‹ Les Lavements Nutritifs Dans L'Alimentation Extra-BuccaleChapitre 12 sur 28 · RON · texte numérisé non relu

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gel leur reproche-t-il d'irriter la muqueuse intestinale et de provoquer facilement de la diarrhée. Uffelmann incrimine leur solution trop concentrée, qui détermine l'intolérance, et emploie chez l’adulte les solutions à 10 0/0.

Quelle que soit la formule utilisée, les peptones semblent jouir d'une grande diffusibilité à travers les membranes organiques. Funke a même avancé que cette diffusibilité était supérieure à celle du sel commun ! Adamkiewicz soutenait, dès 1877, que les peptones fournissaient de l’azote plastique aux tissus. Catillon a pu entretenir le poids normal d’un chien pendant trente-sept jours et Daremberg, aprèsemploi des lavements de peptones de viande, a vu augmenter le poids des malades en même temps que la proportion d'urée excrétte, preuve évidente de l’assimilation.

Cependant le coefficient d’assimilation est très variable avec les individus. Le produit ultime de la digestion des albuminoïdes, les acides aminés, récemment introduits dans la thérapeutique, paraissent promettre des résultats très supérieurs. Dès 1907, Linossier songeait à « injecter dans l’intestin le mélange complexe qui résulte de la dislocation des pepiones par l’érepsine. L’absorption en serait vraisemblablement plus active, puisque la plupart des composants du mélange sont des substances cristallisables et diffusibles, et l’assimilation en serait peut-être possible ; mais aucune recherche n’a encore été faite dans ce sens, et, dans l’état

EE actuel de la science, on ne peut formuler que des probabilités ».

Depuis lors l'expérience a été réalisée et semble confirmer ces vues. [l ressort des recherches de Jacobson et Rewald et de Ch. Gautier que les acides aminés sont absorbés en nature dans le gros intestin. Les premiers ont utilisé des solutions d’« Erepton », produit récemment introduit dansle commerce etobtenu par la digestion pendant plusieurs semaines d’une viande bien dégraissée par le suc pancréatique et le suc intestinal 40 à 80 0/0 de la solution d'Erepton à 5 o/o seraient absorbés par la voie rectale. L’assimilation demeure donc encore incomplète et de nouvelles expériences sont nécessaires pour permettre un jugement définitif. H convient d'ajouter à ce propos que les peptones obtenues par digestion pepsique et trypsique contiennent elles-mêmes déjà une certaine proportion d'acides aminés, en particulier de la tyrosine et de la leucine, et que ceux-ci sont peutêtre pour une part imporiante dans la valeur alimentaire des lavements peptonés couramment utilisés.

Cette question des acides aminés est particulièrement complexe, car l’organisme exige une alimentation dans laquelle figure une proportion déterminée de chacun d'eux. S'il en est heureusement dont nos lissus sont capables de faire la synthèse, il en est d'autres, tels que le tryptophane, pour lesquels celle synthèse est impossible et qu’il faut à tout prix trouver dans notre ration alimentaire. Nous sommes ici au cœur du problème : il est une quan-

J, Malassis 3

qe

tité minima dé tyrosine, une quantité minima de tryptophane compatible avec l'équilibre vital. Telle ration alimentairé renferme:t-elle la proportion minima indispensable et quelle est celte proportion ? Questions troublantes, qu’achèvera de résoudre la chimie alimentaire de demain.

A côté de la viande, les œufs sont une autre source importante d’albumines et ont été largement utilisés par voie rectale. On a eu recours tantôt à l’œuf entier — battu dans un liquide approprié ou broyé dans un mortier avec de l’eau salée, afin de former une émalsion — tantôt seulement au blanc. ou au jaune d'œuf.

Ewald a préconisé un mélange d'œufs et de vin rouge, dans une solution à 10 ou 20 0/0 de sucre de raisin. Suivant lui, les lavements d'œufs seraient absorbés aussi promptement que les peptonés du commerce (1) et produiraient des effets nutritifs comparables. La muqueuse rectale serait en état d'absorber les albumines brutes, peut-être même de les peptonifier. Il semblerait donc inutile de recourir aux lavements peptonisés, puisqu'on « arrive aussi bien avec les œufs simples et l’on a en même temps l'avantage d'introduire dans l'organisme 12 o/o de graisse qui sont contenus dans l’œuf. » La plu-

1. Ewald lui-même puis Krukenberg ont d’ailleurs prouvé que les soi-disant peptones du commerce (peptones Koch, Kemmerich, Merck...) ne contiennent qu'une infime proportion de peptone vraie et sont composées surtout de syntonyne et d’hémialbumose. Une émulsion d'œufs crus contiendrait une proportion de peptones égale où même supérieure à celle de ces peptones commerciales !

part des albumines solubles pourraient ainsi être directement absorbées par voie rectale, sans qu'il soil nécessaire de les soumettre à une digeslion artificielle préalable.

Kussmau et Huber partagent cette opinion et utilisent des émulsions d'œufs dans de l’eau additionnée ou non de chlorure de sodium. Pour de Leube, les albumines les mieux appropriées sont d’abord les jpeptones, ensuite les œufs crus. Leur emploi en lavement ne détermine jamais l’apparition d’albumine dans l'urine.

Nombre d’auteurs sont d’un avis différent et conseillent en particulier de peptonifier l’ovalbumine en la soumettant à l’action préalable de la pancréatine. Castaigne et Chiray notamment ont démontré qu'on évitait ainsi l’albuminurie et les phénomènes toxiques observés et leurs expériences semblent décisives.

Tournier, après avoir formulé des lavements contenant des œufs entiers, leur préfère maintenant le jaune d’œuf seul, qui lui paraît mieux toléré. [Il se sert de bouillon salé comme vecteur.

J.-C. Roux et A. Mathieuinsistantsur la facilité de la putréfaction rectale dans l'emploi des œufs crus et des jaunes d'œufs. L'évolution de A: Mathieu est particulièrement intéressante, parce qu'elle résulte d’une longue expérience clinique. Il a fini par supprimer presque complètement les œufs de sa formule de lavements alimentaires. Moutier est plus catégorique encore et admet que « l'addition classique des

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jaunes d'œufs est au moins inutile, ces substances se putréfiant avec une extrême facilité ».

L’ovo-lecithine, où lecithine distéarique du jaune d’œufpur, serait au contraire complètement assimilable. Elle jouirait de propriétés dynamogéniques actives et nettement différentes de celles des combinaisons albuminoïdes où elle est fixée dans l’œuf (Danilewsky, Sirono, Desgrez, Gilbert et Fournier). On la préparée en solutions huileuses à 1 0/0 qui sont surtout utilisées jusqu'ici par voie hypodermique.

Le lait, injecté fréquemment en lavements alimentaires, a été l’objet des mêmes controverses que les œufs. Introduit dans le rectum, il cède à l’organisme son eau, ses sels et sa lactose, mais sa caséine et ses albumines ne seraient pas résorbées, d’après Lemoine ( « le petit lait serait donc à préférer au lait dans ces circonstances v, conclut Dujardin-Beaumelz). !

Cependant nombre d'auteurs continuent à l'utiliser et préconisent des formules où il est associé au jaune d'œuf, au vin rouge, à la fécule ou à l’amidon (Ewald, Boas, Ratjen). Eichhorst admet même qu'il est directement absorbable par l'intestin et Rost prétend fournir ainsi de 800 à 900 calories par jour à l'organisme. Ewald a préconisé la pepto-caséine de Marck, tandis que W. Roberts soumettait la caséine, le laitet ses dérivés à la digestion pancréatique préa- Table (lait, blanc-manger, gruau au lait peptonisés).

il paraît bien malgré tout qu'il faille se ranger à l'opinion des nombreux adversaires du lail et,

comme Moutier, le proscrire décidément des lavements.

On pourrait faire au bouillon (bouillons de veau, de légumes, bouillons dégraissés, etc.) ou « thé de bœuf » plus ou moins concentré le même reproche qu au lait : il n’abandonne guère à l'organisme que son eau el ses sels. Il est d’ailleurs : resque uniquement utilisé dans les lavements comme vecteur et, à ce titre, semble indifférent.

Pami les autres substances albuminoïdes plus ou moins complexes qui ont été injectées, il faut encore citer le sang défibriné, les gélatines, gelée de corne de cerf et gelées peplonisées et jusqu'aux propres vomissements des malades, utilisés par Dujardin- Beaumetz. |

Le pouvoir nutritif de la gélatine a d'abord été fort exagéré, au temps où on l’utilisait dans les hôpitaux pour préparer de prétendus bouillons alimentaires. Par une réaction inverse, on le considéra ensuite comme une substance inerte. Suivant Voit,elle posséderait un certain pouvoir nutritifet agirait en diminuant la combustion des matières albuminoïdes. Cette constatation est en accord avec les recherches modernes, qui ont montré la présence de certains acides aminés dans la gélatine. Malheureusement le principal d’entre eux, le tryptophane, y fait défaut et Linossier appelle de ses vœux le jour où nous pourrons additionner la gélatine de tyrosine et de tryptophane de synthèse.

Le sang défibriné a donné lieu à des expériences

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