CHANT DES ARTISANS CANADIENS
Au sein de nos luttes civiles, Dans ce peuple inquiet, justement alarmé, En dehors de l'intrigue ou végètent les villes.
Un noyau d'hommes s'est formé.
Ce sont des travailleurs de qui l'intelligence Ouvre des horizons sur un monde nouveau :
Les partis sont déchus ! — le droit et la puissance
Sont l'industrie et son drapeau !
Un jour se lève sur nos tètes, Il renferme pour nous des instants solennels. Les gloires du passé, les sanglantes conquêtes
N'ont plus d'adeptes ni d'autels.
C'est à nos ateliers, c'est au marteau sonore Qu'il nous faut demander le prix de nos exploits, El nous donner la main pour triompher encore
Par la plus belle de nos lois !
Que devient la diplomatie?
Qui sait vers quel abime elle nous traînera ?... L'artisan porte en lui Pamour de la patrie,
Et son travail la sauvera I Nous la ferons grandir par ses ressources mômes, Exploitant son génie au profit de son nom, Afin de lui trouver, dans des périls extrêmes,
D'autres sauveurs que le canon.
Debout 1 car l'avenir s'entr*ouvre Pour nous montrer le but où vont les nobles cœurs : Dans nos arts florissants, que l'étranger découvre
Des rivaux, sinon des vainqueurs I Qu'on transforme l'Ëtat en Ligue, en République, Nous voulons, nous aussi, l'afiermir sous nos pas : Ensemble levons-nous, comme l'Atlas antique.
Portant un monde dans nos bras I
C'est la Volonté Souveraine Qui veut par notre main cicatriser nos maux.
Elançons-nous, amis, par le val et la plaine,
Par les campagnes, les hameaux I
Quand le travail nous livre à l'envi sa richesse, Hâlons-nous, hâtons-nous d'en prendre notre part l C'est le fruit savoureux d'une aimable tendresse, Car Dieu ne fait rien au hasard.
H veut que l'homme ici domine, En marchant à la voix de son commandement.
Il met dans sa pensée une flamme divine.
Son adresse est un instrument.
L'œuvre patriotique est un combat sans trêve. Que le souffle d'en haut doit toujours animer ! Les aïeux nous ont fait, dans un grand et beau rêve,
Notre Canada pour l'aimer.
Aimons-la donc cette Patrie.
En créant sur son sol tin pouvoir respecté ; En donnant à nos fils l'amour de l'industrie.
Ce germe de la liberté !
Que, sans chercher l'éclat d'honneurs imaginaires, Ils fuient des parchemins le contact dangereux ; . Qu'honnôtes ouvriers, dans leurs modestes sphères.
Ils soient les simples, les heureux I
Que leur front jamais ne rougisse Auprès d*un bachelier, d'un pompeux citadin.
L'honneur marche souvent au bord d'un précipice :
Qui répondra du lendemain?
Pour le garder sans tache à l'abri de l'orage, Nous préférons l'utile et paisible métier, Bien qu'il faille parfois craindre pour son courage.
En suivant seul l'Âpre sentier.
Sans doute, il est beau d'entreprendre La lutte qu'au destin doit livrer un talent ; Sans doute, avec respect nous apprenons à rendre
Hommage au savoir triomphant.
A chacun sa carrière I — il faut que la science Promène son flambeau dans toute obscurité,— Travaillez, vous aussi, frères ! la Providence
Veut l'ordre avec l'activité I
Enfants, à chacun sa carrière I La nôtre a ses dangers comme elle a ses vertus. Dans cet apostolat, dont notre Ame est si fière,
Les travailleurs sont les élusl
kjsman
aamaa
LES LAURENTIENNES ^t
Pour défendre nos droits sachez bien les connaître. Vous sauverez le peuple en restant son soutien. Le siècle, qui flétrit et l'esclave et le maître, Donne la gloire au citoyen.
Il est une heure dans la vie Où Pon reçoit, enfin, le prix de nos eflbrls ; D'un repos mérité notre tâche est suivie :
La paresse a trop de remords.
Nos pères ont toujours retrempé leur audace Aux sources du travail et de l'adversité :
Le Castor doit rester au blason de leur race.
Ah ! flétrissons l'oisiveté !
Réveillez l'ardeur admirable.
Qui fut, aux jours d'épreuve, un garant d'avenir. Alors que, nous liguant sous les feuilles d'érable.
Il fallait combattre ou mourir.
Le danger, renaissant sous des formes nouvelles. Attire la valeur sur un terrain nouveau.
Mais vous marcherez forts si vous restez fidèles
A l'industrie, à son drapeau I
novembre 1866.