‹ Les Laurentiennes: poesiesChapitre 12 sur 79 · LA VIEILLE CHANSON · texte numérisé non relu

LA VIEILLE CHANSON

A l'ombre du bois solitaire, Le soir avait surpris mes pas, Le rossignol allait se taire....

Rêveur, ému, je ne l'entendais pas.

J'écoutais un chant dans la plaine, Un virelai du temps passé, La voix s'élevait, douce et pleine, Au gré du refrain cadencé.

Quand je passe par les prairies.

Le soir au temps de la moisson.

Je mêle dans mes rêveries, La jeune fille et sa vieille chanson.

C'était un récit légendaire Mais d'un rhylhme plus animé ; Les notes passaient la rivière Et s'épuraient dans le ciel embaumé.

1 Musique de C. Auguste La Rue.

Il nous racontait la souffrance D'un noble et vaillant clievalier Regrettant son pays de France, Dans sa plainte de prisonnier.

Quand je passe par les prairies, Le soir au temps de la moisson, Je mêle dans mes rêveries, La jeune fille et sa vieille chanson.

Pour la Dame de sa pensée Son âme s'épuise en regrets :

" Elle," disait la mélopée, " Que mes regards ne reverront jamais !' Dans son Caste! , la Châtelaine Pleure cet exil inhumain....

Lorsque le Prince d'Aquitaine L'enlève pour avoir sa main !

Quand je passe par les prairies, Le soir au temps de la moisson.

Je mêle dans mes rêveries, La jeune iille et sa vieille chanson.

Or, la nuit de cette aventure, Un pèlerin fort courageux, Dépouillant son manteau de bure, Barre la route au ravisseur honteux.

La cavalcade se diperse.

Le Prince est atteint au cimier ; Puis, au second coup qui le perce, L'on reconnaît le Chevalier !

Quand je passe par les prairies, Le soir au temps de la moisson, Je mêle dans mes rêveries, La jeune fille et sa vieille chanson.

La chanteuse, habile novice, Mettait son âme dans sa voix.

Son chant n'était plus un caprice, Il s'animait en courant sous les bois.

Mais l'écho moelleux de la grève Yibra lentement et se tut.

Je croyais avoir fait un rêve :

Hélas ! le charme était rompu î

Quand je passe par les prairies Le soir au temps de la moisson, Je mêle dans mes rêveries, La jeune fille et sa vieille chanson.

Poésie antique et naïve, Reflet des jours de nos aïeux, Ne vous enfuyez pas craintive Devant notre art si fade et si pompeux ! Restez ! Sila mode s'amuse Aux froides douceurs d'aujourd'hui, Vous avez seule, aimable muse, Le secret d'en chasser l'ennui.

Quand je passe par les prairies, Le soir au temps de la moisson.

Je mêle dans mes rêveries, La jeune fille et sa vieille chanson.

Vous avez bercé notre enfance, Consolé nos premiers chagrins, Egayé notre adolescence :

Quels souvenirs valent ces vieux refrains?

Restez 1 II est à la veillée Mille voix pour vous répéter !

Le poëte sous la feuillée Aime tant à vous écouter !...

Quand je passe par les prairies, Le soir au temps de la moisson, Je mêle dans mes rêveries, La jeune fille et sa vieille chanson.

Août 1863.

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