LA CHANSON DE L'EXILÉ
Au fond d’un val, sous les ombrages, Un voyageur s’en va marchant, Une voix perce les feuillages, C’est un air du pays! un doux et triste chant ! Il s'arrête, il pleure, il se glisse Par un sentier dans les taillis.
Le chanteur dit : Dieu vous bénisse, Et vous ramène à vos amis, Au Canada, notre pays !
— Qui vous a dit mon origine ?
— Ma chanson vous a fait pleurer.
— Votre cœur porte, j'imagine,
Des souvenirs cruels que je dois ignorer ?
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— Mon sort vaut bien qu’on en gémisse | Mes vœux pour vous sont des avis:
Voyageur, que Dieu vous bénisse,
Et vous ramène à vos amis,
Au Canada, notre pays!
Fatale erreur de ma jeunesse !
J'étais à l’âge où je vous vois, Avec quels transports d’allégresse Je quittai mon village, et nos champs et nos bois! La fortune a plus d’un caprice, J'en éprouvai tous les soucis.
Voyageur, que Dieu vous bénisse, Et vous ramène à vos amis, Au Canada, notre pays!
L'orgueil, si puissant dans notre être, Sur ce sol a rivé mes pas.
J’ai vu mes rêves disparaitre, Et courbé sous le joug, mon front ne rougit pas ! L’étranger veut un dur service, Quand nous devenons ses outils.
Voyageur, que Dieu vous bénisse, Et vous ramène à vos amis, Au Canada, notre pays!
J'ai suivi la plus sombre route, Dans mon coupable aveuglement:
Où vas-tu fantôme du doute,
Des passions de l’hormme irrésistible aimant ?
Ton nom seul est un maléfice, Qui trouble ses jours et ses nuits.
Voyageur, que Dieu vous bénisse, Et vous ramène à vos amis,
Au Canada, notre paysi
J'ai souvent déploré ma faute !
Un prêtre, un jour, m'est venu voir, Je l’accueillis, il fut mon hôte,
Il réveilla ma foi, je compris mon devoir.
Et maintenant, sans artifice, Je vois {e mal que j'ai commis.
Voyageur, que Dieu vous bénisse, Et vous ramène à vos amis, Au Canada, notre pays!
J'avais m* tâche sur la terre, Propre aux dons que le ciel m'a faits ; Mon égoïsme solitaire,
Vendit à l'étranger tous ces nobles bienfaits.
J'ai vu le fonû du précipice,
Dans les remords et les ennuis.
Voyageur, que Dieu vous bénisse, EL vous ramène à vos amis,
Au Canada, notre pays!
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Ah ! retournez dans ia Patrie,
Pour travailler au bien de tous, N'attendez pas que, défleurie,
Votre âme se refuse à ce labeur si doux!
Le pur amour est sacrifice :
Soyez Canadien à ce prix !
Voyageur, que Dieu vous bénisse, Et vous ramène à vos amis,
Au Canada, notre pays!
O foi vivace ! à langue aimée!
A vous ensemble l'avenir !
Vous valez bien plus qu'une armée.
Le Canadien fidèle apprend à vous chérir.
Sous votre égide protectrice, Que de beaux jours pour mon pays!
Voyageur, que Dieu vous bénisse, Et vous ramène à vos amis, Au Canada, notre pays!
octobre 1868,
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