X PREFACE
Il avait un fils qui fut aussi pasteur à Nîmes, en 1009, et plus tard (en 1020), à Orange, où il a laissé une mémoire honorée.
Appartenant ainsi à une famille où les fonctions du saint ministère se transmettaient de père en fils comme un héritage sacré, Jacques Pincton de Chambrun, notre auteur, se livra à l'étude avec toute l'ardeur que lui donnait le désir de suivre les traces de son père et de son aïeul. Les exemples de piété qu'il recevait dans sa famille, les malheurs de l'Église protestante, tout concourait à développer la vocation qu'il se sentait pour le saint ministère, et il n'avait que vingt et un ans, quand il fut jugé digne de succéder à son père au poste important de pasteur d'Orange.
En 1000, il publia une Relation de ce qui s'est passé au rétablissement d'Orange, c'est-à-dire lors du rétablissement de l'autorité du prince d'Orange en 1005. En 1070 il parut une seconde édition de ce petit livre, qui fut traduit en allemand '.C'est à cet ouvrage que M. de Chambrun fait allusion dans ses Larmes (p. 29), comme aussi à une pièce de vers du fameux historien de Thou (p. 80), qu'il commenta sous le nom de Mélanchthon (Champ-Brun) 5. Ce petit poème,
« à très-haut et tres-puissant Henry, roy de Navarre. » Au haut de la première page de l'exemplaire qui se trouve à la Bibliothèque Nationale, se trouvent écrits, d'ancienne date, ces mots : « Porter patiemment calamité. »
1 La tradiict'mnallcmanileparutàHcrhornenlCOO. V. .locher, allgem. Gelehrfién Lcxk. Leipz. 1761, art. Pincton.
1 « Posleritafi. i Aug. Thuani poëmatiuni, in quo argutias quorumdam importunorum cvUicorum in ipsius historias propa-
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aujourd'hui très-rare, renferme des vers d'une remarquable beauté, dans lesquels l'historien , indigné, apostrophe éloquemment ses détracteurs et flétrit la ... « Pia (urbu, Qui ri tes, » et le
... a Dardanius sanguis, quibus otia blanda, Et pluma1 molles, et corda oblita laborura - i uram spondent œternâ in pace quietem. »
Ce poème est tout entier une noble plaidoirie en faveur de la liberté de conscience, comme le témoignent ces vers :
« Non cadem Gallis, Italis quœ lœta vidcntur. Laudem ego tantorum quod apud nos causa malorum Constitit? Et porro sreclis erit usque futuris? Quod cunctas gentesinter populosque propinquos Gallorum infami deturpat crimine nomen?
Quodque tôt edictis damnavimus? Hoc ego laudem, Implevit trépidas quod suspicionibus urbes? Libertatem odiis dédit, immanique cruoris Per cœdes populos fundendi accendit amore1? »
Citons encore le passage où M. de Chambrun, prévoyant, on le dirait, les malheurs qui allaient fondre sur sa patrie, s'écrie d'une voix prophétique :
« Abs/'t, ?// in futurum I Thuawus) Prophctam ar/at! pen'cuhnn enim est ne fvnditiis nrce Arausiaeâ nvnc eversri, ingruente aliquando bello civili (quod Deus
latas refcllit. Opqe bue usqne ferc sepultum, nunc redivivuni notisque perpetOJG illiistniluni opéra alque studio .1. Mclanchthonis. » Amstelod., apud Dan. Elsevirium, 1G7 8, in-18, 1 V. 22Q «jq«
Xll PBEPACE.
avertat) tiiiseranda urbs folks procellis exayitata, a vieillis infensissimis hoslibus penitùs evertaturi ' »
En 1688, M. de Chambrun publia à La Haye le récit des persécutions qui avaient eu lieu dans la principauté d'Orange de 1660 à 1685, et qui l'avaient atteint comme les autres réformés de ce petit pays, quoiqu'ils fussent sujets d'un prince étranger et appartenant luimême à la religion protestante. On avait violé à leur égard non-seulement la liberté de conscience, mais encore le droit des gens.
Ce récit est, comme on le verra, empreint d'un bout à l'autre d'un sentiment naïf et sincère, d'une mansuétude évangélique et profonde qui tranche singulièrement avec l'arrogance et la violence des persécutions; mais, dans l'intérêt du lecteur, nous devons donner quelques détails sur le petit pays où ces événements ont eu lieu.
Enclavée dans le comtat d'Avignon, la petite principauté d'Orange * renfermait, dans une étendue de
1 Note au vers 255.
9 Arausio Cavarum, Avansiaca civilas, Arausionensis urbs. C'est ainsi que l'appelle Sidoine Apollinaire. La première mention qu'il soit fait d'Orange dans les écrivains anciens se trouve dans Strabon. Paris, 1620, 1. IV, p. 186. V. sur les premières origines de cette ville, Y Histoire d'Orange, par M. de Gasparin. Orange, 1815, p. 2 à 2*. Nous renvoyons d'ailleurs, pour ce qui va suivre, à de Tbou, Hist. univers., Londres, 1734, IV, 290 sqq.; et surtout à Erman et Reclani, Mémoires pour servir à l'histoire des réfugiés français, Berlin, 17 82; VIII, 78 sqq.