ACTE I, SCÈNE XII
Personne ?
LF. BARON.
Un jour un peintre est venu, par hasard, dans ce village. Il me demanda la permission de peindre, mes traits... Et, tout en travaillant, je me souviens qu’il se disait : « Son visage respire déjà la fierté du rang quelle doit occuper un jour. »
LE BARON
En vérité? (a part.) Etrange événement !
MARGARIDA.
Mais ce n’était qu’une plaisanterie... une galanterie du peintre...
LE BARON
Non , non , ne le croyez pas ! ce rang , qu’il vous présidait, vous pouvez l’occuper à la cour.
MARGARIDA.
A la cour!... j’irais à la cour!...
LE BARON
Un puissant protecteur s’intéresse à vous... c’est lui qui m’envoie... qui m’a chargé de vous chercher... lui qui veut vous donner le titre, la fortune qui vous appartiennent... Ah! si je pouvais vous dire jusqu’où cette fortune pourra s’élever...
MARGARIDA.
Mais ce protecteur, d’où lui vient l’intérêt que je lui inspire?...
LE BARON, avec embarras.
Mais c’est tout naturel... il s’intéresse à vous... parce que...
11 a connu ma famille, peut-être?...
LE BARON
Oui, oui... justement... il était l’ami de votre mère...
MARGARIDA.
Ma mère!... il me parlerait d’elle !... ah!... Monsieur, ce gentilhomme, où est-il ? où puis-je le trouver ?...
LÉ BARON
A Lisbonne... au palais du roi.
MARGARIDA.
Au palais du roi?
LE BARON
Aujourd’hui même je puis vous conduire près de lui.
MARGARIDA.
Aujourd’hui ?...
LE BARON
Songez que cet ami, ce protecteur est puissant, et que, grâce à lui, vous pouvez tout obtenir.
Vraiment?
LE BAROS.
Le roi n’a rien à lui refuser.
MARC A RIDA j à part.
Je pourrais obtenir pour Manoel ce grade dont dépend son bonheur.
LE BARON
Vous consentez à me suivre ?
MARGARIDA.
J’y consens.
LE BARON
On vient!... dans un instant soyez prête à partir.
MARGARIDA.
A bientôt, seigneur.
LE BARON, à part.
Je serai marquis de Casilhas !... (n sort par le fond à gauche.) SCÈNE XIII.
MARGARIDA, pu is MANOEL.
MARGARIDA, seule.
Oui, oui, à cet ami de ma mère qui s’intéresse à moi, je ne demanderai qu’une chose... c’est de protéger Manoel, c'est de m’unir à lui.
MANOEL, entrant.
Ah! chère Margarida... vous voici...
MARGARIDA. ,
C'est vous, Manoel?
MANOEL
Je n'ai pas voulu partir sans vous revoir une dernière fois... Mais qu’avez-vous ? cette joie, ce bonheur que je lis dans vos yeux...
MARGARIDA.
Ah ! mon ami, si vous saviez comme je suis contente !
MANOEL
Vous, Margarida ?
MARGARIDA.
Plus d’attente! d’incertitude! ce grade que vous ambitionnez... bientôt, dès aujourd’hui peut-être, vous allez l’obtenir.
MANOEL
Est -il possible !
MARGARIDA.
Mais que dis-je? ce grade!... vous, sergent? fi donc! ce n’est pas assez !... c’est lieutenant ! c’est capitaine !...
MANOEL
Capitaine! moi?... que signifie?
DUO
Ah ! d’espoir (bis) et d’ivresse Je seus battre mon cœur !