‹ Les Laurentiennes [microforme]Chapitre 14 sur 101 · LA VIEILLE CHANSON · texte numérisé non relu

LA VIEILLE CHANSON

A l’ombre du bois solitaire, Le soir avait surpris mes pas, Le rossignol allait se taire...

Rêveur, ému, je ne l’entendais pas.

J'écoutais un chant dans la plaine, Un virelai du temps passé, La voix s'élevait, douce et pleine, Au gré du refrain cadencé.

Quand je passe par les prairies, Le soir au temps de la moisson, Je mêle dans mes rêveries,

La jeune fille et sa vieille chanson.

C'était un récit légendaire Mais d’un rhythme plus animé ; Les notes passaient la rivière

Et s'épuraient dans le ciel embanmé.

1 Musique de C..Auguste La Rue.

Ii nous racontait la souffrance D'un noble et vaillant chevalier Regrettant son pays de France,

Dans sa plainte de prisonnier.

Quand je passe par les prairies, Le soir au temps de la moisson, Je mêle dans mes rèêveries, | La jeune fille et sa vieille chanson.

Pour la Dame de sa pensée Son âme s’épuise en regrets :

‘ Elie,” disait la mélopée,

‘ Que mes regards ne reverront jamais l”? | Dans son Castel, la Châtelaine :

Pleure cet exil inhumain... :

Lorsque le Prince d'Aquitaine :

L'enlève pour avoir sa main!

Quand je passe par les prairies, |

Le soir an temps de la moisson, D :

Je mêle dans ines rêveries, | | ; La jeune fille et sa vieille chanson. :

Or, la nuit de cette aventure, Un pélerin fort courageux,

Dépouillent son manteau de bure,

Barre la route au ravisseur honteux.

La cavalcade se diperse, Le Prince est atteint au cimier ;

Puis, au second coup qui le perce, L'on reconnait le Chevalier!

Quand je passe par les prairies, Le soir au temps de la moisson, Je mêle dans mes rêveries,

La jeune fille et sa vieille chanson.

La chanteuse, habile novice, Mettait son âme dans sa voix, Son chant n’était plus un caprice, I s’animait en courant sous les bois.

Mais l'écho raœælleux de la grève Vibra lentement et se tut.

Je croyais avoir fait un rêve :

Ifélas ! le charme était rompu t

s8 POESIES Quand je passe par les prairies Le soir au temps de la moisson,

Je mêle dans mes rêveries, La jeune fille et sa vieille chanson.

Poésie antique et naïve, |

Reflet des jours de nos aïeux, ; .

Ne vous enfuyez pas craintive | Devant notre art si fade et si pompeux !

Restez ! Si la mode s'amuse

Aux froides douceurs d’aujourd’hui,

Vous avez seuie, aimable muse,

Le secret d’en chasser l'ennui.

Quand je passe par les prairies, Le soir au temps de la moisson, Je mêle dans mes rêveries,

La jeune fille et sa vieille chanson.

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