AVANT-PROPOS DE L'ÉDITEUR
Parmi les folies de notre temps, la plus dangereuse est cette résurrection de l'intolérance religieuse qiri se manifeste depuis quelque temps dans des livres, dans des journaux, et qui a trouvé quelques auxiliaires dc^ns le clergé français.
Certes , s'il est un droit qu'on devait croire à tout jamais acquis , c'est celui de chaque homme à pratiquer librement sa religion, en respectant celle des autres. C'est un droit encore plus sacré que celui de la propriété, et sans lequel il n'y a pas de société possible. Conçoit-on un homme qui serait propriétaire de son champ, de son industrie, et qui ne le serait pas de sa conscience? qui ne pourrait rendre hommage à Dieu que selon les rites et les prescriptions d'une autre conmiunion, quand son intelligence n'en perçoit pas la valeur ou que sa conscience les repousse? Mais
TI AyÀlfT PB0P08 DE l'ÉDITEUH.
s^il se trompe , il faut le plaindre, au lieu de le tourmenter, car il est déjà assez malheureux.
Mais, répcmdent les fanatiques , les choses ne peuvent se passer ainsi. La vérité est une; TÉglise qui est la vàité est une, et notre devoir à nous autres bons cttholiques est de faire rentrer ces inalheureux dans la vérité et de les sauver malgré eux. D'aîlleors, la persécution à leur égard n'est pas de la persécution^ car on ne persécute que la veftlë. Ce sera une violence, si on veut, mais une violence sainte, puisqu'elle a pour but de sauver les âmes qui sont tout, tandis que les corps ne sont rien. Loin d'être des persécuteurs comme oii le dit méchamment, nous sommes au contraire trè&charitables , et nous lé prouvons en agissant ainsi. ' Quand nos prédécesseurs brûlaient les protestants à ' petit feu, c'était dans l'intérêt bien entendu de ces malheureux ; mais c'est ce qu'on n'at pas voulu comprendre.
Qu'on ne prenne pas cette argumentation pour une plaisanterie ; elle se reproduit chaque jour dans des livres , et les mots que nous avons soulignés sont extraits textuellement d'un journal très-répandu et qui est rédigé par des écrivains qui ont quelque renom.
Si cette doctrine sauvage était, comme on le dit, le principe du catholicisme, il faudrait se hâter de sévir contre cette - communion, car la paix étant- le lien des hommes et leur bien le plus cher, tout ce qui' tend à la troubler doit être poursuivi rigoureuse-
AVANT PftOPOS DE. l'ÉDITSUIU .TU
xnmiy mm il n'en est pas ainsi, el la doctrine- de J'Ëglise a toujours été fides. siiadendanon imponenda^ ce qui condamne bien positivement toute contrainte.
Il n'est pas nécessaire, au surplus, d'être un grand docteur pour savoir que le principe de la religion chrétienne est la douceur, la mansuétude, la charité, l'amour fraternel entre les hommes; en un mot, la pratique des plus nobles et des plus douces vertus. C'est par là qu'elle a sauvé le genre humain de l'effroyable corruption du vieux monde romain, et qu'elle est devenue universelle. Prétendre le contraire, en dénaturant son esprit, comme quelques-uns le font aujourd'hui, c'est non-seulement une absurdité révoltante, mais un abominable sacrilège. Jésu&€hrist ne cesse de répéter à ses disciples : a Que la paix soit avec votis. » Pourquoi donc la dispute et la violence, surtout quand on est d'accord sur les points fondamentaux du christianisme, comme le sont entre elles les différentes communions de cette religion?
Ce que nous venons de dire est devenu banal à force d'avoir été dit; il est cependant nécessaire de le répéter, car la passion d'ergoter, l'intolérance et la sottise ne cesseront jamais, on peut le penser, et nous savons où cela nous a conduits.
Voilà pourquoi nous réimprimons les Larmes de M. de Ckambrun. En les lisant sans parti pris, pour ou contre, on sera touché de la douceur et de la man-
TIII AYANT PROPOS DE l'ÉDITEUR.
suétude évangéliques de ces martyrs de l*intolérance religieuse. Puissent ces pages éloquentes, à force de simplicité et de vérité, nous mettre tous en garde contre nos ennemis communs, les fanatiques religieux, les pires de tous.
Ch.