‹ Les Langues et les nationalités au Canada \Chapitre 21 sur 23 · FAUSSE POSITION · texte numérisé non relu

FAUSSE POSITION

arme de combat, dont tout le monde doit se servir dans la >. lutte pour la vie; d'après vous-mêmes, la langue française] ."1* n'est qu'un instrument de luxe, une arme de parade, que vous; V'^'^'^'^;" prétendez conserver en même temps que le bon et solide! instrument qu'est la langue anglaise. Ne voyez-vous pas! que vous fournissez aux francophobes leurs plus forts argu-' ments contre vous ? "Puisque vous reconnaissez que l'anglais est si nécessaire, n'en compromettez pas l'enseignement en faisant vos enfants perdre leur temps à l'étude d'une langue, qui, d'après vous-mêmes, n'a qu'une valeur sentimentale et! est dénuée de toute utilité pratique."

Voilà ce qu'on vous objecte. — Et j'avoue que je ne trouve pas vos réponses aussi victorieuses que je le désirerais. Parce que vous commencez par une concession de principe, et que les concessions de principes, quelques légères qu'elles paraissent, conduisent toutes aux conséquences les plus désastreuses. Et je crois que^cette admission de l'anglais obligatoire est la seule cause de la faiblesse^Targumentalibn des défenseurs des écoles bilingues.

MàîsV répondent les Franco-Canadiens de l'Ontario et de l'Ouest, l'anglais nous est utile et nous voulons que nos enfants l'apprennent. — Quelques-uns ajoutent même: Si l'on voulait nous défendre de l'apprendre, nous l'apprendrions quand même. — Très bien; apprenez l'anglais, et bien vous ferez. Et mieux vous feriez encore de passer outre à la défense que l'on voudrait vous faire de l'apprendre, parce que personne n'a le droit de vous la faire. — Mais, de ce qu'on n'a pas le droit de vous le défendre, s'ensuit-il qu'on ait celui de vous l'imposer ? — De ce que vous voulez apprendre l'anglais, s'ensuit-il qu'on ait le droit de vous obliger à l'apprendre? En apparence, la différence ne semble pas énorme; mais en réalité, ça conduit à des conséquences toutes différentes.

Ainsi, je suis ici, assis dans ma cabane, en train d'écrire cet^ intéressant chapitre. Selontoute apparence, je ne sortirai pas avant d'avoir fini. Cependant, croyez-vous que je ne me rebifferais pas si quelqu'un s'en venait me déclarer qu'il m'enferme ici jusqu'à ce que j'ai achevé d'écrire? — Actuellement, je suis un écrivain, disposant librement de son temps

et de son crayon. Mais, du fait de cette injonction, je deviendrais un prisonnier ou, du moins, un écolier mis en pénitence. Et le cas me semblerait si différent, que, laissant là mon crayon, je sauterais immanquablement par la fenêtre, pour aller demander à mon olibrius la raison de sa manière d'agir. — "Mais, vous seriez prisonnier pour si peu de temps! Et puisque vous aviez l'intention de rester à écrire quand même, quelle différence ça peut-il vous faire?" me diront les concessionnistes. — Cela fait que, si je me soumettais à cette fantaisie de mon farceur, il n'aurait absolument aucune raison pour ne pas recommencer et m'enfermer cette fois pour des journées, des semaines et peut-être des années.

Et ainsi en est-il pour la question des langues. Si^Js:QUS reconnaissez ^ux ^ancojîhobes le djojt de vous imposer obligatoirement l'usage de l'anglais, vous leur ouvrez la voie pour vous susciter toutes sortes de difficultés par xapport à Tënseignement et au libre usageldfiJa langue^f ran^aise.

La connaissance des deux langues officielles du pays est, personnellement, très utile à tout habitant du Canada. Faisons donc nos enfants jouir de cet avantage: parce que nous voulons le leur procurer, et non parce qu'il plaît à un hurluberlu quelconque de nous imposer cette obhgation. — Donc, quand on accusera les Canadiens-français de ne pas vouloir apprendre l'anglais, n'allons pas faire le jeu de nos ennemis en nous défendant de cela comme d'un crime. Renvoyons tout simplement la balle dans le camp adverse: accusons bien haut l'ignorance et l'étroitesse d'esprit des Anglo-Canadiens, dont à peu près aucun ne connaît convenablement le français, langue officielle du pays et aussi obligatoire que l'anglais. Puis, proclamons le fait que dans nos écoles, on apprend aussi bien l'anglais que dans les écoles anglaises, tout en y enseignant le français. Mais, ne manquons pas d'ajouter que nous aurions le droit strict de nous contenter d'y faire enseigner uniquement le français, aussi longtemps qu'on n'enseignera que l'anglais dans les écoles anglaises.

La proclamation de nos droits à des écoles purement françaises est encore bien le meilleur moyen de défendre l'existence de nos écoles bilingues. — Essayez-le, et vous verrez.

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