‹ Les Laurentiennes: poesiesChapitre 13 sur 79 · ALORS ET MAINTENANT · texte numérisé non relu

ALORS ET MAINTENANT

Le grand-père, à quatre-vingts ans,

Est très vert pour son âge, Sa morale de l'ancien temps

L'est encor davantage :

" Mes lils, dit-il, n'osèrent pas

" Déserter ma chaumière " Pour aller l'oublier là-bas

" Sur la terre étrangère ; "Et vénérant par dessus tout

" La langue des ancêtres, " Ils la parlaient, libres partout,

" Devant nos nouveaux maîtres ! " Grand-père, ah ! grand-père, à présent.

C'est différent, c'est différent !

" Leurs soucis n'étaient pas non plus " D'être savants quand même.

" En science, du superflu

" Nous faisions tous carême.

'' Franc, jovial et craignant Dieu,

" (0 temps que je regrette !) -

" On croyait au curé du lieu

" Sans croire à la gazette.

" Et le soir, rentrés au logis.

" Les enfants et le père,

" Chacun mettait pour le pays

" Un mot dans sa prière ."

Grand-père, ah ! grand-père, à présent,

C'est différent, c'est différent !

<' Les bras des fds faisaient valoir

" La ferme paternelle.

" Tous savouraient dans le devoir

" La paix universelle.

" Filles, garçons, jeunes et vieux,

" Vêtus d'habits commodes,

'• Ignoraient dans ces temps heureux

" L'esclavage des modes :

*' Le luxe, suivi des huissiers,

" N'infestait point nos routes,

" Nul ne craignait ces officiers.

" Corbeaux des banqueroutes."

Grand-père, ah ! grand-père, à présent.

C'est différent, c'est différent !

Le bon vieillard nons dit parfois,

Branlant sa tête blanche:

" Bientôt va s'éteindre ma voix

" Dans la tombe où je penche :

" Gardez, oh ! gardez dans vos cœurs

" Votre Foi toujours vive !

" Gardez votre Langue et vos Mœurs,

" Enfants, quoiqu'il arrive î " A l'union des Canadiens

" Doit tendre votre vie :

" Jadis c'était de tous les biens

"Le seul digne d'envie. " Grand-père, ah ! grand-père, à présent.

C'est différent, c'est différent !

Septembre 1863.

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