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3 Rom. s
'.\~2i) LE RÉTABLISSEMENT DE SAÎNT PIERRE
fois, quarante coups moins un; j'ai été battu diverges par trois fois, j'ai été lapidé une fois, j'ai fait naufrage trois fois, j'ai passé l'espace d'un jour et d'une nuit entière dans la profonde mer; en voyage souvent, en périls de fleuves, en périls des brigands, en périls de ma nation, en périls des Gentils, en périls dans les villes, en périls aux déserts, en périls en mer, en périls parmi les faux frères; en peine, en travail, en veilles souvent, en faim et en soif, en jeûnes souvent, en froid et en nudité1. » Voilà un long récit de tristes aventures; mais ce qu'il y a de consolant pour saint Paul, est qu'il n'ajoute pas, « et je suis tombé, » comme je suis obligé de le dire en faisant le récit de mes souffrances. Qu'ajoute ce saint apôtre? «Je connois un homme en Christ, il y a quatorze ans passés (si ce fut en corps, je ne sais, si ce fut hors du corps, je ne sais, Dieu le sait), qui a été ravi jusqu'au troisième Ciel2. » Ce premier ravissement est l'avantcoureur de celui qui lui arrivera au jour de la résurrection, auquel il ne sera pas en peine de savoir si c'est en corps ou en esprit qu'il a été ravi, puisqu'il sentira son corps et son âme pénétrés de la gloire. Hélas! mes Frères, que nous sommes bien éloignés de l'état de ce saint apôtre ! Ce n'est ni en corps ni en àme que nous avons été ravis dans le
1 2 Cor. 11,24-27.
* 2 Cor. 12, 2.
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Ciel, c'esl dans les enfers que nous sommes descendus par notre malheureuse chute, Le juge de tout l'univers, ce Jésus que nous ayons offensé, nous appelle en ce moment pour paraître devant son trône. À la vue de ce grand péché dont vous vous senti/ coupables, ce trône ne nous paroît-il pas redoutable? Pour moi, je dis comme Moïse : J'en suis épouvanté, j'en tremble tout.
Il y faut pourtant 'comparoître. Allons-y, peutêtre y trouverons-nous grâce. N'entendez-vous pas ce grand juge qui commence à vous rassurer par son interrogatoire? « 0 vous qui m'avez abandonné, qui m'avez renié, m'aimez-vous?» Attendiez-vous de lui une parole si douce? JS'attendiezvous pas plutôt des reproebes et des malédictions pour le grand pécbé que vous avez commis? M aimez-vous? dit ce juge charitable. Que cette parole est consolante ! Rassurez-vous , pauvres âmes abattues par le sentiment de vos iniquités, puisque votre juge vous parle en des termes si favorables. C'est un présage qu'il ne vous condamnera pas, mais plutôt qu'il usera envers vous de miséricorde. Il vous demande même si vous l'aimez plus que «'eux qui ne sont pas tombés? Prenez garde de lui répondre conformément aux mouvemens de votre àme. Si vous ae. sentez aucun mouvemenl d'amour pour lui, donnez-vous bien de garde de lui dire: «oui, véritablement, Seigneur,
tu sais que je t'aime.» Il connoît votre cœur et votre pensée; vous ne le sauriez tromper.
J'avoue que vous lui avez déjà donné de grandes marques de votre amour, puisque vous vous êtes relevés par une prompte repentanee. Yous avez abandonné, comme Abraham, votre pays, votre parenté, vos amis, vos habitudes, vos richesses, vos héritages, vos maisons, votre bien-être; en un mot, vous avez abandonné tout ce que vous aviez de plus cher au monde , de sorte que vous pouvez dire comme les disciples : «Voici, nous avons tout abandonné pour te suivre. » C'est beaucoup que d'avoir pu arracher de votre cœur ces gros cables, si je l'ose ainsi dire, qui vous attachoient à la terre. Vous ne pouviez donner des marques plus essentielles de votre amour; mais c'est à vous à examiner si elles sont sincères, et si elles n'ont pour but que la gloire de Dieu et votre propre salut. Quand vous sentirez ces bienheureux mouvemens dans votre âme, vous pourrez répondre avec fermeté au juge qui vous interroge : « Oui, Seigneur, véritablement, tu sais que je t'aime.» Mais j'espère de votre humilité chrétienne et du profond anéantissement où vous doit avoir réduit votre péché, que vous ne direz pas à Jésus- Christ que vous l'aimez plus que ceux qui ne sont pas tombés. Il faut que vous soyez les admirateurs de leur vertu, de leur foi, de leur persévé-
rance, et que vous adoriez en eux la grâce qui les a soutenus dans leurs combats. Prosternés à leurs pieds, revêtus de sacs et couverts de cendre, vous leur devez demander qu'ils prient pour vous, afin que votre péché ne vous soit point impute; qu'ils assiègent le trône de la miséricorde par la violence de leurs prières, afin que votre grand juge prononce un arrêt de grâce en votre faveur.
Et vous, mes Frères, que Dieu a soutenus dans ce grand combat pour ne succomber pas à la tentation, ne vous enorgueillissez pas de ce que vous êtes debout ; bénissez plutôt celui qui vous a soutonus et qui vous a prêté sa main secourable. Vous avez même besoin qu'on vousexborle à vous bien examiner pour voir si vous n'êtes point tombés en quelque manière. 11 y en a beaucoup qui tirent vanité de ce qu'ils n'ont rien signé, ni fait aucune abjuration, de ce qu'ils n'ont point assisté à la messe, et en un mot de ce qu'ils n'ont point renié le Seigneur Jésus. Pensez-y bien, mes Frères, et peut-être que vous trouverez que si vous n'avez pas été des disciples infidèles, vous avez été des disciples timides qui vous êtes tenus loin lorsque Jésus-Christ étoit sur la croix. N'avez-vous point démenti votre sainte Religion par quelque parole ou par quelque signe extérieur? Combien y en a-t-il qui ont nié de la professer pour se tirer d'affaire par des détours indignes d'un chrétien !
Ils y doivent bien penser pour faire leur paix avec Dieu , et ne s'endormir pas sur la vaine prétention qu'ils ont été inébranlables.
Quant à vous, mes Frères, qui n'avez rien à vous reprocher de semblable, mêlez vos larmes avec celles de ces pauvres criminels qui paraissent aujourd'hui devant leur juge. Leur affliction ne vous touche-t-elle point? N'avez-vous point de compassion de leur triste état, et ne tremblezvous point dans la crainte d'entendre un arrêt funeste qui les condamne à une mort éternelle? Non, non, rassurez-vous, malheureux et bienheureux coupables; rassurez-vous, ô vous tous qui êtes dans ce saint auditoire! il y a pardon par devers Dieu; il va abréger l'affaire en justice; il va prononcer un arrêt de grâce: Pais mes brebis. Que cet arrêt me console, mes Frères ! qu'il remplit mon cœur d'une sainte joie! Je me vois par là remis en l'honneur de mon saint Ministère :ma couronne est remise sur ma tète. Vous n'avez pas moins de part que moi en cet arrêt, vous que la foiblesse de la chair a fait succomber à la tentation ; ce sont ici vos lettres de grâce ; vous avez part à ce rétablissement; et c'est autant que si Jésus-Christ vous disoit que vos péchés vous sont pardonnes. Dieu vous appelle à paître ses agneaux aussi bien que les ministres de l'Evangile ; car si vous n'êtes pas destinés de sa part pour monter
1 N BOfi Al'iiSl.iLAi. .'{.')!
sur cette chaire , pour y annoncer les mystères de l'Évangile, il vous appelle pourtant à instruire noire prochain. Vous êtes aujourd'hui,
sous l'économie de la grâce, tout autant rjfl l'asteurs que Dieu établit dans sa maison. Vous paîtiv/ ses agneaux Lorsque \ons vous entretiendrez des mystères du Royaume desCieui, lorsque vous publierez la grâce que Dieu unis a faite, et que vous apprendrez tout cela àvos enfans et aux encans de vos enfaiis. Vous paîtrez ces agneaux par votre saint exemple, en vous retirant de la vanité de ce monde pour vous mettre dans une sainte humilité chrétienne. Dans les festins que vous ferez • n ce p lys •'■ vos frères, qui sont les agneaux de lésus-Çhrist, ne leur servez pas ces mets qui vous paiaissoient autrefois si délicieux, je veuxdire votre orgueil, votre vanité, votre luxe, vos haines, vos paillardise-, vos adultères, et tant de péchés crians qui ont allumé la colère de Dieu contre nous. Présentez-leur un cœur froissé par la pénitence, un esprit brisé de douleur pour avoir offensé Dieu; une vie pure et innocente qui soit la joie des anges et la consolation de ce bon peuple qui vous reçoit avec tant de charité.
Vous, femmes, parez-vous d'innocence et de modestie; abandonnez tous ces habits somptueux, pour vous revêtir du Seigneur Jésus, et ne vous ornez pas de l'entortillement de vos cheveux, de
perles, d'or, de diamans : mais revêtez-vous d'une sainte modestie, comme il est séant aux femmes chrétiennes. Portez tous ensemble, avec un esprit patient, la croix du Seigneur Jésus, votre pauvreté, votre exil, vos souffrances. Ne pensez plus à vos revenus que vous avez abandonnés; à vos maisons que vous avez regardées comme des prisons; et à tout ce que vous aviez de plus délicieux pour satisfaire votre ambition. Ce seront des mets délicieux que vous présenterez à vos frères, et peutêtre que, sans y être contraints, votre bon exemple les obligera à abandonner tout ce qu'ils ont de plus cher pour vous en faire part.
Mais il ne suffit pas que vous donniez cette pâture aux agneaux que Jésus-Christ vous recommande, il leur faut présenter aussi quelque breuvage. Vous ne leur sauriez donner des liqueurs plus exquises que la coupe de vos larmes. C'est le breuvage des anges, et pourquoi les bonnes âmes ne s'en désaltéreroient-elles pas? Ah ! que ce festin ainsi assaisonné sera bien plus magnifique que tout ce dont ils vous peuvent faire part ! Ils vous donnent ce qui est nécessaire pour votre corps, et vous leur donnerez ce qui est nécessaire à leur âme. De sorte que vous les enrichirez plus par votre pauvreté, qu'ils ne sauroient vous enrichir par leur abondance. Ne vous imaginez pas, mes Frères, qui nous donnez les biens temporels,
EN SON kPOSTOl \ I . .'!;{.'{
que vous soyez quittes, vous qous devez du retour. Les biens spirituels que nous vous donnerons sont bien plus considérables que les temporels que
vous nous donnez. Vous êtes donc nos débiteurs. C'est de votre charité que nous attendons le retour.
Cependant réjouissons-nous tous ensemble de cet arrêt de miséricorde que le Sauveur du monde prononce aujourd'hui: pécheurs, je vous annonce une grande joie ; c'est que votre paix est faite avec votre juge. Bienheureux persévérans, je vous annonce une grande joie; vos frères sont réunis avec vous : notre commun Sauveur les rétablit dans son Église. Ce jour est un jour de joie pour le ciel et pour la terre. Vous bénissez Dieu, mes Frères, de ce qu'un arrêt de miséricorde a été prononcé. Les anges l'en glorifient dans le Ciel. Il y a une grande fête au Ciel et en la terre. 11 me semble que je vois les patriarches, les apôtres, les martyrs, les confesseurs, et tous les esprits bienheureux qui fuut une solennelle procession dans ce sanctuaire céleste. Il me semble que je les vois revêtus de longues robes blanches, qui sont le symbole du triomphe, portant des palmes en leurs mains, et chantant cette chanson nouvelle : « Tu es digne de prendre le livre et d'ouvrir ses sceaux, car tu as été mis à mort, et tu nous as rachetés à Dieu par ton sang, de toute tribu, et langue, et peuple,
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et nation; et non» as laits rois et sacrificateurs à notre Dieu '. » Il me semble entin, mes Frères, que j'entends tous ces esprits triomphans, disant l'un à l'autre : « Alléluia, alléluia, ceux-ci ont vaincu à cause du sang de l'Agneau; partant réjouissezvous, Cicux, et vous qui y habitez \ » Amen.
i'Saimf. 32, v. 5.
Je t'ai fait connaître mon péché, Et tu en as ôté la peine.
1 Apoc. 5, 9-10.
2 Apoc. 12, 11-12.