute l'affaire fut d'ailleurs conduite avec une telle incohérence, que le gouvernement canadien, après avoir renversé, manu militari, le gouvernement régulier du pays, se trouva devant le néant, n'ayant personne avec qui traiter, et incapable par conséquent d'incorporer vaîidement les territoires de l'Ouest. Il fut donc obligé de faire procéder à la constitution d'un nouveau gouvernement provisoire, moins régulier assurément que le précédent, afin de pouvoir traiter avec lui. Les arrangements qui furent faits avec le nouveau gouvernement furent d'ailleurs exactement les mêmes que ceux demandés par Riel et ses partisans. Alors?. . . Il aurait peut-être été plus simple de les faire dès le commencement.

Vraiment, Georges Cartier et John Macdonald ont écrit là une page que leurs admirateurs, dont je suis, aimeraient autant ne pas trouver dans l'histoire de leur vie politique. Il est vrai qu'on peut dire, pour leur excuse, qu'ils s'occupaient là de choses dont ils ne connaissaient pas le premier mot. Mais des politiciens aussi avisés auraient peut-être dû s'informer et s'instruire avant d'agir. Et puis, il y eut dans leur conduite de tels manquements à la bonne foi et à la parole donnée, que même l'ignorance crasse ne peut les excuser.

Il semble d'ailleurs qu'ils aient posé là un précédent d'incohérence et d'absurdité que le gouvernement fédéral s'est cru obligé de suivre scrupuleusement depuis, à chaque fois qu'il a eu à s'occuper de l'Ouest.

Ne terminons pas ce chapitre sans dire que le ^incipe des écoles séparées et l'usage oflSicieL^des^deux^ langues furent solennellement inscrits dans igs statuts constitutionnel^ de la jQOuvelle^jgroyince. sur les pressantes instances des Anglais protestantsjki pays. Ils étaient alors la minorité. Quelques années après, s'étant aperçus qu'ils étaient devenus la majorité, ils s'empressèrent de nier ces droits à la nouvelle minorité. Cestce qu'on appelle le fair play . . . bostonnais.

L'immigration

Après la constitution de la Confédération, il y avait donc» au Canada, les deux grandes nationalités, anglaise et française, dont les droits égaux étaient reconnus par l'acte constitutionnel, et, en plus, les restes des différentes tribus sauvage» qui avaient été les maîtresses du Canada, avant la venue des blancs. Il est évident que le devoir des deux races civilisées était de s'entendre, de se respecter mutuellement gtnîe^^ prêt^Fmâm^rte dans l'œuvre de la civilisation des Sauvages.. Si les deux races avaient su comprendre cela dès le commencement, nul doute que la formation de la nation canadienne serait maintenant un fait accompli.

Les Canadiens-français ont toujours été fidèles au pacte fédéral; ils ont toujours respecté au delà de leurs obligations les droits de la minorité anglaise, partout oïl ils se sont trouvés en majorité, comme à Québec et dans le Manitoba, au moment de l'entrée de cette province dans la Confédération. Mais, par contre, il faut reconnaître que les Anglo-Canadiens se sont toujours montrés chicaniers et qu'ils ont refusé à la population française ses droits les plus élémentaires, partout où leur nombre leur a permis de le faire, comme dans l'Ontario et dans le Manitoba, aussitôt que la majorité a changé de côté dans cette dernière province.

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Cette humeur chicaneuse et insociable de ^élément anglais a donc considérablement retardé l'œuvre de l'unité nationale. Cependant, malgré les fanatiques, si les deujTracès "avâîëht été laissées à elles-mêmes, par la force même des choses, cette unité aurait jfini par se faire: la nation canadienne se serait constituée avec le caractère de nation anglo-française, les restes des anciennes tribus continuant, dans quelques coins, à se servir de leurs vieilles langues, monuments vénérables des anciens temps du Canada.

C'est sans doute pour éviter cet harmonieux résultat que, depuis vingt ans, nos gouvernants travaillent de toutes leurs forces à faire du Canada un babélique chaos. Et ici, dans notre bon pays du Canada, nous assistons à un spectacle pas banal du tout; je crois même qu'il est unique dans les annales de l'humanité. Aussi, si les résultats sont désagréables, la curiosité du spectacle en compense un peu les inconvénients, surtout pour un observateur de la bêtise humaine, comme moi.

Dans les siècles passés, il y a bien eu des invasions dans les autres pays. En parlant de la formation des nations européennes, j'ai même rappelé le fait que, dans les premiers siècles "jJ^ ^i^" de l'ère chrétienne, les peuplades les plus diverses s'étaient — -^ jetées les unes sur les autres, mêlées et entremêlées dans un chaos indescriptible. Mais nulle part, cette invasion d'éléments étrangers et hérétogènes ne se fit sur la demande des gouvernants des pays envahis. Au contraire, ils firent tout ce qu'ils purent pour l'empêcher, et, s'ils durent la subir, ils nela provoquèrent pas.

Mais, autant les gouvernants des autres pays ont fait d'efforts héroïques et consenti de cruels sacrifices pour essaj^er de repousser les invasions, autant nos gouvernants à nous se donnent de mal et dépensent des sommes fabuleuses pour provoquer Finvasion du pays par les hordes les plus héréto-lj-^^,^,^^^ gènes, les moins faites pour s'entendre et les plus incapables ) — ^ de vivre pacifiquement à côté les unes des autres. Je vous avoue que c'est avec le plus complet ahurissement que je contemple le flot montant de cette immigration bariolée, dont nos pohticiens ne cessent d'inonder nos régions de l'Ouest. Je me demanderais quel esprit de vertige anime nos gouver-

nants, si, les connaissant de longue date, je ne savais parfai tement qu'ils n'ont pas d'esprit du tout.

Des politiques avisés auraient reconnu a -priori que tenter cette expérience, c'était courir à une aventure, pour le moins très risquée et très dangereuse. Mais, au moment où nos politiciens inaugurèrent leur politique d'immigration à outrance, c'était une stupidité sans excuse, puisqu'elle venait d'échouer piteusement chez nos voisins des États-Unis.

Ceux-ci, en effet, sans avoir jamais cherché à provoquer l'envahissement de leur pays par les étrangers, avaient cependant laissé leurs portes large ouvertes pour tous ceux qui voudraient y entrer, Or, précisément au moment où la politique d'immigration s'inaugurait au Canada, les hommes d'État des États-Unis s'apercevant que cette invasion d'éléments hérétogènes était dangereuse, et constatant qu'elle avait eu de mauvais résultats, se mettaient en devoir d'y couper court et fermaient les portes de leur pays à l'immigration étrangère.

Je ne suis assurément qu'un pauvre simpleton ; car, je vous avoue que la seule conclusion que je tirai de là fut que ce qui avait eu de si mauvais résultats chez nos voisins n'avait guère de chances de produire de bons effets chez nous. Mais__la logique des politiciens est, paraît-il, complètement différente de^ja vulgair^logique__du bon sens. Toujours est-il que nos gouvernants tirèrent des événements une conclusion diamétralement opposée à la mienne et qu'ils se dirent: les États-Unis ne veulent plus de l'immigration qui a causé des désastres chez eux, donc c'est le temps d'en détourner le torrent sur le Canada.

Et, non seulement ouvrirent-ils toutes grandes les portes du pays, mais, par leurs agents d'immigration, par la presse, par les réclames de tout genre, par les promesses les plus alléchantes et souvent les plus fallacieuses, ils embrigadèrent tous les vagabonds, les rôdeurs, les gens sans feu ni lieu, et souvent sans foi ni loi, qu'ils purent recruter dans les cinq parties du monde et déversèrent tout cela sur le Canada. La seule chose qui m'étonne, c'est que, dans une immigration ainsi recrutée, il se soit trouvé un aussi grand nombre de

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sujets recommandables. Mais nos gouvernants peuvent bien dire que, pour ceux-là, ils ne l'ont pas fait exprès.

Dans toute cette affaire de l'immigration, quel but se proposaient donc nos politiciens ? — Oh ! de grâce, ne les supposons pas plus malins qu'ils ne sont. Je suis persuadé que la plupart ne songèrent nullement aux résultats que tout cela pourrait avoir pour l'avenir du Canada. La vaine gloriole fut œrtainement le motif dirigeant des chefs de file. Ils voulaient que l'histoire enregistre leurs noms et que nos petits neveux y lisent avec admiration que: X. étant consul, et son parti occupant le pouvoir, la population du Canada augmenta de tant de millions; et que, sous ce mirobolant régime, les villes poussèrent comme des champignons sur toute la surface du pays. Et, se pavanant d'avance devant les regards ébahis des futurs gosses qui liront leurs exploits, ils refusèrent obstinément d'écout»er les prophètes de malheur qui leur criaient casse-cou!

Il faut reconnaître que ceux-ci étaient d'ailleurs très peu nombreux. Sur cette question de l'immigration, presque tous les Canadiens semblent avoir été saisis du même vertige que leurs gouvernants. Et, même ici, d.ana l'Ouest, où les inconvénients de cette immigration indigeste étaient cependant plus apparents que dans le reste du pays, je sais par expérience qu'on était généralement trè.^ mal reçu, quand on voulai^Bar- 1er desjdangers^de cette politi(iuo.

Les financiers et les agioteurs du pays ont aussi poussé de toutes leurs forces à cette politique d'immigration. — Eux, au moins, me direz-vous, étaient mus par le désir de favoriser le progrès matériel, sinon moral, du pays. — Eux! Allons donc!. . . Vous ne les connaissez donc pas? — Ils^e fichent de la prospérité du pays comme de leur première cheniise. Ils ne voient que le tant par tête qu'ils reçoivent pour les troupeaux d'immigrants qu'ils font entrer au Canada; que les^ millions qu'ils pourront chiper dans la construction des divers chemins de fer, rendus nécessaires par le peuplement hâtif du pays, que les terres qu'ils se sont procurées pour rien et qu'ils pourront revendre avec du mille pour cent de profit; que les agiotages de toutes sortes qu'ils pourront tenter dans l'état

( de trouble entretenu dans tout le pays par cette immigration ^insensée. — Après ? — Eh bien après ? Après eux, la fin du jmonde: ils ne s'occupent pas de l'avenir.

Au milieu de l'aveuglement des politiciens, de la cupidité inconsidérée des hommes d'affaires, je crois cependant que, dans toute cette histoire d'immigration, quelques-uns avaient un plan arrêté et poursuivaient un but. C'étaient nos Bostonnais francophobes. Pour la future incorporation des Territoires du Nord-Ouest dans la Confédération, ils ne voulaient plus se trouver en présence d'une majorité française, comme cela leur était arrivé lors de l'incorporation du Manitoba. Il leur parut donc très sage de noyerJgjpoguJatiqnJrançaise de ces territoires dans fe flot de l'immigration étrangère^ / Instruits en histoire et en politique générale, comme on \ l'est généralement dans l'Ontario, Ja plupart s^imaginaient jque partout où l'on ne parle pas français, on parle anglais, et quèTën" dehors de Iâ^^râncëj|^dleJ^~provm^ le monde est protestant. Ils s'imaginaient donc que ces

immigrants qui leur arrivaient des quatre points cardinaux allaient être un précieux renfort pour l'élément anglais protestant du pays. Grand a donc été leur désappointement, en constatant que la plupart de ces immigrés ne sont pas pro- Itestants du tout; qu'ils parlent encore moins anglais que ces kffreux Franco-Canadiens et qu'ils n'ont pas d'esprit britan- \nique pour deux sous.

Tout comique que soit leur étonnement, je sympathise bien sincèrement à leur déconvenue. Mais, croient-ils que le

1 M. Smartt, sous-ministre de l'Intérieur dans le gouvernement dirigé par M. Laurier, a crûment exprimé ce dessein dans une interview à un journal de Liverpool, dont j'oublie le nom. J'en ai donné lecture à la Chambre des Communes.

J'ai suivi d'assez près, au parlement fédéral, le développement de cette politique d'immigration antifrançaise et anticanadienne pour attester que l'auteur a parfaitement saisi les motifs de ceux qui l'ont inaugurée. Le seul correctif que je serais tenter d'apporter à son analyse porterait sur la classification des motifs. La cupidité est le premier et le principal: un grand nombre de ministres, de sénateurs et de députés sont personnellement intéressés dans toutes les entreprises qui bénéficient de l'importation à outrance du bétail humain. Le motif de francophobie vient ensuite et celui de vaine gloriole, en troisième lieu et bien loin derrière les autres. Si l'auteur lui a donné la première place, c'est que c'est celui que les politiciens ont le plus aflSché afin de mieux cacher leurs véritables desseins et séduire le populo par l'apparat des gros chiffres.

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