‹ Les LaurentiennesChapitre 17 sur 78 · LES FILS DU ST. LAURENT · texte numérisé non relu

LES FILS DU ST. LAURENT

Sol canadien, terre chérie.

Pauvres soldats blessés sur la terre étrangère, Tristes vous revenez au foyer paternel :

Votre âme désolée, en sa douleur amère, Voudrait n'avoir jamais quitté notre beau ciel I Vous retrouvez ici la joie et la tendresse, La sincère amitié vous embrasse en pleurant, Dissipez ces chagrins dont le poids vous oppresse. Revoyez vos beaux jours aux bords du St. Laurent I

Vous avez parcouru, conduits par la souffrance,

Le sentier des regrets qui mène au désespoir,

Car il vous a fallu la rude expérience

Pour aimer le clocher que vous venez revoir.

Ah ! trop d'infortunés cheminent sur vos traces

Qui feraient de leurs maux un aveu déchirant

Si le ciel, répondant à leurs désirs vivaces,

Les transportaient soudain aux bords du St. Laurent !

Un mal aflreux sévîl, qui dépeuple nos villes, Enlève aux ateliers nos vaillants travailleurs, Arrache des sillons les bras les plus utiles Et suscite reflroi dans tous les nobles cœurs. Que notre nation dans un effort suprême Echappe à ce fatal et dangereux penchant :

Le mot de l'avenir est dans le peuple même, Nous verrons prospérer les fils du St. Laurent !

Que sont-ils devenus ces courageux athlètes Qui, la hache à la main, pénétraient dans les bois Et dont les coups vainqueurs portés dans ces retraites Précédaient le drapeau vénéré de nos rois ?

Cet amour du péril qui leur servait d'amorce, Cette ardeur, ce vouloir ferme et persévérant, Ce germe d'union qui leur donnait la force, Ont grandi nos aïeux aux bords du St. Laurent !

Aujourd'hui, c'en est fait des vertus héroïques ! La froide indifférence a mis son pied partout. Seules, les passions, les haines politiques, Dévorent le pays en semant le dégoût :

L'avenir parait sombre à nos pâles courages^ ïls cherchent un travail facile et rassurant. . . Puis, un jour, entraînés par le vent des orages Ils tombent méprisés bien loin du St. Laurent.

Combien sont-ils là-bas, misérables esclaves,

Qui vendent la bravoure à nos adroits voisins î

Sur un faux champ d'honneur la mort couche ces

[braves

Qui n'ont pas même un nom pour survivre aux

Des bords du Potomac à la Louisiane, [dédains.

Nos frères, comme vous, ont prodigué leur sang,

Un étranger les mène au son de la diane :

Ite semblent n'être plus les fils du St. Laurent.

3i l'antique valeur en eux parait renaître ^ 'est qu'on l'achète hélas ! et que l'or est son prix l e triste mercenaire avili sous un maître ueille moins de lauriers qu'il n'aura de mépris, os guerriers d'autrefois, le front couvert de gloire apportaient au foyer un récit émouvant. . , ui donc voudra garder la honteuse mémoire ui flétrit à jamais ces fils du St. Laurent ?

De la postérilé la Justice implacable Jugera sans merci les enfants égarés, Et, posant froidement sa marque ineffaçable, Ecrira sur leur tombe : ** Ils sont dégénérés ! " La voix de la raison, la sainte voix des prêtres. Pour sauver leur honneur s'élèvent vainement : Malheur aux imprudents qui se donnent des maîtres f Notre cœur méconnaît ces fils du St. Laurent.

Mais que dire, ô douleur ! des hommes sacrilèges,

Dans leur trafic infâme à demi protégés,

Qui tendent parmi nous de misérables pièges ?

Anathème ! anathôme à ces bourreaux gagés !

Le sang qu'ils ont vendu c'est le sang de leurs frères t

Les verrons-nous toujours d'un œil indifférent

Porter la flétrissure en hideux caractères

Et souiller de leurs pas les bords du St. Laurent L

O vous que le destin ramène sur nos plage?,.

Rendez grâces à Dieu qui vous les fait revoir^ Et d'exemple instruisez le peuple des villages Pour maintenir ses pas au chemin du devoir t

Dites-lui qu'il s'attache au sol de la Patrie, Que là sont ses exploits I qu'il sera fort et grand S*il conserve pour lui ses bras, son industrie, S'il garde ses vertus au bord du St. Laurent.

Rachetez votre faute au prix des sacrifices.

Soyez également apôtre et citoyen ;

Gravez ces vérités, belles sans artifices.

Au seuil presque désert du hameau canadien :

^Le travail ennoblit quand le devoir le guide ;

Le courage en tous lieux arrive au premier rang ;

Un sort paisible attend le colon intrépide.

Sa tombe sera chère aux fils du St. Laurent ! —

août 1864.

CHANSOW.

Ami, tu veux, pour me distraire,.

Que ma phime aborde un sujet, Ou que ma gaité solitaire S'éveille en jetant un reflet.

Ne sais4u pas que sur la page-- Où je voudrais suivre ton doigt.

Un nom, une adorable image Passent entre les mots et moi ?

Ainsi, quand le soleil m'invite A battre les champs et les prés,.

Mon œil avec regret l'évite :

Tous mes plaisirs sont exilés !

Je rôve une chanson nouvelle Dont chaque rime est un trésor,.

Pour la chanter à la plus belle :

Mon Angéfîne aux cheveux d'or 5

août 1864»

Page 1