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ÉCUMEURS DE BOURSE

A NOSSEIGNEURS LES REVERBÈBES.

A vos genoux, puissant Mercure, Tombent vos clients les liions. Vous , leur patron , souffrirez-vous Qu'i\ leur tralic on fasse injure ; Qu'on éclaire leur moindre allure :

Enfin qu'un mécanicien , Au détriment ne notre bien, Ait fait bisser ces réverbères, • Qui n'illuminent que trop bien L'étranger et le citoyen; De la police , les cerbères , Qui ne nous permettent plus rien ?

Grâce à ces limpides lumières , Qui rendent les âmes si fières, D'écumer il n'est plus moyen , Ni la bourse du mauvais riche, A pied qui revient de souper Où de bons mots il lut plus chiche Que de manger bien et lamper ; Ni les poches d'une marchande.

Allant le soir à petit bruit, Trouver dans un simple réduit Son grand cousin qui la demande ;

Le gousset garni d'un plaideur, Descendu nuitamment du coche.

Courant porter au procureur Ce qu'un écumeur lui décroche; La valise d'un bon fermier.

Non celui qui dans un jour gagne Dix mille écus sur son pallier Et qu'un grand cortège accompagne (Ne serait-il que financier) , Mais un fermier, loyal rentier.

D'un bon seigneur qui l'indemnise.

S'il a souffert du vent de bize, A son maître qu'il vient payer De sa ferme quelque quartier Qu'un de tes sujets dévalise.

Seigneur Mercure, le métier Se faisoil si bien sans lanternes Pour notre profit toujours ternes !

D'entre nous, le moindre écolier Presto savoit s'approprier 15ourse, montre, autres balivernes,

Du cou détacher le collier

Plus..., ail' maudit Revcrbericr,

Aujourd'hui c'esl loi qui nous bernes.

11 faut que tu sois grand sorcier...

Hier, nous le disions encore,

Tous chacun assemblés en corps :

Notre trompette Désaccords,

Parla point du tout en pécore.

« Monsieur, dit-il au général.

Et vous. Monsieur le capitaine.

Aides-de-camp et caporal.

Qui courez tous la prétentaine,

Sans apporter remède au mal

Que nous cause uu public fanal,

Disons fanaux, car par centaine

Chaque quartier a ses fanaux.

Des plus beaux lustres, fiers rivaux,

Dont la clarté met à la gène

Nos mains et nos fûtes ciseaux.

Et encore sans y comprendre

La troupe hurlante des falots,

Messieurs, voulez-vousbienm'entendre?»

Lors le général se leva

Du bruyant trompette acheva

La harangue sonore et tendre :

< Mes enfants, je devais m attendre

Aux astres artificieux;

Luminaires ingénieux,

Qu'un magistral à fait suspendre.

Aux gallants pour donner des yeux.

Dans ces détours fallacieux

Qui nous aidoient à les surprendre.

Dans un songe aussi peu plaisant

Que 'est le songe d'un poêle,

Qui croit son drame suffisant

De lauriers pour ceindre sa tête.

Quand du drame on est refusant

Chez le public qui n'est pas bêle ;

Dans mon songe, aussi malhonnête

Que celui d'un petit fringuant.

Chez Plulus jouant l'intriguant.

Et de Vulcain portant l'aigrette ;

Mais qui voit son fatal croupier

Lui soustraire le bon denier.

Et vouloir danser à la fête

Dans un noir songe je songeois ;

« Car tout est songe dans la vie. >

Je voyois un gros de bourgeois.

L'œil stupéfait, l'àme ravie,

A l'enlour du magicien

Le brillant méchauicien, '

Qui subslituoit aux chandelles

Lampes aussi claires que belles.

J'admirai son ouvrage aussi

(Le beau, le vrai, chacun l'admire ) ,

Quoique tous ces changemenl,s-ci

Ou lu, valussent ma satire.

Tout au moins pouvois-je en médire.

Marchand qui perdra ne rira ; Et qui, plus qu'un filou perdra Dans cet océan de lumière?

Qui jouera de la gibecière?

Autant vaudroit à l'Opéra, Quand du jour le père suprême Et de Phaëton le papa.

Son fou de Cls émancipa Sous son lumineux diadème.

Aller sur le théâtre même.

Tout rayonnant de sa splendeur Filouter Phœbus sur son trône...

Et détacher en écumeur, Les diamants de sa couronne.

— Mais enfants, quel affreux malheur!

Mon général qu'allons nous faire.

Dit le capitaine Ecureuil, Les réverbères sont Vécueil De toute affaire salutaire; Des lampes pour notre cercueil...

— Qu'entendez-vous par réverbères.

Repartit un aide-de-camp?

Moi, je m'appelle Ventre-à-terre, Jamais l'on ne me voit que quand J'ai défait double jarretière De deux boucles à diamants.

Double soulier pareillement...

Moi Lézard, votre anssepesade.

Gascon, sans faussé gasconnade Qui mé glisse aussi doucement Dans la noce à l'enterrement.

Que dans la chambre d'un malade, A l'inventaire mêmement...

Nous tous enfin du régiment Quelles vont être nos ressources?

C'est pourtant un état charmant Que celui d'écuraeurs de bourses...

Les procureurs les vuideronf Dans leur étude, à la buvette ; Pour s'excuser, ils nous diront Qu'ils sont sujets a la paulettu ; Les Cresus, qu'ils ont fait leurs fonds. Quand leur fortune est déjà faite.

Les mineurs sont coulés à fonds Et les sapeurs ont leur retraite.

Général ; eh bien ! mes amis ?

Pourquoi vous avons-nous admis Au*grade de chef de l'armée Des braves filoux de Paris, Des écumeurs du plat pays, Si vantés par la Renommée ?

La Renommée... ah! mes chers fils.

N'est pour nous ceinture dorée; Et sous les yeux du magistrat

Qui prétend que de chaque t'-lul La conduite soil éclairée, La nôtre, qui perd à l'éclat. Sera trop bien réverbérée.

Allez, vous parlez comme un fat.

Comme un général en peinture...

N'est-il pas vrai, divin Mercure?...

Par voire grâce, pourriez-vous Eriger ce corps en filoux ?

La communauté seroit pleine Bien plus de sages que de foux.

Si vous faisiez régner sur nous De jurés par sest-soixantaine, De payer nous serions jaloux Tous les droits, même ceux d'aubaine Mais aussi, quand il seroit bon Que nous manœuvrions en plaine, Nous aurions le vol du chapon...

Dans notre corps, on peut admettre D'un mineur l'avide tuteur, Du bien pupillaire trop maître...

D'un testament l'exécuteur.

Qui se fait l'usurier prêteur Du légataire qui s'obère En damnant fort le testateur.

De l'honneur c'est à ce fauteur Que Thémis doit son réverbère...

Fraternisons l'escroc auteur ■ Dont la mémoire, avec la plume.

L'ancien et le moderne écume Sans pudeur, même avec hauteur.

De ses vers boursouffle un volume, Dont il est seul l'admirateur.

Avant qu'il se confraternise.

Mercure, qu'un frère fouetteur En classe le reverbérise,..

Et le frippier et le tailleur, Et le gourmand, bedeau d'église.

De brioches fier tirailleur.

Rognant les chanteaux à sa guise ; Ces filoux obscurs et rusés, Qu'ils soient fort reverbérisés...

Mais que le soit bien mieux encore L'aveugle époux qui ne voit pas Que madame prend ses ducats, Les prodigue à l'abbé Phosphore, Au militaire Mandragore, Au sec poëte Métaphore, C'est pour elle un grand embarras.

Mais l'abbé parle météore Et le militaire combats.

Le poëte chante les plats, En trio Minerve on adore.

Si sa minerve ne voit point Qu'elle est filoutée en tout point,

Il faut qu'on la reminervise, Autant dire reverhérise.

Qu'en pensez-vous, fils de Maïa, Discret patron des sycophantes.

De pandeloques, de toquantes.

Vos suppôts sont-ils à quia?

Quelque grand génie alchymiste, (En Allemagne il en est tant.

Suivant la nature à la piste, Et ses secrets lui filoutant .' ) A nous, leurs ignares confrères, Ces savants voudraient-ils fournir Une poudre propre à ternir La glace de ces réverbères?

Pour qu'on puisse aller et venir Comme on allait à l'ordinaire.

Quand mainte lanterne peu claire Aux fins nous laissait parvenir?

II est force poudres chymiques, Que privilégiés filoux, Autrement dit des empyriques.

Vendent à des sots ou des foux.

Ici, des poudres balsamiques.

Des béchiques, des stomachiques, Là, (ce qui nous plaît encor mieux) De la poudre à jeter aux yeux.

Poudre oratoire ou prosaïque.

Poudre à grimoire ou poétique ; Surtout la poudre académique, Dont le tourbillon porte aux cieux Un lettré filou radieux.

Qui pince la palme olympique Mieux que nous un mouchoir ou deux, Quand le ciel n'est pas nébuleux, Seroit-il poudre assez magique Un arcane assez merveilleux? (Arcane est un terme alchymique.

C'est presque le secret des Dieux. ) Les filoux sont mystérieux, C'est ainsi qu'arcone on explique Par le secret qu'ils ont entr'eux.

S'il étoit un secret heureux De rendre moins reverbérique Le réverbère lumineux ; On se remettroit en pratique ; Alors on ne craindroit pas tant La garde ni son commandant.

Qui la dirige, qui l'éclairé.

Et dont l'œil actif et perçant Est notre vivant réverbère...

Eh bien ! mes petits compagnons.

Avec nos poings sur les roigons.

Dit leur général, vieux satrape.

Enfin leur Rominagrobis, Au zèle de qui rien n'échappe.

Encor l'œil cluir comme un rubis...

Dans cette extrême coiijonclure,

Que vous a répondu Mercure?

Rien... Rien?„. J'en aurais bien juré.

Voulez-vous d'un œil assuré

.\ller braver ces luminaires,

Ou les ternir à votre gré?

^'oub n'entendez pas les affaires.

Quand ces flambeaux vous terniriez.

Même quand vous les souffleriez.

Il est un astre auï bons propice,

Son feu redoutable aux méchants

Brûle, consume l'injustice.

Les Dieux de la Seine, en leurs chants.

Célèbrent sa douce influence,

Ses rayons vifs et pénétrants

Au lieu le plus impénétrable.

Où tout homme obscure est coupable.

S'il abuse de ses talents

Pour troubler un ordre admirable

Que ce soleil vivifiant,

(le Mécène disert, aftable.

En ces lieux rend invariable.

Par son esprit ferme et liant.

Jaloux de fixer l'harmonie.

Objet de ses soins généreux.

Dans la Capitale embellie

Par ses suivants, les Ris, les Jeux,

Gens de meilleure compagnie

Que nous autres; malencontreux.

Dont il prend certains tours heureux

Pour mauvaise plaisanterie

Qu'il punit d'un air sérieux

Le Dieu de la filouterie ; Mercure enfin, notre patron, Direz- vous, creva sans façon Cent yeux qui gardoient vache pie.

Pour la fable le tour est bon, Il vous siéroit bien, je parie.

Que par son magique bàlon La reverbérique magie, Mieux éclairante que bougie.

Du haut en bas fît le plongeon.

Je conviens que le caducée Est quelquefois d'un grand secours ; Quand la vertu fait la rusée.

Plus encor le sont les amours.

Mais ici c'est une autre histoire :

Les réverbères briUent trop :

Le caducée et son grimoire.

Pas plus que nos termes A'argot N'ont point l'art de faire capot Le bâton à pomme dHvoire.

Amis, si vous ne voulez pas Avouer l'urgence du cas.

Attendez le mois de septembre.

Chaque rue alors paroîtra

Un dortoir, que de chambre en chambre.

Le réverbère éclairera.

En vain le filou filera

Dans la plus étroite ruelJe

Le réverbère en sentinelle

Avec le guet spéculera ;

De Paris la garde fidèle

Les écumeurs écumera ,

Les filoux enfiler fera

Dans quelque obscure citadelle.

Où le geôlier enjôlera.

Peut-être même empaillera

Notre filoutante séquelle.

Notre écumante kirielle ;

Quand Mercure on invoquera.

Mercure ailé battra de l'aile ;

Encagés il nous laissera.

Entre guichet on nous lira

Une sentence par trop belle

Qui nos affaires gâtera,

Et qui tout droit nous mènera

Au pont qui mène à la Tournelle

Dites donc comme on s'y prendra.

Général, avec vos emblèmes ?

— Eh ! messieurs, dites-le vous-mêmes,

La crise est forte im médecin.

Avec son grec et son latin, N'a jamais rendu plus crisantes Ses victimes agonisantes ; L'embarras d'un abbé musqué, D'un gros prieuré débusqué Par son confrère charitable.

Au nôtre n'est pas comparable. Maudit réverbère embusqué Pour qu'un filou soit démasqué.

Pour nous faire donner au diable !

S'écria d'un ton effroyable Le consistoire souterrain.

Filou, méchant comme un lutin, Ecumeur, écumant de rage.

Puisse en septembre un gros orage, (Mais qu'il respecte le raisin) Grêle et carreaux lancer soudain Sur ton fragile échafaudage De cristaux , voulant maîtriser.

Qui pis est, reverbériser Notre ambulant aréopage, Qui de prime abord sait juger Des facultés d'un personnage.

Et mieux que les frais s'adjuger

0 Nuit, déesse du mystère.

Ton devoir est de nous venger.

Comme ces nymphes de Cythère,

Qui, sans doute, vont arranger Leur plaidoyer en langue araère Contre l'adverse réverbère.

Nuisible aux jeux mystérieux.

C'est à toi de te plaindre aux Dieux Que dans ton empire domine Maint astre postiche, odieux Aux gens de Mercure et Cyprine

Réverbères audacieux.

Dont lu réclames la ruine..,.

Messieurs, voilà parler au mieux ;

Si comme vous le ciel opine,

(nit le général soucieux).

Mais un seul point qui me chagrine.

C'est qu'on ne peut tromper des yeux

Que Thémis sans cesse illumine.

LES

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