V. — LA COMPOSITION DES LAVEMENTS ALIMENTAIRES
Les substances nutritives les plus variées ont été introduites par la voie rectale et les formules de lavements alimentaires proposées et utilisées sont innombrables (1). Toutes sont loin de s'inspirer des données de la physiologie et nous verrons d’ailleurs que les résultats obtenus sont parfois en désaccord apparent avec ces données.
A. — L'eau et les sérums
L’eau est parfaitement absorbée au niveau du gros intestin. La physiologie nous apprend queles matières écales contiennent 16 p. 100 d’eau pendant la traversée du côlon et l’on sait que cette eau est résorhée chez les constipés.
Roux a constaté que, chez les malades déshydratés, la quantité d’urines augmente et le poids du sujet s'élève après l'administration de lavements d’eau.
‘Les divers séruras artificiels sont également bien
1. Voir à l’appendice I quelques-unes des formules les plus connues. Nous n’avons pas cru devoir en surcharger notre texte.
absorbés par la muqueuse rectale, Leurs formules sont nombreuses : sérum physiologique banal à 7,90 p. 1000 de chlorure de sodium,sérums achlorurés glucosés, sérum de Ilayem, de Luton,de Quinton, sérum à minéralisation complexe du Dr Fleig, sérum de Chéron, de Locke, etc. (1). Ceux de Quinton et de Fieig sont particulièrement intéressants. Le sérum de Quinton est de l’eau de mer isotonique : celui de Fleig peut être cité comme le type des sérums à minéralisation complexe :
Chlorure de sodium........1.. 7 gr. bo Chlorure de potassium........ o gr. 30 Chlorure de calcium........... o gr. 20 Sulfate de magnésium......... o gr. 30 Bicarbonate de soude......... 1 gramme Glycérophosphate de soude.... 1 gramme Glucose cristallisée pure....... 5 grammes HAUIS UNIES O0 ee sorciers 1.000 cmC.
Oxygène dissous à saturation.
Par leur complexité ces sérums sont des liquides très voisins du milieu intérieur et il serait iniéressant de les utiliser comme vecteurs des lavements nutritifs en vue d’une alimentation rectale prolongée. Sans doute seraient-ils aussi particulièrement aptes
1. Pour être moins incomplet, il faudrait citer aussi les sérums de Ballet, de Bardet, de Cantani, Crocq, Dujardin-Beaumetz, Gaube, Howel, Hérard, Huchard,Hérard, Kronecker et Lichtenstein, Letta, Leclere, Mathieu, Renzi, Roussel, Sapelier, Schiess, Schwartz, Sydmann, Trunecek, Vendevelde, etc. Certains de ces sérums sont peu utilisés et il faut bien avouer que leur compesition est souvent assez voisine. Ils pourraient être avantageusement ramenés à un petit nombre de types correspondant à des
indications précises.
à provoquer ces mouvements antipéristaltiques de la musculeuse muqueuse admis par Grutzner et son école.
Fleig a d’ailleurs constaté que les sérums à minéralisation complexe déterminent dans le sang et ie système circulatoire des modifications plus marquées que le simple sérum physiologique: augmentation dela coagulabilité sanguine, action vasoconstrictive, régénération globulaire rapide, altération minime des éléments figurés du sang, action hypertensive et tonicardiaque (par addition d’une proportion élevée de sels de chaux).
B. — Albumines
On a vu déjà combien diffèrent les avis des expérimentateurs au sujet de l’administration des matières albuminoïdes par voie rectale. Castaigne et Dujarier en arrivent à les rejeter complètement.
Dans leur rapport antérieur de 1907, Castaigne et Chiray admettent l’absorption des albumines hétérogènes introduites par voie exira-gastrique. Ils ont pu mettre ces albumines étrangères en évidence dans le sang circulant, Mais absorption n’est pas synonyme d’assimilation : « sices substances sont absorbées,ellesne semblent avoir aucun rôle utile au point de vue de la nutrition et même elles paraissent nuisibles, » Elles se comportent comme des produits toxiques, provoquant de l’albuminurie avec polyurie et déterminent à la longue des lésions de néphrite
chronique. Si par contre on fait agir au préalable les ferments digestifs sur les albumines absorbées, elles ne semblent plus nocives & et, si l’on prend soin de les porter haut dans l'intestin, peuvent devenir profitables ». Cependant, dans tous les cas, c'estun procédé d'alimentation précaire et inconstant.
Nul ne songe plus aujourd'hui à administrer de la viande pulpée ou cuite (bœuf, mouton, poulet) en nature par voie rectale, mais on utilise encore le jus de viande et les lavements de viande hachée (produits frais débarrassés de la graisse et des tendons) additionnés de pepsine, de pancréas en activité ou de pancréatine (de Leube, Mayet, etc.,) voire d’une certaine quantité de bile (Maragliano) pour se rapprocher davantage des conditions physiologiques normales. Ces lavements sont très putrescibles, difficiles à préparer et les résultats obtenus semblent peu encourageants. Leur empioi prolongé détermine des phénomènes d'irritation intense du côté de la muqueuse intestinale.
L'utilisation des albumoses parait déjà plus efficace et celle des peptones trouve grâce auprès de la plupart des expérimentateurs. Catillon prétend même que la proportion d’urée excrétée pour une même quantité de peptones est supérieure lorsqu'elles sont administrées par l’intestin que par la voie buccale.
Les peptones (pepiones sèches, peptones liquides), produits solubles résultant de la digestion des albuminoïdes par les différents ferments protéolyliques, sont malheureusement souvent impures. Aussi Rie-