TOUT LE SÉMITISME
Ici finit notre parallèle. La comparaison des flexions et des formes syntaxiques, tout en nous faisant voir de plus en plus clairement la différence profonde des deux constitutions intellectuelles mises en présence, ne saurait rien ajouter à la démonstration de notre thèse de linguistique appliquée à l'ethnographie. En montrant comment le génie ariaque et le génie sémitique ont, chacun de leur coté, spontanément créé des étoffes lexiques diverses; en prouvant que chacune des deux races créatrices a opéré les combinaisons premières et les plus indispensables de ces étoffes d'après des procédés propres et diamétralement opposés à ceux de l'autre race, j'ai démontré scientifiquement, par des faits sans cesse vérifiables d'his-
toire naturelle du langage, la diversité originelle de la constitution mentale, et, par conséquent, de l'organisation cérébrale dans Tune et dans l'autre race'; j'ai prouvé que les Ariens et les Sémites sont deux variétés primitives de notre espèce, j'ai prouvé la pluralité originelle des races humaines.
Et maintenant, pour finir par où j'ai commencé, il me reste à expliquer en peu de mots l'épigraphe que j'ai empruntée à l'illustre auteur de VEsquisse d'une philosophie.
La question de la pluralité originelle des races, dit Lamennais, « est le fondement de toute la théologie dogmatique ». Cela est vrai, et si je le répète après la démonstration que je viens de terminer, c'est que la valeur et l'autorité de l'enseignement théologique font encore partie des plus sérieuses préoccupations du moment.
Après avoir respectueusement écarté de la discussion l'œuvre sublime de Jésus, voyons quel est, dans ses grandes lignes, le système de la théologie dogmatique dite chrétienne. D'après les théologiens, qu'est-ce que le christianisme considéré dans son essence, dans ce qui le fait lui, dans ce qui l'établit comme parfaitement distinct de toute autre .secte de
la religion universelle? La foi en un évangile du royaume de Dieu, rétabli par Jésus-Christ en faveur de l'homme déchu de sa première innocence.
Or, il y a là toul un plan de rédemption dont voici les trois idées principales :
I. Lors de la création d'Adam et d'Eve, établissement sur la terre du royaume de Dieu (regnum Dci).
II. Renversement de ce royaume, ici-bas du moins, par la révolte de nos premiers parents.
III. Rétablissement du royaume divin par le médiateur Jésus, car, selon saint Paul, tous les hommes ont été rachelés et sanctifiés par une seule victime, le Christ, de môme que tous avaient péché par le crime d'un seul homme, Adam.
Vous le voyez, pour saint Paul comme pour les deux rédacteurs de la Genèse, tous les hommes de toutes les races sont enfants d'Adam. Pour le disciple du juif Gamaliel comme pour les auteurs des premières annales sémitiques, Adam et Eve commirent dans le paradis terrestre un double péché de désobéissance et d'orgueil. Sur ces doux faits franchement acceptés comme historiques, saint Paul assied la première pierre de tout l'édifice de la dogmatique chrétienne : Le péché d'Adam et d'Eve fut aussi le péché de tous
leurs descendante; tous les hommes naissent criminels, tous, en venant au monde, sont détestés de Dieu (filii irœ).
Or, de ces deux assertions bibliques : — Tous les hommes viennent A' Adam, — et — Adam fut prévaricateur , — la première n'appartient pas seulement au domaine de l'histoire proprement dite, mais bien encore à l'ordre des faits physiques et physiologiques dont l'ensemble porte le nom (ïhistoire naturelle. Nous venons de voir comment la linguistique, la branche la plus élevée de l'histoire naturelle des races, résout cette question que les théologiens ont faite si grave, si décisive : Tous les twmmes proviennent-ils d'un couple unique?