‹ Les larmes de Jacques Pineton de Chambrun; qui contiennent les persécutions arrivées aux églises de la principauté d'Orange depuis l'an 1660; la chute et le relèvement de l'auteur avec le rétablissement de Saint Pierre en son apostolat ou sermon sur les paroles de notre seigneur Jésus-Christ. Réimpression d'après l'édition originale annotéeChapitre 5 sur 25 · PRÉFACE. XIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XIII

quatre lieues et demie de l'orient à l'occident, el «le trois lieues du midi au nord, quatre villes : Orange, Courtheson, Jonquières et Gigondas; trois villages et plus de six cents maisons de campagne ou métairies avec une population d'environ dix mille âmes.

Elle eut de temps immémorial ses souverains particuliers. Charlemagne en fit don à Guillaume au Cornet ' , due de Bourgogne, qui en avait chassé les Sarrasins. Elle passa par testaments et par contrats de mariage dans plusieurs familles, et demeura pendant des siècles dans celle de Baux, d'où elle arriva à celle de Châlons, par le mariage de Jean de Châlons avec Marie de Baux 3, tille unique de Raymond de Baux, prince d'Orange et de Jeanne de Genève, sœur du pape Clément VII. Le dernier rejeton mâle de celte famille fut Philibert, comte de Châlons, qui légua tous

1 De la Pisc [Tableau de l'histoire des princes et principauté d'Orange. La Haye, 1639, pet. in-fol.) nous apprend que c'est de 793 à 800 que régna Guillaume au Cornet, c'est-à-dire au Cor de chasse, selon les uns, selon d'autres, ait Courbiez, parce que, dans un combat, il aurait eu le bout du nez emporté d'un coup d'épée. Nous renvoyons à cet historien ceux de nos lecteurs qui seraient avides de connaître l'histoire des dames vaillantes qui succédèrent à Guillaume : de Tiburgc, de Guiberge, de Hérimbrue. d'Atataïs.

* La maison de Guillaume au Cornet régna de ;'.):( à 1185; celle de Baux dura jusqu'en 1393; celle de Châlons jusqu'en ! !»30 (de la Pise). Marie de Baux eut pour fille ainéc Alix de Chatons, dont descendait, en ligne directe, la maison de Longuevillc, dont le prince de Conti devint l'héritier. De là les prétentions de cette maison à la principauté d'Orange.

\l\ PRÉFACE,

ses biens à René de Nassau, (ils de sa sœur Claude, mariée à Henri de Nassau.

Kené s'engagea dans le parti de Charles-Quint contre François 1 , et mourut de ses blessures au siège de Saint-Dizier, en L5 i i. Il avait institué son héritier l'un de ses plus proches parents, Guillaume de Nassau.

La doctrine des réformés avait pénétré de bonne heure à Orange. Quoique placée au centre du territoire papal, cette ville put se déclarer d'autant plus librement pour les doctrines évangéliques, que le souverain de cette contrée, Guillaume de Nassau, dont les droits avaient été reconnus par la cour de France, les avait lui-même ouvertement embrassées.

Grâce à la position qu'elle occupait, il eût été difficile qu'Orange ne participât point aux guerres civiles qui déchiraient la France : c'est surtout en 1562 que la ville fut pillée et brûlée par des troupes catholiques. Voici en quels termes l'abbé Papon rapporte les détails de cette cruelle expédition contre Orange :

« Le 6 juin 1562 la ville d'Orange fut prise par les catholiques, commandés par Fabrice de Serbellon, commandant général des troupes dans le Yenaissin, et le comte de Sommcrive. On y exerça des cruautés dont l'histoire fournit peu d'exemples, et qui feraient croire que de tous les êtres l'homme est peut-être le plus barbare... les vainqueurs ne se contentoient pas de massacrer, dans le premier feu de la colère, ceux qui leur tomboient sous la main; ils étendoient leur inhumanité jusques sur les malheureux que la frayeur avait chassés dans leurs asiles. Ils faisaient mourir les uns lentement, à petits coups de poignard, pour leur

PRÉFAI 1 . XV

faire sentir longtemps 1rs horreurs de la mort, el pré» cipitoient les autres de quelques lieu élevé sur des piques, îles hallebardes et des épées nues. Il y en avoil qu'ils suspendirent tout vivants par le menton à des crémaillères, pour les brûler à petit feu. On eut même la barbarie d'en couper quelques-uns en morceaux'.

Le sang ruissela à grands Ilots dans la rue, par le canal qui servait à faire éeouler les immondices. 11 y avoit (l.s malheureux auxquels on se contentoit de tendre la bouche jusques aux oreilles, et on leur laissait la vie... Partout on voyait l'empreinte du délire le plus barbare : on poussa la frénésie jusqu'à mettre entre les bras de ces corps morts des cochons nouvellement tués; d'autres avoient dans leur bouche ou dans de larges blessures, faites exprès, des feuillets de Psaumes ou du Nouveau Testament traduits à l'usage des protestants, et les feuillets de quelque autre ouvrage fait en faveur de la nouvelle religion; les soldats crioient en les apostrophant d'un air moqueur *. « Puisque vous avez tant aimé ces livres, mangez-en à présent tout votre saoul; dites à votre Dieu le fort de venir à votre secours; il n'a pas été ,i— / fort pour vous secourir. » Ensuite ils crioient, en branlant leurs épées sanglantes : « Où est maintenant votre poltron de Dieu qui ne peut vous aider? »

1 Nous remplaçons ici par îles points des détails affreusement révoltants.

XVI I'REFACE.

La plume se refuse à décrire ces horreurs et ces impiétés monstrueuses... ' »

Enfin, pour achever le tableau, voici encore quelques traits rapportés par un historien d'Orange :

« Dès que les maisons estoient pillées, on y meltoit le feu. Le Chasleau, très-belle maison bastie par Jean de Chàlonldu nom, prince d'Orange, flamboya tout le premier par ordre et commandement du comte de Suze, et ensuite le Palais de la Justice, le Palais Episcopal, la Prévosté, et plus de trois cents autres suivirent l'infortuné de celles-cy, ayant esté presque entièrement bruslées. Bref toute la ville ne paroissoit que feu, flamme, fumée... Temps malheureux et lamentable! désolée et plus que misérable condition de ces pauvres gens! qui ne pouvoient trouver asseurance en aucun lieu; en la ville, aux champs, chés les voisins, le danger les suivoit partout. Le père n'osoit recognoistre son enfant, ny l'enfant son père : les pareils et les amis n'osoient regarder ceux qu'ils eussent très- volontiers accueillis et caressés chés eux, par la crainte du soupçon. Cela fut cause que la campagne se vit couverte de plusieurs corps morts tous nuds exposés à la voracité des bestes, sans que personno leur osât donner sépulture... 2 »

Un peu plus tard, peu de temps avant la Saint-Barthélémy, Orange eut à subir un sort analogue à celui que nous venons de retracer 3.

1 Histoire générale de Provence, par M. l'abbé Papon. Paris, 1186, in-4°, IV, 163-4. Cf. DeThou, édit. cit. IV, 294 sqq. * Joseph de la Pise, p. 201 sqq., 296, 297. 3 V, De la Pjse, 37 8 sqq.

PRÉFACE. XVIl

Le changement que la publication de l'édifc de Nantes apporta pour quelque temps à la situation dos réformés en France, dut se faire sentir particulièrement à

Orange1. Henri IV avait trouve, durant les guerres de la Ligue, dans les princes de Nassau des alliés fidèles; il avait reconnu leurs droits sur la principauté d'Orange. L'église d'Orange fut même estimée la plus heureuse de toutes celles de France. La considération dont jouissait en Europe la maison de Nassau; la protection des stathouders Guillaume, Maurice et Frédéric-Henri, successivement souverains de cette principauté; les ménagements qu'avait pour eux la cour de France, qui leur fut presque toujours alliée, garantirent assez longtemps Orange des vexations qui, dans presque toutes les églises du royaume, précédèrent l'orage affreux qui les renversa. Les réformés d'Orange durent, pendant cette époque, une grande partie de leur prospérité à l'illustre famille des Dliona. Le gouvernement de la ville et de la principauté d'Orange avait été confié à Christophe de Dhona, dont la femme, Ursule, comtesse de Solms, était sœur de l'épouse de Frédéric - Henri, prince d'Orange. Ce fut sous son gouvernement que Maurice, prédécesseur de Frédéric- Henri :, fit fortifier la ville et que fut construit le beau

1 V. Krman et Reclam, VIII, sj sqq.

! Frédéric-Henri était encore en vie que la Fiance songeait déjà sérieusement a mettre la main sur Orange. « Jean de Orsmaël, seigneur de Walkembourg, gentilhomme hollandais, gouverneur de la principauté d'Orange pour le prince Frédéric- Henri de Nacsau, avait promis au roi, ou plutôt à son ministre, de lui livrer Orange pour quatre cent mille éous en 1G29, et,

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