LES EXPLORATEURS
BABYLONE ET LA CHALDÉE
Le nom de Babylone se lie aux plus vieux souvenirs du monde, et nous reporte à cet âge où l’humanité, vagissant dans la boue du Déluge, entreprenait déjà des travaux dont Dieu seul pouvait arrêter l’audace !
La ville de Nemrod eut une enfance assez obscure absorbée par les rudes labeurs qui devaient assurer la fertilité du sol et par ces gigantesques travaux de canalisation dont la plaine de Sennaar porte encore les traces. Elle devint bientôt la capitale du monde, enviée et détestée, « la coupe d’or dans la main du Seigneur qui enivra toute la terre ! » Les jours de décadence et de ruine arrivèrent enfin; de cruels vainqueurs en firent la plus belle de leurs provinces, puis peu à peu l’aspect de cette région mésopotamienne si vantée dans l’antiquité changea totalement.
De nos jours, le vaste pays qui s’étend depuis Bagdad jusqu’à la mer ne renferme plus que des villages épars çà et là dans une plaine aride et sauvage. En quittant Mahâouil pour descendre la rive gauche de l’Euphrate, on commence à distinguer au-dessus de la ligne du désert les ondulations d’un sol accidenté que dominent quelques rares monticules. Ces éminences qui, de loin, ne paraissent être autre chose que des accidents naturels du terrain et que recouvrent quelques broussailles rabougries, voilà tout ce qui reste de Babylone! On parcourt ainsi 13 kilomètres sur un terrain relevé et ondulé de toutes parts ; d’ailleurs, pas un monument, pas une pierre sculptée, rien que des monceaux de briques au milieu d’un désert de sable coupé par des marais fétides. Ces contrées, jadis si florissantes, ont été frappées d’une stérilité complète ; il semble que le temps et les hommes se sont unis pour effacer le souvenir de leur grandeur, tandis que la terre se repose en attendant une culture féconde dont Dieu seul a fixé l’époque par de mystérieux assolements !
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La ville qui s’élève au milieu de ce pays désolé porte le nom de Hillah. C’était au xe siècle une cité déjà ancienne elle était entourée de murs qui ont dû être détruits plusieurs fois, car ‘ceux qui la protègent maintenant ne remontent pas à une époque bien reculée. Hillah forme une sous-division du Pachalik de Bagdad et contient 10 à 15,000 habitants. Les maisons sont construites avec les briques que l’on extrait des anciens monuments babyloniens. Depuis des siècles, ces ruines sont exploitées comme des carrières par des hommes que les Arabes appellent Sakkhars et dont le métier spécial est de rechercher ces antiques matériaux pour en édifier des maisons nouvelles. C’est ainsi que Séleucie, Ctésiphon, Bagdad, trois capitales, ont été bâties avec les débris de Babylone ; les grands palais et les édifices superbes qui faisaient la gloire de la ville éternelle, ne marquent plus leur place que par des monceaux de décombres, dont les besoins du moment changent souvent la forme et la position.
1 Yakout parle de Hillah, et Ahmed Ibn Djobaïr la mentionne également.
On distingue facilement plusieurs espèces de briques. Si on les considère d’après la matière qui les compose, on en trouve d’un jaune pâle, ce sont les plus belles; d’autres d’un rouge vif comme nos briques ordinaires, ce sont les plus communes ; un certain nombre enfin sont d’un brun intense, ce sont les plus dures. — Si on tient compte de leur fabrication, on les classe en deux grandes divisions, les briques cuites au feu et qui servaient à foire le revêtement extérieur des édifices, et les briques séchées au soleil qu’on employait à la construction intérieure des gros murs. — En général, la dimension de ces briques est constante; elles ont toutes environ un pied carré sur trois pouces d’épaisseur. Ces mesures paraissent avoir été prises sur une unité, car Ctésias nous apprend que les murs de Ëabylone avaient une largeur de trois cents briques '. Cependant quelquesunes sont moitié moins larges; les briques crues n’ont pas la même dimension, elles sont beaucoup plus grandes. Comme durée et comme
i Diodore, lib. II, c. vm.
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solidité, on n’a pas craint de les comparer aux briques romaines et de les mettre audessus de ces dernières. Certaines briques assyro-babyloniennes, qui sont entrées dans la composition des voûtes, révélent d’ailleurs le talent de l’architecte par leur disposition et leur emploi à la place de claveaux ou de voussoirs ; elles rivalisent de la sorte avec la pierre, et offrent des coupes aménagées selon la place qu’elles devaient occuper dans la construction.
Toutes les briques sont couvertes de caractères cunéiformes ; les précautions les plus minutieuses avaient été prises pour les utiliser dans les constructions sans endommager l’écriture. Le bitume n’adhère pas sur les caractères et l’inscription est toujours tournée en dessous. Il est facile de voir que la plupart de ces briques ont été imprimées avec des timbres qui ont servi à tirer des milliers d’exemplaires.
On comprend la destruction absolue de la ville de Babylone par la nature même du sol. Les colonnes de Persépolis ont résisté à
cause du marbre solide dans lequel elles avaient été taillées. La pierre est commune dans la plaine de Merdâcht, tandis qu’elle est inconnue à Babylone. En creusant, on ne trouve que de la terre, et les briques déjà confectionnées devaient tenter la cupidité ; si bien que les constructions de Babylone, qui auraient pu braver les ravages du temps , ont moins résisté aux injures des hommes que les palais de Persépolis et de Ninive.
Les ruines de Babylone avaient été soigneusement visitées et décrites par Rich et Sir Robert Ker-Porter >. En 1850, Sir LI. Layard 1 2, suspendant ses fouilles en Assyrie, se rendit à Hillah par Bagdad et y séjourna jusqu’au 19 décembre. Il s’appliqua à l’étude de la topographie de la ville antique et plaça des ouvriers sur les points les plus importants, la Babil des Arabes ( Mudjelibeh de Rich), le Mudjelibeh (le Kasr de ce même voya-
1 Voyez sntra, pp. 17 et suiv.
2 Nincvch and Babylon, c. xxn, p. 486.
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geur), enfin an Birs-Nimroud, mais il fut obligé d’abandonner les excavations dans cet endroit, à cause de l’état d’hostilité des tribus voisines'. Le Birs-Nimroud était considéré diversement : pour les Arabes, c’était le palais de Nemrod, et pour les Juifs, la prison de Nabuchodonosor. Les anciens voyageurs y plaçaient la Tour de Babel; enfin, les plus éclairés en faisaient Borsippa , un des antiques sanctuaires chaldéens. C’était, en tous cas, un lieu d’une grande importance et qu’il convenait de ne pas perdre de vue ; les fouilles devaient bientôt le prouver 1 2.
Les excavations à Babil permirent de reprendre les travaux commencés par Rich et mirent au jour de nouveaux cercueils, puis des jarres, des bouteilles, des poteries et autres menus objets. — Au Kasr (de Rich), le Mudjelibeh , aucun résultat; le sol était tellement bouleversé par les chercheurs de briques qu’il ne fut pas possible de reprendre possession des souter-
1 Lay ard, Niveveh and Babylon, c. xxn, p. 495.
2 Voyez infra, p. 119.
rains signalés par Rich. Le lion de basalte, décrit par ce voyageur ainsi que par Beauchamp, se montrait encore à moitié enfoui sous des amas de décombres. — A Tell- Amran, même insuccès. — Sir H. Layard se lança alors avec intrépidité dans les déserts de la Mésopotamie, sans souci ni crainte des escarmouches des tribus belligérantes. Il gagna Nijfer 1 dont les ruines ne lui semblèrent pas différer de celles du Mudjelibeh. Quelques tranchées donnèrent des résultats assez médiocres, tels que des vases et des jarres ; mais on dégagea une certaine quantité de ces étranges cercueils en terre vernissée dont Loftus devait rapporter de Ouarka de si curieux spécimens. Le nombre en était tellement considérable que le monticule semblait recouvrir la nécropole d’une population entière. C’était précisément Ouarka, déjà illustrée par le passage de Loftus, que Sir H. Layard voulait visiter ; mais les divisions de la grande tribu des Arabes Mountefik qui habi-
i Blineveh and Babylon , c. xxiv, pp. 544 et suiv.
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tent les rives du Bas-Euphrate, empêchaient les communications. Les tribus environnantes avaient pris avantage de l’insuccès du Pacha impuissant à réduire sous son autorité les Arabes Madan, et s’étaient révoltées ouvertement. A son grand regret, pressé par les sheikhs amis qui craignaient pour sa sûreté, Sir H. Layard regagna Mossoul.
A cette époque, William Kennett Loftus ' commença la série de ses explorations mémorables en Basse-Chaldée , la première (1849- 1852), comme membre de la commission de la délimitation des frontières turco -perses, sous les ordres du major-général, alors colonel, Sir W.-F. Williams, et la seconde (1833), comme chef de l’expédition envoyée par 1’ « Assyrian Excavation Fund ». La production de textes d’un intérêt capital, l’identification des monticules de la Chaldée avec les
1 Willam Kennet Loftus fut attaché en janvier 1849 Par Lord Palmerston à l’État-major du colonel Williams en qualité de géologue, et ensuite par Lord Clarendon à l’ambassade d’Angleterre à Constantinople.
ruines de ces villes antiques qui apparaissent au dixième chapitre de la Genèse , furent les fruits de ces diverses missions 1 .
C’est ainsi que le célèbre explorateur fut à même d’examiner avec un soin tout particulier des sites que jamais Européen n’avait visités auparavant, à cause du caractère inhospitalier des nomades et surtout des miasmes qui, s’élevant des marais, rendent le pays impraticable pendant huit ou neuf mois de l’année. — Les ruines de la Basse-Chaldée ont une beauté et une grandeur que nous pouvons difficilement imaginer. La vie occidentale a cessé totalement; rien ne la rappelle de prés ou de loin; c’est l’existence pastorale telle que la Bible nous la décrit. — Loftus ne connaît « rien de plus imposant que le « premier aspect d’un de ces grands monti- « cules chaldéens s’élevant au-dessus des « plaines et des marais voisins. Mille pensées, « mille hypothèses sur leur histoire passée, « leur origine et leur chute rapide, se présen-
i \V. K. Loftus, Travels and rcsearches in Chaldea and Susiana. London, 1857.
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« tent à l’esprit da spectateur. L’atmosphère « nébuleuse du matin est particuliérement « favorable à ces méditations et aux impres- « sions de cette nature. Le brouillard gris qui « s’interpose entre soi et l’objet de ses pen- « sées lui communique une sorte d’existence « nouvelle. Cet effet magique est encore « rehaussé par le mirage qui augmente et « diversifie les formes indécises et trem- « blantes dans les molécules lumineuses de « l’air raréfié r. »
A la fin de décembre 1849, Loftus et M. Churchill, dessinateur attaché à la Commission, quittèrent Hillah sous la protection d’une escorte turque qui accompagnait le personnel de l’expédition, tandis que l’étatmajor se rendait par l’Euphrate à Mohammerah, lieu de ralliement des membres de la Commission des frontières. Loftus avait obtenu de traverser le Jeÿreb , région à peine connue des Européens, pour étudier à la fois l’état
1 ChalJea and Susiana, p. 113.
géologique des marais de la Basse-Chaldée et pour explorer les tumuli de Ouarka
Les premières ruines que rencontrèrent les voyageurs furent celles de Niffer ; elles consistent en une plate-forme élevée, divisée en deux parties à peu près égales par un canal profond, probablement le lit d’une rivière. Au centre de la partie est de la plate-forme s’élève une tour en briques de construction
i « The south of Mesopotamia abounds in extensive and important ruins, of which little is knovvn. The country around them is inhabited by Arabs of the tribes of Rubbiyah and Ahl Maidan, notorious for their lawlessness and scarcely more intelligent or human than the buffaloes which they tend. One or two travellers hâve passed these remains of ancient civilisation when journeyingthrough the Jezireh orhavereceived descriptions of them from natives of the country. M. Loftus was the first to explore the most important. Being attached, as geologist, to the mission for the seulement of the boundaries between Persia and Turkey, he went by land from Bagdad to Busrah to join its other members ; he was accompanied by an escort of troops and he wasable to visit the principal ruins on the way without risk. He found the tribes well disposed towards Europeans, though very hostile to the Turks. Taking advantage of tliis favorable feeling and relying upon the protection of the Arab sheikhs, M. Loftus returned a second time alone, and was able to excavate in some of the larger mounds ». Layard, N ineveh and Babylon , c. xxiv, P- >44-
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relativement récente dont les débris forment un mont conique de soixante-dix pieds de haut. Les autres monticules de la partie ouest s’élèvent jusqu’à près de cinquante pieds au-dessus de la plaine et sont jonchés de fragments de verre, de poterie et de briques chargées de caractères cunéiformes. Les flancs
du mont conique étaient difficiles d’accès, à cause des décombres qui les embarrassaient [ .
A l’est, on pouvait voir distinctement les traces d’une chaîne de collines basses et continues, sans doute faisant partie jadis des murs d’enceinte de l’antique cité 2.
Loftus conseille d’explorer Niffer du mois d’octobre au mois de décembre, quand l’inondation est finie. II visita une seconde fois cette
1 Chaldea and Susiana, p. iox. — Niffer, au sud-est de Babylone, au centre de la Mésopotamie, fut le siège d’un évêché chrétien jusqu’au xiic siècle.
2 Les identifications de ces villes chaldéennes ont beaucoup varié ; nous n’enregistrons ici que les noms qui ont été tout d’abord mis en avant. — Sir Henry Rawlinson identifia Niffer avec Chalneh. Voy. plusieurs articles dans le Journal of the Royal Asiatic Society , les Proceedings of the Royal Geogr. Society , 1856, p. 47 et l’ Alhenœum. Sir H. Rawlinson visita deux fois Niffer en venant du Tigre et place cette localité à 32°7, 30 lat. Nord.
localité en 1854, et bien qu’il y fit peu de découvertes importantes, néanmoins il encourageait fort d’y tenter des fouilles.
De Niffer, Loftus gagna, le 8 janvier, le monticule de Tel- Hammam , qui n’avait jamais été visité par aucun Européen 1 . Les fouilles y furent peu fructueuses; toutefois Loftus put enlever une statue de granit qui, toute mutilée qu’elle fût, avait une grande valeur, les statues babyloniennes étant rares 2. Elle devait être en parfait état de conservation, un siècle avant; mais les chercheurs de trésors l’avaient mutilée avec de grands marteaux dans l’espoir d’y trouver de l’or.
Les ruines mesurent un mille de diamètre ; leur hauteur totale est d’à peu près cinquante pieds, dont vingt forment un monticule conique supportant la masse pesante d’une construction en briques crues. La forme ori-
1 Chaldea and Susiana, p. 113. Sir Henry Rawlinson croit que Hammam représente le Galuba des inscriptions. Voy. Proceedings of Royal Geogr. Soc., april 1856, p. 47.
2 Loftus obtint plus tard une statue du même style, mais plus petite, en fouillant le monticule de Yokha. — (1854.)
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gmale avait dû évidemment être carrée, mais des côtés sont maintenant réduits à soixantedix-huit pieds et les angles en sont arrondis' . Si on se reporte aux ruines d’un caractère semblable et aux fragments nombreux qui gisent sur les flancs du monticule, on est amené à penser que la surface était recouverte de briques cuites au four. L’angle le plus au nord marque 20 degrés nord-est; un canal profond, formé par les pluies de l’hiver, divise chaque côté en parties égales, tandis que les angles se projettent en avant comme quatre giosses tours rondes. L’action du temps s’est fait sentir, et permet de voir une couche de roseaux au sommet de chacune de ces tours. Les briques, employées pour la construction de cet édifice, ont quatorze pouces et demi carrés sur cinq pouces et demi d’épaisseur; elles sont composées d’argile séchée au soleil et mélangée de paille d’orge et de paille de blc hachee. Chaque rangée de briques est séparée par une couche de roseaux qui les préservent des intempéries.
i Chaldca and Susiana, p. 114.
Qu’étaient-ce que ces ruines ? probablement un temple. Loftus pensait que les fouilles pourraient y être fructueuses. Il revint en 1854 pour le compte de Y Assyrian Excavation Society , mais le manque d'eau dans le Schatt-el-Kehr, qui coule à quelques milles de Tel-Hammam, l’obligea de diriger ses recherches d’un autre côté.
Loftus, inspectant la plaine avec un zèle infatigable, remarqua plusieurs monticules, entre autres ceux de Tel-Ede , masses artificielles et solides, mais qui ne lui révélèrent aucune particularité. Il atteignit enfin Ouarka qui allait pour la- première fois recevoir la visite d’Européens (1850) 1 . Tout explique cet abandon, le climat insalubre, les difficultés matérielles, les rivalités des tribus, enfin et surtout le peu d’intérêt qu’offraient de semblables
1 « Three massive piles rose prominent before our view « from an extensive and confused sériés of mounds, at once « showing the importance of the ruins wliich we their first « european visitors — now rapidly approached, etc. » (Chaldect and Susiana, p. 124).
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voyages, alors qu’on ne soupçonnait pas la valeur scientifique de ces sites.
Cette fois, Loftus et Churchill ne passèrent que deux jours à Ouarka et les employèrent à en relever soigneusement la carte ; ayant reconnu son importance, ils résolurent de revenir y faire des fouilles, ces ruines, entre toutes celles de la Chaldée, pouvant seules rivaliser avec Babylone et Ninive. — Profitant d’une escorte turque, les voyageurs se dirigèrent vers Mougâyir ', qui est entouré d’eau de toutes parts pendant les inondations, et, comme Ouarka, accessible seulement en bateau. Les ruines consistent dans une série de monticules peu élevés; le nom de Mougâyir (bitumée) est donné à un édifice fort remarquable de 70 pieds de haut qui se trouve à la partie nord de ce massif de collines. C’est le seul exemple d’un temple babylonien en état de conservation relative et pas absolument tombé en ruines. 'Il est bâti en larges briques, et le nom moderne de Mougâyir lui vient du
1 M. Baillie-Fraser en donne une courte description dans son volume Meso^olamia and Assyria, p. 148.
bitume qui les réunit La ruine principale est formée de deux étages et affecte la forme d’un parallélogramme à angles droits. Un angle marque le nord, véritable caractère de tous les édifices d’origine chaldéenne. A chaque étage, il y a un retrait de 90, dans le but de supporter, ainsi que le fait remarquer Loftus, une forte pression. C’est à cela qu’on doit attribuer la parfaite conservation de la partie de l’édifice qui subsiste encore; la partie inférieure est également étayée par des arcs-boutants.
La surface est percée d’ouvertures oblongues, ressemblant à celles du. Birs-Nimroud, d’Akar-Koûf, d’el-Oheimir et autres édifices chaldéens. Nous verrons bientôt (18 54) M. Taylor entreprendre des fouilles fructueuses à Mougâyir et à Abou-Shareyn, dont les ruines sont visibles du sommet du monticule de Mougâyir.
A peine arrivé à Mohammerah, lieu de ren-
1 Sir H. Rawlinson identifia Mougâyir avec Ur, après la lecture de ce nom sur les cylindres découverts postérieurement par Taylor. Pour cette question, voyez Journal of ihe Royal Asialic Society, vol. XII, p. 481, et le Annual report, p. 16.
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IOI
dez-vous avec le Colonel Sir W.-F. Williams, Loftus lui rendit compte des résultats de son voyage ; il lui communiqua l’impression qu’il avait rapportée de Ouarka et insista sur l’utilité de tenter des fouilles en cet endroit. Le Colonel Williams fut de cet avis et lui facilita les moyens de repartir et de commencer cette expédition périlleuse. Nous renvoyons à l’ouvrage de Loftus (chap. xiv, p. 147 et suiv.), pour se rendre compte des difficultés que rencontra ce hardi explorateur 1 . Les travaux furent extrêmement pénibles, mais la grandeur de l’entreprise méritait de tels efforts !
C’est à 120 milles au sud-est de Babel que s’élèvent les ruines de Ouarka2, l’antique Erech ; une trace de ce nom semble revivre
1 Loftus revint une troisième fois en 1854 Pour Ie compte de YAssyrian Excavation Fund. C’est à cette époque qu’il fit ses principales découvertes qu’il a réunies dans un seul récit et que nous avons résumées ici le plus succintement qu’il nous a été possible.
2 Sir H. Rawlinson l’avait assimilée à Ur avant la lecture des cylindres découverts à Mougâyir, et l’identifia ensuite avec Ercch. Voy. p. 26 du 29e rapport annuel de la Royal Asiatic Society , les Procceding of the Royal Geogr. Society , vol. Ier, p. 47, le Journal of the Royal Asiatic Society, vol. XII, p. 481.
dans l’Orchoë du temps d’Alexandre. Pline [ dit que les habitants de cette ville dirigeaient les eaux de l’Euphrate dans le but d’irriguer les terres; Strabon 1 2 la mentionne comme le siège d’une Université adonnée à l’astronomie, d’où sortirent ces philosophes chaldéens qu’on opposa à l’École de Borsippa.
« La désolation et la solitude de Ouarka, « selon Loftus, sont encore plus frappantes « que celles de Babylone. Aucune apparence de « vie tout autour. Nulle rivière ne mouille le « pied de ses monts ; nul bois de dattiers verts « n’embellit le voisinage des ruines. Le chacal « et la hyène semblent même éviter le sombre « voisinage des tombes. Le roi des oiseaux « ne plane jamais sur cette solitude. Le brin « d’herbe et l’insecte n’y trouvent point de « place ; le lichen seul, attaché à la surface « flétrie de la brique, semble se glorifier de « sa suprême domination sur ces murailles « dénudées. De toutes les scènes de désola-
1 Pline, VI, 27.
2 Stkauon, XVI, 739.
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