‹ Les Laurentiennes [microforme]Chapitre 72 sur 101 · LA CHANSON DE L'EXILÉ · texte numérisé non relu

LA CHANSON DE L'EXILÉ

Au fond d’un val, sous les ombrages, Un voyageur s’en va marchant, Une voix perce les feuillages, C’est un air du pays! un doux et triste chant ! Il s'arrête, il pleure, il se glisse Par un sentier dans les taillis.

Le chanteur dit : Dieu vous bénisse, Et vous ramène à vos amis, Au Canada, notre pays !

— Qui vous a dit mon origine ?

— Ma chanson vous a fait pleurer.

— Votre cœur porte, j'imagine,

Des souvenirs cruels que je dois ignorer ?

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— Mon sort vaut bien qu’on en gémisse | Mes vœux pour vous sont des avis:

Voyageur, que Dieu vous bénisse,

Et vous ramène à vos amis,

Au Canada, notre pays!

Fatale erreur de ma jeunesse !

J'étais à l’âge où je vous vois, Avec quels transports d’allégresse Je quittai mon village, et nos champs et nos bois! La fortune a plus d’un caprice, J'en éprouvai tous les soucis.

Voyageur, que Dieu vous bénisse, Et vous ramène à vos amis, Au Canada, notre pays!

L'orgueil, si puissant dans notre être, Sur ce sol a rivé mes pas.

J’ai vu mes rêves disparaitre, Et courbé sous le joug, mon front ne rougit pas ! L’étranger veut un dur service, Quand nous devenons ses outils.

Voyageur, que Dieu vous bénisse, Et vous ramène à vos amis, Au Canada, notre pays!

J'ai suivi la plus sombre route, Dans mon coupable aveuglement:

Où vas-tu fantôme du doute,

Des passions de l’hormme irrésistible aimant ?

Ton nom seul est un maléfice, Qui trouble ses jours et ses nuits.

Voyageur, que Dieu vous bénisse, Et vous ramène à vos amis,

Au Canada, notre paysi

J'ai souvent déploré ma faute !

Un prêtre, un jour, m'est venu voir, Je l’accueillis, il fut mon hôte,

Il réveilla ma foi, je compris mon devoir.

Et maintenant, sans artifice, Je vois {e mal que j'ai commis.

Voyageur, que Dieu vous bénisse, Et vous ramène à vos amis, Au Canada, notre pays!

J'avais m* tâche sur la terre, Propre aux dons que le ciel m'a faits ; Mon égoïsme solitaire,

Vendit à l'étranger tous ces nobles bienfaits.

J'ai vu le fonû du précipice,

Dans les remords et les ennuis.

Voyageur, que Dieu vous bénisse, EL vous ramène à vos amis,

Au Canada, notre pays!

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Ah ! retournez dans ia Patrie,

Pour travailler au bien de tous, N'attendez pas que, défleurie,

Votre âme se refuse à ce labeur si doux!

Le pur amour est sacrifice :

Soyez Canadien à ce prix !

Voyageur, que Dieu vous bénisse, Et vous ramène à vos amis,

Au Canada, notre pays!

O foi vivace ! à langue aimée!

A vous ensemble l'avenir !

Vous valez bien plus qu'une armée.

Le Canadien fidèle apprend à vous chérir.

Sous votre égide protectrice, Que de beaux jours pour mon pays!

Voyageur, que Dieu vous bénisse, Et vous ramène à vos amis, Au Canada, notre pays!

octobre 1868,

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